Resident Evil fait-il encore peur aujourd'hui ?

Ils sont ressortis sur Switch au mois de mai, trois épisodes cultes de la saga Resident Evil. En l'espèce, Resident Evil 1, 0 et 4. Pour de nombreux joueurs, ce sont des incontournables mais dans une série qui n'a eu de cesse de se renouveler au fil des épisodes, était-ce vraiment utile ?

Quand on parle de saga culte du jeu vidéo, Resident Evil revient régulièrement dans la liste. Novateur, unique, effrayant, immersif… Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire les différents épisodes de la saga. Et si on laisse de côté les spin-offs, on ne peut pas parler de raté au cours des sept épisodes déjà sortis. À la limite quelques petites fausses notes mais on reste tout de même sur un produit de qualité.

Et comme la saga s'est extrêmement renouvelée depuis, ressortir quelques vieux épisodes ne peut pas faire de mal, surtout quand on prend en compte leur impact historique. Car Resident Evil a profondément marqué l'industrie du jeu selon Bruno Provezza, un des auteurs de "Resident Evil, des zombies et des hommes": "A l'époque c'était une première, c'est là que les développeurs se sont rendus compte qu'on pouvait faire un jeu qui ressemble à un film. Du côté des joueurs, lors de la sortie du premier épisode en 1996 ça faisait partie des quelques jeux à avoir alors qu'il y avait beaucoup de gros jeux dans ces années-là".


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"Il ne faut pas juger avec les critères d'aujourd'hui"

Parlons d'abord des épisodes 1 et 0. Le premier épisode est arrivé à un moment charnière où on commençait à maîtriser la 3D de manière un peu plus satisfaisante, ce qui a rendu possible des gameplay jusque-là complètement inconnus. Une évolution technique qui a grandement contribué à créer une ambiance très particulière sur les premiers Resident Evil.

Un petit aparté pour signaler que l'épisode 1 sur Switch correspond en réalité au remake sorti sur Gamecube et pas au premier épisode de la PS1, on a donc des graphismes propres, semblables à l'épisode 0, et ils ont étonnement bien subi l'épreuve du temps. Les personnages en 3D s'intègrent bien dans les décors fixes, et l'aspect un peu granuleux et vieilli colle finalement très bien avec l'ambiance film d'horreur qui s'en dégage. Pour Bruno Provezza, ces jeux restent encore aujourd'hui très valable: "Bien-sûr, il ne faut pas les jauger avec les critères d'aujourd'hui, mais ça reste de très bons jeux avec une ambiance unique, assez oppressante encore aujourd'hui. Selon moi, l'épisode 0 est un peu en dessous avec moins d'idées de gameplay, et l'idée de supprimer les coffres où stocker les objets est mauvaise. C'est sûrement pour faire plus réaliste mais on parle d'un jeu où on se fait attaquer par des scorpions-zombis donc bon…"

Reste tout de même deux soucis que les joueurs d'aujourd'hui peuvent avoir du mal à supporter. D'abord les temps de chargement très nombreux et un peu longs. À chaque fois qu'on passe une porte, une cinématique s'enclenche et les plus impatients pourront trouver ça un peu long. Pourtant, ces moments ne sont pas anodins, ils contribuent à poser l'ambiance en créant un suspens, un moment de calme stressant tant qu'on ne sait pas ce qu'il y a de l'autre côté.


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Passé cet obstacle, il en reste un autre : les contrôles. La maniabilité des Resident Evil fait débat depuis des années. Rigide, compliquée, elle a causé de nombreux Game Over lors d'une attaque de zombie à laquelle on n'a pas su réagir à temps. "En réalité, ils n'avaient pas le choix, explique Bruno Provezza. Comme les angles de caméra changent selon la position du joueur, il faut qu'on puisse tenir la même direction quel que soit le point de vue, sinon ça devient injouable." Un choix qui apporte aussi une difficulté supplémentaire car comme le personnage est long à faire demi-tour, la moindre attaque inattendue peut signifier la mort, ce qui nous rend d'autant plus vigilant. "C'est un coup à prendre c'est sûr, estime Bruno Provezza, mais ça a son charme."

En full 3D, ça vieillit moins bien

Quelques pré-requis nécessaires donc pour appréhender ce jeu quand on n'est pas habitué au style ou aux gameplays de cette époque, mais une fois tout ça en place, ces deux épisodes sont très plaisants. Paradoxalement, c'est l'épisode le plus récent, le 4, qui a le plus mal vieilli. À l'époque extrêmement bien reçu par la presse et par les joueurs, il a entamé le virage plus orienté action poursuivi ensuite avec plus ou moins de succès par les épisodes 5 et 6. Cette fois on est dans un monde un peu plus ouvert et un environnement tout en 3D. Et si les premiers épisodes n'ont que peu ou pas d'équivalents dans leur genre, les third-person-shooter à la RE4 sont légion, et les exigences d'aujourd'hui rendent difficiles d'apprécier ce jeu. Pour Bruno Provezza, même si l'ambiance générale et les graphismes sont très bons, la jouabilité accuse un sacré coup de vieux : "Aujourd'hui c'est un réflexe dans ce genre d'environnement en 3D d'utiliser le stick droit pour tourner la caméra. Or ici, on doit se contenter des angles prédéterminés. On ne peut pas non plus viser en se déplaçant ce qui est très déstabilisant." Des choix qu'on peut attribuer autant aux limitations techniques qu'à une volonté de proposer une certaine mise en scène mais qui aujourd'hui passent mal alors que le moindre jeu en full 3D permet une liberté de mouvement bien plus importante.


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Alors y'a-t-il un intérêt à jouer ou à rejouer à ces portages ? Si les premières cibles semblent bien être les vieux joueurs nostalgiques, ceux qui ne connaissent pas la franchise peuvent y trouver un aspect "patrimonial", le plaisir de découvrir un classique du jeu vidéo. Mais il faut bien garder en tête que le gameplay a profondément changé depuis et que certains choix peuvent sembler surprenants, bien plus déstabilisants qu'un vieux Final Fantasy ou un Zelda. "Avec Resident Evil, Capcom a presque toujours été dans l'avant-garde, explique Bruno Provezza. Ils ont quasiment inventé des manières de jouer et ont souvent été imités mais jamais égalés." L'occasion donc de se replonger dans une saga qui a bouleversé le monde du jeu vidéo, et qui continue d'innover avec son épisode 7, en attendant la suite qui risque de se faire attendre encore un petit moment.

Pour aller plus loin, un test de 2004 (ça nous rajeunit pas tout ça) sur les premiers épisodes: http://jeux-video.krinein.fr/resident-evil-1-2-3-test/

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A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

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