7/10

Black Mirror 3 (The) - Test

Initiée en 2003 avec The Black Mirror, la série publie enfin son chapitre final, huit ans plus tard. Intrigue recherchée, dialogues travaillés et esthétique globale réussie, autant de qualité qui font de ce Black Mirror 3 un excellent jeu d'aventure. Malheureusement, il rate le titre d'incontournable de peu, notamment à cause de sa jouabilité trop poussiéreuse et pas assez développée.


Le château, début de l'intrigue et de tous les ennuis.
La série Black Mirror n'est plus toute jeune et ceux qui ont eu le privilège de toucher au premier épisode, sobrement baptisé The Black Mirror, se souviennent surtout d'un bon jeu d'aventure qui aurait pu être très bon si le scénario, pourtant très efficace de par son atmosphère intrigante, n'était pas si prévisible. Sorti sur les PC français en 2003, le premier volet n'a sans doute pas marqué outre-mesure puisqu'il a fallu attendre début 2007 pour qu'un éditeur allemand, DTP Entertainment AG, daigne reprendre le projet en expliquant qu'il répondait aux exigences de beaucoup de fanatiques du jeu d'aventure. Au bout du compte, Black Mirror II fut une semi-déception tant il s'éloigne de la difficulté propre au genre pour tenter de satisfaire tout le monde, les joueurs dits « casuals » et les joueurs dits « hardcore-gamers ». Posé dans les rayons en mai 2010, Black Mirror II aura néanmoins rencontré un beau succès, aussi bien critique que commercial, ce qui poussa DTP à commander une nouvelle suite à l'épisode originel. Même si la fin du deuxième épisode et l'intervalle entre les deux sorties – onze mois seulement séparent Black Mirror II et III – laissaient fortement penser que les deux softs ont été développés dans la foulée, certains ont espéré jusqu'au bout que les Allemands changent leur ligne directrice pour proposer un jeu d'aventure dans la pure veine de ce que l'on pouvait retrouver lors de l'âge d'or du genre. Après douze heures de jeu, force est de constater que non, Black Mirror III ne réconciliera pas les vieux de la vieille du point'n'click, mais oui, il serait quand même fort dommageable de sciemment passer à côté.

Quand la qualité textuelle...


L'histoire commence plutôt mal pour Darren.
Cranberry Production, l'équipe aux commandes de la franchise depuis le deuxième épisode, a bien compris que l'essentiel du gameplay d'un jeu d'aventure ne se situe pas dans les énigmes proposées, mais bel et bien dans l'intrigue dudit jeu. Déjà extrêmement travaillée dans le deuxième volet – à tel point d'ailleurs que c'était sans nul doute sa plus grande qualité, ce qui lui permit de s'attirer les éloges des fans du genre -, l'histoire suit le même chemin pour ce Black Mirror III puisque les éléments narrés reprennent immédiatement après la fin de Black Mirror II. Un plus appréciable pour ceux qui ont déjà terminé l'intrigue précédente qui peut pourtant vite devenir un inconvénient pour ceux qui ont pris le « wagon en route ». Effectivement, ces derniers devront faire comme ils peuvent pour comprendre la trame narrative de ce nouveau cru, pas forcément excessivement tarabiscotée, mais extrêmement prenante et riche en rebondissements. Pour éviter tout spoil qui pourrait véritablement gâcher le plaisir de jeu, nous n'allons pas nous attarder sur l'histoire dans ses moindres détails, mais décrire simplement et concrètement en quelques mots de quoi il en retourne. Au tout début, on incarne un certain Darren Michaels qui se fait arrêter par un policier devant les grilles d'un manoir en train de brûler. Une fois au poste de police le plus proche, on nous explique que nous sommes accusé de pyromanie et d'homicide, deux chefs d'inculpation avec lesquels vous n'avez évidement rien à voir, et bouclé en cellule il est difficile de prouver son innocence. C'est alors qu'un homme inconnu paie en intégralité votre caution pour que vous puissiez retrouver l'extérieur et vous blanchir totalement grâce à quelques investigations. Voilà, brièvement, les bases de ce Black Mirror III. Nous n'en dirons pas plus concernant l'intrigue puisque, comme dit plus haut, cette dernière « prend réellement aux tripes » grâce à son ambiance mêlant surnaturel, bizarrerie et épouvante avec une maestria déconcertante.

... rencontre la qualité graphique


Chaque tableau fourmille de détails.
Pourvu d'une qualité textuelle indéniable, aussi bien dans sa narration maîtrisée
de bout en bout que dans ses dialogues recherchés, Black Mirror III impressionne également avec ses graphismes fouillés. Généralement, dans ce genre de jeu, le travail esthétique est relégué au second plan pour réellement se concentrer sur le cœur du gameplay (bien évidemment, il existe des studios qui font exception à cette règle, comme les talentueux Espagnols de chez Pendulo Studios qui arrivent à nous proposer quelque chose aussi bien travaillé dans le fond que dans la forme avec, par exemple, leur série Runaway qui est véritablement devenue une référence avec le temps et qui est aussi considérée, à juste titre, comme étant la résurrection moderne du point'n'click).
Dans le titre de Cranberry, chaque tableau (d'après la jaquette, il y en aurait plus de 150) a bénéficié d'un soin tout particulier. Chacun d'entre eux dégage quelque chose d'unique qui nous permet de nous immerger encore plus profondément dans l'intrigue. On sent que la narration et l'esthétique ont été travaillées conjointement pour offrir la meilleure sensation de jeu possible. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est réussi. Détails par dizaines et jeux de lumière sublimes s'associent sur chaque zone de jeu pour notre plus grand plaisir. Dommage que la modélisation globale des personnages ne suivent pas. Par exemple, les animations sont vraiment limites et la synchronisation labiale est tout bonnement absente. Mais ne nous attardons pas sur ce défaut somme toute mineur comparé à l'excellence technique des décors. S'il y a deux grandes qualités que l'on ne peut pas enlever à Black Mirror III, c'est bien ses graphismes et son histoire. Et quand ces deux éléments sont bien, voire très bien réussis, la moitié du chemin vers la perfection a été effectuée. Hélas, trois fois hélas, le troisième et dernier volet de la série pêche dans la seconde moitié du chemin, à savoir ce que proposent concrètement ses mécanismes de jeu.

Mécanismes un peu rouillés


Les indices visuels tuent complètement la recherche.
Effectivement, en termes de jouabilité pure, on ne peut pas dire que Black Mirror III soit avant-gardiste. Puzzles et énigmes ne donneront pas beaucoup de fil à retordre et les habitués du genre risquent de s'ennuyer ferme s'ils achètent le jeu uniquement pour retrouver le plaisir de l'énigme résolue avec patience et matière grise. Sans doute dans le but de ne pas trop déconcerter les nouveaux venus dans le domaine (Black Mirror III veut plaire à tout le monde, c'est indéniable), les Allemands de chez Cranberry ont installé un système d'aide assez étrange. En effet, ce dernier est censé nous aider à résoudre un casse-tête sur lequel nous aurions un peu de mal. Le problème est qu'on nous donne la solution complète au bout d'un certain temps. Si c'est clairement un choix assumé des développeurs, il risque certainement de ne pas faire l'unanimité, bien au contraire. S'ajoute à cela une option qui permet de mettre en évidence les zones qu'il faudrait examiner de plus près. Mais inutile de s'y attarder outre-mesure puisqu'il a au moins le mérite d'être totalement désactivé dans le menu des options. On peut donc en conclure que Cranberry Production a voulu marcher sur les traces du défunt studio CING, c'est-à-dire proposer une histoire interactive plutôt qu'un « vrai » jeu (pour les connaisseurs, les références du genre sont les deux aventures de Kyle Hyde sorties sur DS, Hôtel Dusk : Room 215 et Last Window : Le secret de Cape West). Un choix intéressant quand on sait à quel point les deux titres précités étaient bons. Malheureusement, ce n'est sûrement pas ce qu'attend un joueur lambda. Il attend des énigmes et des puzzles tarabiscotés, ce que Black Mirror III ne propose pas.

Le mot de la fin

Au final, Black Mirror III passe l'examen avec mention bien. Proposant une intrigue extraordinairement prenante et intéressante, le titre de Cranberry se paie le luxe d'offrir des tableaux de jeu qui sont un régal pour les mirettes, même si l'on ne peut malheureusement pas en dire autant de la modélisation des personnages, bien en deçà. Mais le seul véritable défaut dont il est pourvu se situe dans sa jouabilité qui n'offre pas une expérience mémorable ou qui n'est clairement pas à la hauteur de sa narration. Difficulté absente, énigmes peu recherchées et système d'aide intrusif peuvent réellement frustrer les joueurs fanatiques de point'n'click et d'aventure en quête du nouveau Runaway. En revanche, ceux qui cherchent un bon jeu pour s'initier tout doucement au genre peuvent y aller les yeux fermés, ils ne seront pas déçus.

Les Plus Les Moins
+ Les graphismes travaillés
+ L'intrigue digne des plus grands récits policiers
+ La qualité des dialogues

- Beaucoup trop facile
- Système d'aide pas indispensable
- Modélisation des personnages pas à la hauteur

 

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