6.5/10

AER - Memories of Old - Test PC

Qui n'a pas rêvé, enfant, de voler comme les petits oiseaux ? AER réussit le tour de force d'y parvenir : il nous met, pendant la moitié du jeu, dans la peau d'un oiseau avec un réalisme saisissant.

Lorsqu'on commence AER - Memories of Old, on croit se trouver dans un jeu classique d'exploration dans un univers naturel. Loin d'être emballé par le dirigisme initial, les dialogues sous forme de textes et les graphismes d'une époque révolue. On persiste un peu quand même, histoire de plonger complètement dans l'aventure.

Je vole

Ô surprise, on découvre alors qu'on a la possibilité de se transformer en oiseau pour découvrir la région environnante et accomplir la tâche qui nous est dévolue. La bonne surprise se confirme lorsque l'on comprend petit à petit, qu'au lieu de marcher bêtement pour explorer, il va bien plus vite de survoler les zones pour les examiner. AER devient alors exigeant : il nous faut apprendre à ne pas voler trop haut, ni trop vite et à faire des cercles de repérages pour bien voir. Et alors, on comprend soudain mieux pourquoi certains oiseaux (de proie notamment) font des cercles parfois dans le ciel, car on est exactement en train de faire la même chose qu'eux.


Le plaisir de soigner son atterrissage.

Les commandes ne sont pourtant pas si complexes : espace pour battre des ailes et donc accélérer, Z et S pour monter ou descendre, boutons de la souris pour virer à bâbord ou tribord. Mais le dosage de l'altitude est assez millimétré et demande donc de sacrément jouer du Z et du S. Idem avec le battement d'aile : notre oiseau accélère rapidement (et il n'y a pas de commande de freinage), donc il faut être particulièrement vigilant sur la vitesse. À défaut, on loupe la zone et on doit faire demi-tour.

La même exigence est de mise quand il nous faut atterrir. Se vautrer lamentablement ne nous blessera ni ne nous tuera, il n'y a ni jauge de santé ni ennemis dans AER, mais on préfère quand-même savourer le plaisir d'atterrir pile à l'endroit repéré. Et parfois, exigence minimale oblige, certains endroits sont suffisamment surélevés pour nous obliger à n'y accéder que par les airs et donc à être précis sur l'atterrissage.

Bref, AER offre aux joueurs-euses l'infini plaisir de voler, non pas dans une machine, mais comme un oiseau, bercée par une douce musique assez exaltante ; et à plus d'un reprise, l'immersion est telle qu'on se croirait vraiment être l'oiseau, comme dans un rêve d'enfant. 


Paysages variés.

Ce plaisir est auréolé par l'absence totale de dirigisme du jeu. Le dirigisme ne dure en réalité que 15 minutes au départ et après, on va où l'on veut quand on veut comme on veut. La carte étant relativement grande, autant dire que l'on profite de notre expérience aérienne (le nom du jeu vient peut-être de là d'ailleurs : aer, comme aérien...). Soi-dit en passant, on apprécie que la carte soit consultable à tout moment y compris pendant le vol (ce qui le met en pause), mais on regrette que les noms des lieux n'y figurent pas. La boussole intégrée à l'écran est aussi bien utile afin de ne pas passer trop de temps sur la carte.

Pour autant, AER va un peu plus loin et associe une quête sympathique, mais bien trop courte, à cette expérience aérienne.

Je marche un peu aussi

C'est qu'il y a quand même une historie et une aventure dans AER. Il convient en gros de rétablir l'équilibre en arrêtant la progression d'une sorte de personnification du Néant. L'histoire est assez détaillée et travaillée, mais ne passionne pas plus que ça. Disons qu'elle crée une ambiance ésotérique sympathique.

Et pour rétablir cet équilibre, on doit récupérer trois fragments de pouvoir, dans trois temples différents qu'on ouvre avec trois clés différentes. Tout cela n'est pas explicitement dit, on doit le comprendre par nous-même, ce qui est plutôt agréable. On préférera toujours un jeu où l'on se sent perdu au début et où l'on doit comprendre par nous-même ce qu'il faut faire, plutôt qu'un jeu où l'on nous dit tout ce que l'on doit faire. Où serait le ludique sinon ? Où relèverait-on un défi sinon ?


Ne pas se perdre dans les temples.

Mais là où le bât blesse un peu, c'est que si les temples sont plutôt grands, en particulier ceux où sont les fragments (un peu moins pour ceux où sont les clés), tout est un peu trop facile. La notion de puzzle est quasiment inexistante à trois exceptions près, notamment le puzzle extérieur où l'on doit voler à travers des grands arceaux. On se contente d'activer des plaques de-ci de-là, on passe un peu de temps à les trouver ou à y accéder, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. La seule véritable énigme qu'il y avait (un symbole à reconstituer) est d'une facilité déconcertante car le symbole à reconstituer est montrée juste à côté.

Par ailleurs, le système de sauvegarde est inachevé : on peut sauvegarder certes à tout moment, mais on est ramené à de simples points prédéterminés, pas au point exact où on en était. La surprise est donc un peu désagréable quand on a exploré la moitié du temple et qu'il faut tout recommencer... Bon après, on s'organise, on sait qu'il faut tout faire d'un coup.

La durée de vie laisse aussi à désirer : 8H grand maximum, en prenant son temps, en lisant tous les textes et en cherchant tous les succès steam. C'est presque frustrant pour une expérience aérienne que l'on aurait voulu prolonger, d'autant que les paysages sont assez variés et soignés. On a même droit au blizzard et à la neige. 

Quant à la conclusion finale, elle manque quand même de dynamisme et d'intensité : on n'a strictement rien à faire, on marche quelques minutes et on regarde le grand méchant disparaître. On a vu mieux.


Et hop, une clé de plus à choper.

Enfin, pour ma part, je reste assez dubitative devant les graphismes : j'ai pourtant connu les jeux des années 90 et sais apprécier un univers graphique rétro. Mais là, pour un jeu d'exploration en partie aérien, je ne peux que regretter le choix du bas niveau graphique et ne cesse de me demander : qu'aurait été l'expérience de jeu avec un niveau de qualité graphique comme celui du récent et magnifique RiME ?

Conclusion

AER - Memories of Old vaut largement le détour par l'originalité de son concept finement conçu. Il donne largement envie de jouer et d'y revenir. Il sera aussi très apprécié des plus jeunes (ou des néophytes en jeu vidéo) par sa facilité, son absence de barre de vie et de violence, mais les joueurs-euses expériementés en aventure/exploration/énigmes resteront forcément un peu sur leur faim.

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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