6.5/10

Beyond: Two Souls tourne la Page

Que l'on soit y soit réfractaire ou non, Heavy Rain a ouvert une nouvelle voie vidéo-ludique, celle du récit interactif. Notez bien que le mot important dans cette désignation est "récit", puisque le jeu de David Cage est avant tout une expérience contemplative basée sur sur des principes de gameplay assez pauvres. Pourtant, Quantic Dream continue de miser sur ce tapis, Beyond : Two Souls étant une nouvelle fois une œuvre hautement scénarisée établissant un trait d'union évident entre le jeu vidéo et le langage du cinéma. Ce n'est pas pour rien que le studio a fait appel à des acteurs reconnus pour interpréter ses personnages principaux : Ellen Page et Willem Dafoe. Les deux artistes se sont retrouvés sous l'œil d'une soixantaine de micro-caméras, afin que le petit ordinateur aux commandes récupère le maximum d'informations sur leur jeu d'acteur et leurs expressions. Malgré l'absence d'une phase de gameplay, le teaser présenté à l'E3 2012 - faisant la part aux remarquables animations faciales - a fait mouche, surtout parmi les cinéphiles : même les récalcitrants comme moi se disent que, finalement, avec The Last of Us et Beyond : Two Souls, il va devenir pertinent d'avoir une PS3 plutôt qu'une autre console.

En lisant le résumé du scénario, pas de doute, le cinéma n'est guère loin. Jodie est une enfant douée de pouvoirs surnaturels lui permettant de communiquer avec Aiden, une entité immatérielle. Capable de télépathie, de contrôler les esprits, d'infliger la douleur (voire la mort), Jodie est placée sous surveillance dans un organisme contrôlée par la CIA pour y être étudiée et surveillée. Les évènements qu'elle va vivre, dans sa quête de normalité, va l'amener à intégrer la CIA en tant qu'agent et mettre son pouvoir au service des autres...


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Dans ce carcan assez cloisonné, difficile d'imaginer comment le joueur va pouvoir interagir pleinement avec un scénario travaillé mettant le récit à l'honneur. Et dans certaines séquences de jeu, on se pose très sérieusement la question. L'histoire fait des allers-retours dans trois périodes de la vie de Jodie (enfant - adolescente - adulte), nous plongeant dans son extraordinaire existence. A de nombreux passages, il sera juste question de prendre des décisions apparemment sans conséquences, dans des situations plus ou moins communes ; et à d'autres moments, il faudra jouer de discrétion et intervenir, parfois violemment, dans des missions imposées par la CIA. Un peu partout, tel Aiden qui surveille sa petite Jodie, le QTE sera votre allié. On presse des touches à certains moments, on oriente le stick dans d'autres, on a parfois l'impression de ne faire que ça - surtout quand la séquence en question traite de Jodie et de sa relation avec "l'extérieur". C'est aussi prenant que certains films contemplatifs, mais cela ne pourra donc pas plaire à tout le monde. En d'autres termes, si vous pensez vous défouler sur Beyond, passez votre chemin et allez vous acheter le dernier Call Of Duty. Ici, c'est du couloir limite éducatif : je suis devant une porte, j'ouvre ou j'attends avant d'ouvrir ? On se retrouve donc un peu sur le même chemin qu'Heavy Rain, à la différence que celui-ci articulait sa narration autour de plusieurs personnages et une durée limitée (une semaine), alors que Beyond traite d'une seule personne et de quasiment toute son existence.


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Alors oui, Jodie n'est pas "normale", la faute à Aiden. L'espèce de fantôme peut communiquer avec Jodie et réaliser certaines actions pour elles, comme prendre de l'altitude pour repérer les environs ou contrôler à distance un autre personnage et débloquer une situation. C'est un peu le cœur du gameplay sans être le cœur du jeu, et j'explique mon propos : Aiden a ses limites, elles-mêmes imposées par le scénario et les développeurs. Vous pensiez peut-être sortir le fantôme pour un oui ou pour un non, et asticoter tous ces PNJs sans âme qui ne réclament que votre jugement ? Encore une fois, il faudra se tourner ailleurs, les interventions d'Aiden sont extrêmement balisées. En somme, il s'agit d'une nouvelle brique de narration qui permet de construire quelque chose, et ce quelque chose ne ressemble pas vraiment à un jeu. A plusieurs reprises, j'ai pensé à un livre dont vous êtes le héros, blindé de choix et d'embranchements. Il y a effectivement de nombreuses petites déviations qui nous ramènent inexorablement sur le même fil conducteur, avec parfois quelques variantes. 23 fins différentes, qu'on nous a promis. Pas facile pour le moment d'estimer chacune d'entre elles, il faut espérer que les copains s'y mettent et prennent une autre voie - ce qui ne devrait pas être difficile tellement les choix importants sont noyés sous les QTE sans intérêt (ça n'y ressemble pas, mais c'est une bonne chose).


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Il ne manquerait donc pas grand chose à Beyond pour devenir un incontournable si David Cage était parvenu à équilibrer son récit. En l'état, la narration destructurée et le n'importe quoi de certaines situations laissent un goût amer en bouche, qui alterne avec des phases d'ennui assez profond. C'est une expérience comme une autre, un peu bancale, assez aguichante mais mal maitrisée.

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