7.5/10

Q.U.B.E. Director's Cut - Test

Q.U.B.E., le jeu à petit budget mais de très grande qualité, vient de faire son retour sur Steam. Bien plus à la hauteur d'un jeu abouti que sa version d'origine, il reste cependant encore un peu court.

Nous n'allons pas refaire l'histoire de Q.U.B.E., puisque nous l'avons déjà évoquée à la fin du mois d'avril. Cependant, il n'est pas inutile de préciser (ou rappeler) deux points importants à nos aimables lecteurs. Primo, Q.U.B.E. (Quick Understanding of Block Extrusion) est un jeu de réflexion - avec une petite dose de plates-formes - extrêmement ingénieux et consistant à passer d'une pièce à l'autre, dans un immense souterrain constitué de cubes blancs, en manipulant des cubes de couleurs - vous noterez au passage le fin jeu de mots du titre. Les cubes de couleurs restent attachés aux murs mais peuvent être"extrudés" (si, si, ce mot existe) grâce à nos gants magnétiques pour créer des escaliers, piliers, tremplins, réflecteurs laser, et autres nombreux mécanismes très variés, fruits de l'inépuisable imagination humaine. Le jeu est à la première personne, si bien que l'on se met largement dans la peau du personnage principal.

Secundo, ainsi que le laisse suggérer le terme "Director's Cut" (= scènes coupées), cet opus est la reprise intégrale du jeu d'origine, si ce n'est que la numérotation des secteurs semble avoir été décalée. Mais il se voit largement étoffé, avec l'ajout entre autres de l'Occulus Rift. C'est de cet étoffement que nous allons parler, car vous l'aurez compris, le jeu d'origine nous a fabuleusement convaincus, si ce n'est qu'il était trop court. Mais pour un projet étudiant édité par un studio indépendant, on ne pouvait lui en vouloir.


Reprise intégrale du jeu d'origine.

L'atmosphère passe dans la cour des grands  

C'était la priorité du studio (cf les mots de Jonathan Savery en bas de l'article), il fallait un récit palpitant, et ce à la demande des joueurs. Qu'à cela ne tienne, les moyens ont été mis : deux acteurs ont été embauchés pour incarner deux personnages qui nous parlent via une radio tout au long de l'aventure, et un scénariste a été mis à pied d'oeuvre. Par un excellent jeu d'acteur, il faut bien l'admettre, et un scénario certes simple mais adroitement mené, le doute est semé lentement mais sûrement dans nos esprits. On pense deviner ce qu'il va se passer, mais on n'en est pas si sûr. On sent venir le coup de théâtre final, mais on doute jusqu'au bout. Bref, le suspense est là, avec une certaine intensité, le tout agrémenté d'une esthétique vidéo finale.

Il faut dire que l'atmosphère oppressante, à la CUBE (vous savez, ce film lui aussi tout petit en budget mais grand par sa qualité et son succès) correspondait parfaitement à ce type de scénario. On est seul, deux personnes nous parlent certes, mais c'est toujours interrompu, en alternance, peu de temps et avec à chaque fois bien peu de bonnes nouvelles. La bande-son, faite à majorité de percussions lourdes et nerveuses, accentue la tension. Les blancs et gris quasi-permanents donnent une sensation d'infini duquel on ne peut sortir, ce qui enfonce le clou. Je vous laisse imaginer ce que cela peut donner avec l'Occulus Rift, lequel est compatible avec le jeu. C'est une belle surprise que Toxic Games ait proposé cette possibilité. Ce jeu oppressant était tout à fait approprié à cet accessoire, et réciproquement.

Bref, le studio a bien joué son coup : on a un vrai bon petit scénario, une bonne atmosphère bien immersive et ce sera toujours une grande valeur ajoutée pour les jeux de réflexion. Les meilleurs jeux en la matière, de Myst à Portal, ne s'y sont d'ailleurs pas trompés et ont toujours joué ces cartes.

On pensait donc que le jeu serait tout aussi bien revu et corrigé sur le fond (c'est-à-dire surtout la durée de vie dans notre cas) qu'il l'avait été sur la forme. C'est malheureusement moins le cas, même si l'on constate quand même l'existence d'un certain travail.


Oppression.

Les suppléments opportuns mais trop courts

Sur le fond, les ajouts se résument à deux catégories. D'abord des puzzles autonomes disséminés tout au long de l'aventure, sans qu'il ne soit nécessaire de les résoudre pour avancer dans l'histoire. On peut ainsi y revenir plus tard en sélectionnant un secteur à rejouer dans le menu principal. Il y en a un dans les secteurs 4, 5 et 6. À chaque fois cachés derrière un mur, leur découverte est déjà un premier pas assez plaisant. Ensuite, leur concept est très sympathique : il s'agit en général d'amener une ou plusieurs balles (dans ce dernier cas, c'est plus corsé) sur un point déterminé, toujours bien sûr en "extrudant" des cubes pour créer le chemin unique qui permettre d'atteindre l'objectif. Mais le premier puzzle était tout autre. Côté difficulté, sans être trop ardus, ils ne sont pas non plus si faciles et vont demander à chaque fois un certain temps pour parvenir à les résoudre. La durée de vie de Q.U.B.E. est donc un peu allongée grâce à ces nouveaux puzzles. Cependant, vu leur nombre peu élevé (3 en tout à moins que certains ne m'aient échappé), ils n'ajoutent que 1H grand maximum.

C'est en réalité l'autre supplément qui va proposer le plus de contenu et donc plus sensiblement augmenter la durée de vie de ce Director's Cut : le against the clock (= contre-la-montre). C'est un peu devenu une mode dans les jeux de réflexion ces temps-ci de mettre un contre-la-montre. Personnellement, je trouve cela tout à fait insipide et incongru dans un jeu de réflexion (car justement, l'un des principaux avantages des jeux de réflexion est de ne pas avoir la dimension action et temps pour nous stresser), mais avec un peu d'objectivité, je peux concevoir que ceux qui aiment aussi l'action apprécient cette composante, d'autant qu'elle est toujours facultative. Bref, en l'occurrence, elle est plutôt bien pensée déjà parce qu'elle ne reprend pas, comme le font certains jeux, les niveaux du mode histoire. Les 10 cartes proposées sont complètement nouvelles et autonomes. Ensuite, il y a à chaque fois trois médailles différentes à obtenir (or, argent, bronze), ce qui donne une progressivité bienvenue. Enfin, en plus des cubes habituels (rouges, bleus, jaunes, violets), il y a des petits objets bonus à viser qui disposent de pouvoirs spéciaux : supervitesse, supersaut, gain de chrono, ouverture d'un passage secret etc... Les réflexes, la coordination, et un peu aussi de stratégie dans l'utilisation des cubes et objets seront donc largement mis à contribution. En prime, un tableau de bord mondial vous donne votre classement. Ce mode est donc loin d'être déplaisant pour les inconditionnels de plates-formes mais il est assez ardu et pourra provoquer une certaine lassitude, car il faut faire et refaire les mêmes niveaux un nombre certain de fois avant de débloquer au moins la médaille de bronze. Je ne vous dis pas pour le reste.

Comptez 3H-4H de plus pour en venir à bout, soit obtenir toutes les médailles d'or. Au total, on dépasse donc un peu les 10H de jeu, mais pas beaucoup plus, ce qui reste court pour un jeu de réflexion d'une telle qualité et d'une si grande ingéniosité. Pour le genre, 15H c'est le minimum syndical, 20H c'est bien, 30H c'est parfait. Un mode éditeur aurait par exemple été très bien vu. Peut-être cela sera-t-il prévu pour un Q.U.B.E. 2. Quoi qu'il en soit, pour le prix (10 €), cela reste très acceptable. Nous recommandons donc vivement Q.U.B.E. Director's Cut : il est incontournable en la matière.


Des puzzles cachés... ou pas.

Crédits 

Citation : Creative Director Jonathan Savery  : “We went through all the reviews and player feedback from the original release. People taught us about our own game, and we made sure we listened. Probably the biggest thing players wanted was a more compelling narrative – so we're going all out to get that into this Director's Cut.

(Nous avons étudié tous les tests et retours de joueurs de la sortie d'origine. Les gens nous ont parlé de notre jeu et nous avons voulu être sûrs de les avoir écoutés. La chose le plus importante, probablement, que les joueurs voulaient était un récit palpitant. Alors, nous faisons tout pour que ce soit dans ce Director's Cut.)

Acteurs 

- Rachel Robinson (connue pour être Fang dans FINAL FANTASY XIII)

- Rupert Evans (vu dernièrement dans la série télé World Without End)

Scénariste

Rob Yescombe, scénariste de Crysis, Alien : Isolation, Star Wars, Rime (sur PS4).

Gagnant du Best Thriller Screenplay au Creative World Awards, et du Screenwriting Award of Excellence au Festival International du Film au Canada.

Prix du jeu d'origine

Develop Editor's Choice Award 2012
Ffresh Awards 2012
Indie Game Challenge 2011 (finaliste)
Sense Of Wonder 2011 (finaliste)
The Escapist Extra Credits Innovation Award
IndieDB's Indie Game of the Year award : Best UDK Game 2010 (nominé).

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