A DECOUVRIR
7.5/10

Lune seule le sait (La)

Paris 1899. A bord d'un zeppelin, Jules Verne scrute un Paris transfiguré par l'arrivée des extra-humains il y a de cela 10 ans. Les travaux effectués sous l'égide du baron Haussmann ont été complétés par les innovations biomécaniques issues de la collaboration entre les humains et ceux que l'on appelle "Ishkiss". Mais plus que la Capitale, c'est l'Europe entière qui se consume autour de la révolution industrielle amorcée par l'arrivée des Ishkiss et de leur alliance avec Napoléon III. En effet, Louis Napoléon est encore au pouvoir et l'homme (ou ce qu'il en reste) écrase l'Europe sous sa botte. Car l'Empereur, moqué "Napoléon le petit" par les plus audacieux, nourrit une haine inextinguible contre la racaille "socialiste", qui n'égale que sa soif de pouvoir. Ces deux traits de caractère et la biomécanique Ishkiss qui le maintient en vie, semblent avoir eu des conséquences déplorables sur la santé mentale de l'Empereur.

Celui-ci nourrit un rêve fou, conquérir les étoiles, lancer sa troupe dans l'espace au moyen des vaisseaux Ishkiss et soumettre ainsi l'Immensité à son pouvoir.
Mais sous la dictature de Louis Napoléon, une poignée d'idéalistes défient le pouvoir en place. Le leader de la rébellion humaniste, Babiroussa, choisit son vieil ami Jules Verne pour la mission de la dernière chance : partir sur la lune et y rejoindre la Base Cyrano, poste avancé de l'impérialisme dictatorial, destination en vogue pour la haute bourgeoisie et accessoirement, bagne colossal et dantesque où viennent mourir les ennemis du régime. Verne devra y retrouver Louise Michèle, figure de proue de la Commune de 1871 et forçat sélénite malgré elle. Quant à la suite, Verne lui-même l'ignore... la Lune seule le sait.

La Lune seule le sait est paru en 2000 aux éditions Mnémos. Pour son premier roman, Johan Heliot relève haut la main les paris qu'il s'est fixés : parodie admirative des premiers romans d'anticipation, Jules Verne en personnage principal, uchronie steampunk au 19ème siècle, autant d'écueils que Heliot, en bon briscard, a réussi à contourner.

Certains passages ne sont pas sans rappeler Lovecraft (l'horreur décrite par non-dit) ou même le jeu de rôle Retrofutur.
Ainsi, avec la Lune seule le sait, Heliot pose ses marques sur des faits historiques, tout en prenant un plaisir évident à malmener l'Histoire et à la déformer au service d'un récit d'aventures somme toute réussi.
On sourit à voir Jules Verne en révolutionnaire et détective improvisé, arpenter la lune pour sauver l'humanité. De la même façon, Heliot met le réel au service de la fantaisie et les agents de l'Empire, le prefet Andrieux et l'inspecteur Jaume (également deux personnages de l'Histoire), apparaissent dans ce roman en seïdes de l'Empereur malmenant les "rouges". Prometteur.

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