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8.5/10

Chevaliers de Baphomet I & II (Les) - Test

Lire le test des Chevaliers de Baphomet I & II.

Revolution Software est un studio de développement anglais mené par un Charles Cecil instigateur de vieux jeux d'aventure connus des passionnés par le point'n click. Parmi leur catalogue édité par Virgin Interactive, existe une franchise incontournable dont la création remonte à l'année 1996. Une idée vient de prendre définitivement forme : celle d'une épée brisée (broken sword pour les anglophones). Un héros à l'humour ironique se tient à ses côtés. Il s'appelle George Stobbart (avec deux b et deux t). Avocat intermittent d'ascendance américaine, touriste du monde et, fin du fin, catalyseur par excellence du Mal qui tente d'avilir l'humanité. Pour preuves, les deux premiers volets d'une saga qu'on ne présente plus... sauf dans notre présente chronique (si, si, j'insiste). D'ailleurs, voici un rapide tour de contexte, histoire d'être synchro :

Une ruelle de Marib, au Yemen... heu... en Syrie
Une ruelle de Marib, au Yemen... heu... en Syrie
Dans l'Ombre des Templiers (Shadow of the Templars), le George part sur les traces d'un serial killer spécialiste de l'assassinat en costumes de Carnaval. Aidé de la journaliste française Nicole Collard, notre sympathique enquêteur en herbe va remonter jusqu'à la piste d'une secte secrète de pseudo Chevaliers de l'Ordre des Templiers vouant un culte à la terrible divinité Baphomet. Dans les Boucliers de Quetzalcoatl (Smoking Mirror), George et Nico feront à nouveau équipe mais cette fois-ci, c'est un supposé trafic de drogue qui sera l'amorce d'une véritable conspiration internationale ! Remontant aux sources d'une ancestrale légende Maya, cette dernière sera déchaînée par une nouvelle divinité, j'ai nommé... l'imprononçable... Quetzalcoatl ! (à mes souhaits).

L'Eglise de Montfaucon, à Paris
L'Eglise de Montfaucon, à Paris
Seulement une année sépare l'Ombre des Templiers des Boucliers de Quetzalcoatl. Autant le dire tout de suite : d'une aventure à l'autre, les ressemblances sautent aux yeux. Et c'est tant mieux ! Canevas d'envergure aux petits oignons, joutes verbales saupoudrées de sarcasmes piquants et ustensiles à l'utilité improbable (un nez rouge de "clawn", un charbon qui rend chèvre, un string obsessionnel) sont en effet des ingrédients essentiels de leur formule et sur lesquels je ne reviendrai pas, persuadé de mon affirmation (totalement subjective, cela va sans dire). Il y a cependant un point qui mérite d'être mis en lumière : en plus du talent assuré de ses concepteurs, les très bonnes initiatives artistiques des Broken Sword sont tributaires de gros budgets. Si l'oeil attentif aura remarqué que certains accessoires (portes, mobiliers, drapeaux ou véhicules) sont le produit de modèles tridimensionnels, tous les décors, l'ensemble des personnages et les nombreuses petites cinématiques qui articulent les séquences majeures des deux softs - plus nombreuses dans le premier - ont été réalisés en 2D par des familiers du dessin animé. Les environnements fourmillent de détails et de figurants, principalement dans Les Chevaliers de Baphomet II. La part belle est souvent faite à l'amorce du premier plan, conférant à ces tableaux une composition picturale agréable et raffinée (Orson Welles aurait adoré, en tout cas). De Marseille au Mexique, des Caraïbes à l'Angleterre, le dépaysement est néanmoins plus effectif et varié dans le second opus, le premier étant construit autour de nombreux aller / retour en France ou en Espagne.

Le British Museum de Londres
Le British Museum de Londres
L'autre valeur est sans nul doute la participation du compositeur australien Barrington Pheloung, à qui l'on doit les bandes originales des films Nostradamus, The Mangler ou Shopping (...). Ses mélodies et plages d'ambiances trouvent leur place avec pertinence dans les diverses situations de chaque épisode. Son travail ajusté sur les Broken Sword fait de cette saga une des plus réussies en matière d'illustration musicale. Et puisque nous sommes dans le domaine de l'audio, un petit mot pour résumer le doublage voix français : enthousiaste ! A tous les niveaux, des premiers rôles à la figuration. Mais c'est bien entendu Emmanuel Curtil, les cordes vocales de Chandler dans Friends, qui raflent tous les suffrages en apportant à ce bon vieux George un je-ne-sais-quoi d'amusant mais d'authentique dans son parler. Cela dit, l'encodage son de quelques dialogues dans l'Ombre des Templiers est par moment de mauvaise qualité... du moins, comparé à son suiveur qui ne souffre d'aucune fluctuation qualitative à ce niveau. Tout reste cependant audible, je rassure les durs de la feuille.

Le Port de Quaramonte, au Mexique
Le Port de Quaramonte, au Mexique
Le plaisir de retrouver des proximités entre les softs ne me fait pas oublier d'évoquer une petite modification apportée au gameplay. Modification... Hum... Simplification serait plus adéquate si j'avais envie de me la jouer trop critique. Bref. Le style point'n click se définit par un curseur de souris qui change de forme dès que l'aventureux peut interagir avec les décors ou les interlocuteurs, des clics sur le bouton droit pour examiner, des clics gauche pour agir. Suivant ce déterminisme ultra classique, le curseur flèche de l'Ombre des Templiers peut se transformer en loupe pour zyeuter, en mécanisme pour actionner et/ou utiliser des objets de l'inventaire, en bouche pour papoter ou en main pour indiquer une sortie de tableau. Elémentaire et pratique. Dans les Boucliers de Quetzalcoatl, les deux premières signalétiques ont disparu au profit d'un curseur croix au-dessus duquel s'affichent de petits textes descriptifs et caractéristiques lorsque l'on tombe sur ces fameuses zones ou personnages avec lesquels interférer. Encore plus élémentaire mais surtout pratique pour repérer l'aiguille cachée dans une botte de foin. Élémentaire, pratique et un peu trop simpliste, en ce qui me concerne.

Effet transitoire et sens de l'agencement argumentatif obligent, le rappel à mon si modeste esprit de ce gameplay simplifié me fait aussitôt rebondir sur la distinction incontestable du degré de difficulté propre aux deux épisodes. Souvenez-vous de ces grands moments de stress où la vie du George ne tenait qu'à un fil (en l'occurrence, celui de votre rapidité d'observation / interaction) ! Et ces passages corsés de la vieille bique irlandaise, des aboiements de clébards espagnols ou de ce manège fourbe d'un matou syrien lors de votre traque des néo-Templiers ! Quant à la brosse à chiotte... No comment ! Côté péripéties Maya, pour le coup, tout est assez limpide. Les énigmes, pensées avec logique, ne posent pas de problèmes particuliers et la progression n'est que rarement freinée l'espace d'un ou deux arrachages sporadiques du cuir chevelu (ou de grignotages d'ongles pour les personnes sujettes à la calvitie). Au final, la durée de vie reste trop brève, malgré le plaisir éprouvé lors de la découverte. Seul point ravivant (pour les célibataires ?) : la possibilité de jouer quelques passages - en tout bien, tout honneur - avec la jolie Nico, laquelle avait tendance à être végétative dans l'histoire précédente, il faut le reconnaître. Quoiqu'il en soit, aussi bien dans l'Ombre des Templiers que dans les Boucliers de Quetzalcoatl, de nombreuses situations dangereuses pourront mettre un terme à la partie en cas d'échec de votre part. Sauvegarder souvent est donc un bon réflexe pour éviter de reprendre à zéro certaines scènes.


En guise de conclusion, je rappellerai que l'Ombre des Templiers et les Boucliers de Quetzalcoatl ont remporté un immense succès, tant critique que commercial. Cela ne vaut pas forcément grand chose pour statuer sur la qualité (ou non) d'un titre, quel qu'il soit. Toujours est-il que ces deux épisodes (surtout le premier) font désormais parti des références d'une catégorie de jeux d'aventure qui perdure encore de nos jours, plus ou moins difficilement, et malgré les envies d'esbroufes de nombreux concepteurs de jeux vidéo. Comme beaucoup, Revolution Software n'a pas su resister à l'appel de la « pseudo-novation » en tentant de réinventer le genre. Le résultat fût sans appel : les Chevaliers de Baphomet : le Manuscrit de Voynich eut du mal à trouver son public. Plus dommageable encore, les fans du George et du point'n click se sont quelque part sentis trahis. Face à l'échec tout en nuances de cette embardée, Charles Cecil et son équipe semblent être revenus sur des bases plus traditionnelles, même si dans les Gardiens Du Temple De Salomon (épisode IV actuellement disponible), la 3D occupe une fois encore le devant de la scène, reléguant la 2D au placard nostalgique des bons souvenirs d'antan.

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4 commentaires

  • weirdkorn

    22/09/2006 à 16h17

    Répondre

    Ah, j'aime ces critiques de vieux trucs Surtout quand c'est aussi bon que les chevaliers de Baphomet. J'imagine que ça a quand même un peu vieilli aujourd'hui mais c'est vraiment ce qui se faisait de mieux, avec Monkey Island, of course ! Toujours une petite préférence pour l'ordre des Templiers aujourd'hui.

  • gyzmo

    22/09/2006 à 18h02

    Répondre

    J'avais oublié de préciser que le premier opus était également dispo sur Game Boy Advance (mais sans les doublages voix, il me semble, et allégé de l'énigme de la Chèvre^^). Autrement, les deux sont dispos pour moins de 15 sur PC (préférez les versions compatibles ScummVM, plus stables), ça vaut vraiment le coup de s'y replonger ou de les découvrir si vous aimez les point'n click à l'ancienne. Perso, je me suis amusé comme un petit fou en les redécouvrant^^

    *retourne invectiver contre Baphomet III*

  • Kei

    22/09/2006 à 20h03

    Répondre

    Si je ne m'abuse, il s'agit aussi du jeu vidéo ayant le moins chiant des installeurs, puisque celui se minimise pour nous proposer une partie de casse briques pour patienter

  • hiddenplace

    22/09/2006 à 20h11

    Répondre

    gyzmo a dit :

    *retourne invectiver contre Baphomet III*


    *attend l'invectivation contre Baphomet III*



    ...

    Baphomet I et II = (et sa critique = )

    ...

    Quel beau message, ça sent la fin de semaine, là

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