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Chroniques de Sadwick (Les) - The Whispered World - Test

Ces chroniques forment une expérience plaisante qui pourrait bien ouvrir les portes de la reconnaissance aux développeurs allemands Daedalic Entertainment...

Qu'il s'agisse des clins d'œil de So Blonde, l'excellente ambiance de A Vampyre Story, de l'humour omniprésent de A Twist of Fate ou de la poésie douce et heureuse de Machinarium, une certitude est de mise : à la vue des qualités respectives des nombreux jeux d'aventure qui se succèdent depuis ces deux ou trois dernières années, le point'n click 2D façon LucasArts est loin d'avoir soufflé sa dernière bougie. La preuve en est la petite flopée de softs du même calibre (le Special Edition de Monkey Island 2, A Next Big Thing...) qui s'apprêtent à faire perdurer l'esprit bon-enfant et les associations loufoques d'objets dans des décors 2D peints par de bien expertes menottes. Dans ce sillage en devenir, et par la toute jeune équipe de développeurs allemands Daedalic Entertainment, Les Chroniques de Sadwick : un prodige attendu de pied ferme par les aficionados du genre.


Ce récit fantastique se distingue d'emblée par un visuel splendide - et apparemment inspiré par Le Voyage de Chihiro de Miyazaki. Des différentes zones de la forêt d'automne aux caches souterraines farcies de mystère, les tableaux se succèdent sans invoquer une quelconque lassitude pour le visiteur. Et ce, malgré l'ensemble plutôt dépourvu d'animations environnementales et saturé par des gestuelles saccadées de la part des protagonistes. Hormis cette disette statique, face à autant d'attention graphique et de dépaysement, l'œil n'a d'autre choix que de se régaler des associations de couleurs, des jeux de lumières (surtout ceux à la bougie !) et de l'envergure grandiose exprimée par certains environnements. Les personnages, quant à eux, ne sont pas en reste... pourvu que l'on ne soit pas allergique à leur apparence un peu trop disneyenne. Le jeune clown triste Sadwick - votre double dans ce périple initiatique, possède un capital sympathie susceptible de séduire tous ceux qui n'ont rien contre les antihéros sous antidépresseurs. Les moins charitables auront quelques difficultés à supporter la voix nasillarde (dans sa version anglaise, du moins) de ce petit bonhomme, plaintif et bavard comme pas deux. Quoique. Le reste du casting se révèle tout aussi loquace, en fin de compte. Et pour pas grand-chose. Car là où les dialogues auraient pu s'avérer légers et humoristiques, la plupart se contentent d'être longs et peu intéressants. Rarement, ils ne servent de trampoline à l'intrigue pour la faire avancer. Quasiment jamais, le background ne prend de la consistance via les questions des uns, les réponses des autres. Enfin, parmi son lot d'imperfections, les cinématiques ponctuant les quatre chapitres des Chroniques de Sadwick ne sont curieusement pas du tout au niveau bluffant de l'aspect graphique général. De qualité plus que médiocres, elles vont même jusqu'à tirer le soft vers le bas. Au final, les dessinateurs de Daedalic ont sans nul doute de solides épaules pour construire un joli monde imaginaire. Mais ils n'ont malheureusement pas (encore) l'étoffe d'un Richard Williams ou d'un Preston Blair...


En contrepartie, Les Chroniques de Sadwick  remplit convenablement le cahier des charges dites du remue-méninges. La difficulté croissante des énigmes, les quelques mini-jeux et puzzles un peu trop classiques - et principalement concentrés dans le dernier chapitre, ou sa collecte de divers items à associer avec les nombreux emplacements possibles d'interaction font que l'aventure encourage en permanence l'exploration, invite à faire différentes tentatives, tout en gardant au chaud les neurones du joueur. Dans le fond, le gameplay ne réinvente fondamentalement rien : curseur qui cherche ; curseur qui trouve ; curseur qui clique. Dans la forme, par contre, une particularité offre des phases de jeu plus originales que d'ordinaire. En un mot : Spot ! Patronyme du ver de compagnie de Sadwick, Spot possède deux super pouvoirs. Le premier : il est presque muet comme une carpe (et Grand Dieu que ça fait du bien !). Le second : aucune des mortelles tortures que lui inflige - en tout bien tout honneur - ce sadique de Sadwick (vous, en l'occurrence !) n'auront sa peau. Bien au contraire. Suivant les utilisations que vous faites de Spot avec des éléments spécifiques du décor, ce dernier développe de nouvelles compétences lui permettant, par exemple, de se transformer en ver incandescent. Pratique, lorsqu'on n'a pas de briquet à amadou sur soi. Les cinq distinctes et complémentaires mutations à débloquer tout au long de l'exploration et à utiliser à différents moments de l'intrigue (de manière plus ou moins tirée par les cheveux) trouveront leur apothéose dans l'introduction du dernier des chapitres. Un petit plus sympathique qui n'est pas sans rappeler le Crow d'April Ryan et autres héros secondaires animaliers.

Dans l'ensemble, les challenges proposés par Les Chroniques de Sadwick  restent accessibles à tous. D'autant que pour les moins observateurs ou les plus impatients, un coup sur la barre d'espace révèle les zones scriptées. Gare toutefois à tout ce qui touche à l'astronomie fantaisiste et aux crises de nerfs associées. Autrement, entre dix et quinze heures devraient suffire pour boucler cette histoire entraînante et dotée d'un véritable petit suspense.... même si noyée sous un peu trop de blabla. Evidemment, et au-delà des défauts du soft, ces chroniques forment une expérience plaisante qui pourrait bien ouvrir les portes de la reconnaissance aux développeurs allemands Daedalic Entertainment, sur le feu de A New Beginning et de Deponia, deux réalisations prometteuses en ligne de mire.

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