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Civilization Beyond Earth - Dans l'espace, personne ne vous entendra pleurer

Très attendu par les fans, le dernier Civilization promettait de nous mettre des étoiles dans les yeux... Mais Sid Meier s'est un peu perdu en route, nous livrant un jeu certes de bonne facture mais qui n'est rien d'autre qu'un Civilization V rhabillé pour l'occasion !

Civilization, c'est un peu comme le Beaujolais. Certains le trouveront immondes, d'autres s'en délecteront jusqu'à la dernière goutte mais tous y reviendront à chaque crû. Néanmoins, Civilization, contrairement au pinard, accompagne difficilement une viande rouge. Et si le sens de cette métaphore spiritueuse vous échappe, sachez simplement ceci : les Sid Meier's Civilization, on aime ou pas, mais on y joue ! C'est tout de même le 4X (eXplore, eXpand, eXploit and eXterminate) de référence, le premier du genre (bon, les puristes m'indiquent qu'Empire était là avant… Ce qui n'empêche pas Sid Meier d'avoir popularisé ce type de jeu). Bon, pour ceux qui n'ont jamais touché un Sid Meier de leur vie*, primo arrêtez d'avoir une vie sociale et secundo Civilization est un jeu de gestion/exploration/stratégie au tour par tour. Alors, connaissant les pedigrees de 2K et de Firaxis, comment Civilization Beyond Earth pourrait-il être décevant ? … Et m**** !

Pourtant, ça commençait bien. Comme pour Civilization V, les trente premières minutes de jeu étaient jouissives. Après un trailer dont l'EPICNESS le dispute à l'ascenseur émotionnel, on entre dans un nouveau monde, radicalement différent de tout ce qu'on à pu connaître auparavant. L'espace… enfin une nouvelle planète pour être exact. Et là, des plantes aliens multicolores, des créatures fantastiques, des sols riches en ressources extraterrestres, des plages de sable chaud, le bleu de l'océan, des cases hexagonales (comme dans Civilization V !)… Et ces foutus miasmes ! Mais nous reparlerons de ces vapeurs toxiques plus tard. Donc, votre vaisseau colonie se pose sur un coin de cette nouvelle terre à explorer et c'est parti pour des aventures inédites avec vos explorateurs, vos soldats, vos ouvriers, comme dans tous les autres Civilization en fait. Mais ne soyons pas (déjà) mauvaise langue et émerveillons nous encore quelques secondes.


Nouveau monde, nouvelles perspectives

La consommation d'Epice est dangereuse pour la créativité

Indice de santé des villes, abandon des époques pour un arbre des technologies « circulaire » façon Endless Space, des aliens hostiles et leurs nids, des bases neutres… Que de nouveautés, ceci est une révolution ! Tellement différent de Civilization V, de ses outrecuidants barbares spawnant à l'infini dans leurs camps tout pourraves, ses médiocres cités-Etats, son indicateur de bonheur, avec ce ridicule petit smiley… Et là, c'est la prise de conscience, le brutal retour à la réalité, la douche froide : Civilization Beyond Earth est Civilization V, il en a les qualités et les tares : seul l'emballage change. Si l'opus précédent est autant mentionné au début de ce test, c'est avant tout pour symboliser le fait que 2K, ou Firaxis, ou les deux, n'ont pas su « tuer le père ». On reste en terrain connu, sans réelle innovation de gameplay.


Les technologies conservent leur rôle essentiel et on ne va pas s'en plaindre.

Il faut bien admettre que les apparences sont trompeuses. Au début, on a réellement l'impression d'être transporté dans un nouvel univers avec des mécaniques de jeu originales. Les époques disparaissent, on oublie la notion d'évolution à travers les âges pour se concentrer sur l'adaptation à un environnement flambant neuf avec des antagonistes aliens et humains. Vos concurrents ne sont plus des civilisations mais d'autres colons (et toutes les factions sont identiques, exceptées les bonus). Et puis c'est l'espace, le grand inconnu et une infinité de nouveaux mondes à coloniser. Sauf que l'espace, on ne le voit que dans le trailer… certes, vous pourrez envoyer de jolis satellites en orbite et obtenir ainsi plein d'avantages. Voilà ce qui s'approche le plus de la notion de conquête spatiale : vous ne quitterez jamais votre planète de départ.


War... war never changes

Je m'attendais à pouvoir envoyer des vaisseaux explorer la galaxie, chargés de colons et de soldats impatients de poser le pied sur de nouveaux mondes. Mais non, on est dans du Civilization Terre-à-Terre. Offrir aux joueurs la possibilité de quitter leur première planète pour s'envoler vers d'autres horizons, était-ce si dur ? Ne serait-ce qu'une carte de la galaxie, sans aucune animation ni cinématique, simplement quelques planètes sur lesquels il suffirait de cliquer pour envoyer des explorateurs ? Non ? Tant pis alors.

Jar Jar Binks approuve ce jeu

Et à part ça ? Et ben, pas grand-chose de neuf, ma bonne dame. Rechercher des technologies permet toujours de débloquer d'autres technologies, sans époque cette fois-ci. Notons néanmoins que l'organisation circulaire dudit végétal autorise le joueur à se diversifier et à essayer de débloquer toutes les technologies (comme d'hab' quoi) mais aussi à se spécialiser dans certaines branches, ce qui doit être noté… bien que vous finirez forcément par rechercher toutes les technos disponibles. Sinon, on a aussi les Miasmes, des vapeurs toxiques qui occupent certaines cases en début de partie. Celles-ci affaiblissent peu à peu vos unités jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais très vite, certaines technologies offre la possibilité de s'en débarrasser par divers moyens (ouvriers, satellites…). Civilization Beyond Earth inaugure aussi un système de quêtes, qui apportent un petit vent de fraicheur, de roleplay et de capacité décisionnelle. Celles-ci se lancent en fonction de vos actions : la création de certains bâtiments vous demandera de faire un choix entre plusieurs voies, la rencontre d'une base neutre déclenchera une mission spécifique, etc. Toutefois, on les oublie assez vite : le véritable rôle de ces quêtes est initiatique : il s'agit ni plus ni moins que de didacticiels vous apprenant à maîtriser le jeu.


Les quêtes, ou comment gagner de bons gros bonus sans effort.

Pour évoquer un peu plus l'expérience de jeu, disons qu'elle est identique, en tous points, à celle éprouvée sur Civilization V. Les premières phases de la partie consistent à taper de bon cœur sur des aliens belliqueux, ou à les laisser en paix (au choix, mais le second est réservé aux hippies) tout en explorant les quatre coins de la carte et en consolidant votre économie. Puis les autres factions humaines arrivent et c'est la guerre totale. En route vers l'hégémonie, le contrôle de cette planète, via l'écrasement de toute concurrence sous le poids (considérable) de votre économie et de vos armées. Soit un déroulement relativement classique pour un Civilization, qu'on pourra agrémenter d'un peu de RP (roleplay) pour pimenter un peu le jeu. J'éprouve d'ailleurs un amour inconsidéré pour la faction « russe » désireuse de recréer une Union Soviétique spatiale. Une superpuissance défendue par une armée de soldats en exo-armure, avec la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours capables de massacrer toute forme de vie xénos sur la planète. Le tout en hurlant « Pour l'Empereur ! » à s'en déchirer les cordes vocales.  Ah! Et vous ai-je parlé de l'influence culturelle ? Non ? C'est absolument normal puisque cet aspect est inexistant sur le dernier Civilization et c'est (encore une fois) bien dommage.

Et plus si Affinités…

Ceux qui ont joué à Civilization Beyond Earth diront que je suis de très mauvaise foi et qu'il existe de grandes nouveautés. Et ils évoqueront assurément à grands renforts de moulinets de sabre laser, les Affinités, un système inédit dans l'univers des Civilization. Il est vrai que je ne peux pas faire l'impasse sur cet élément de gameplay. Pour faire simple, vous, sympathique joueur, pourrez suivre une voie parmi trois proposées. D'un côté, nous avons l'Harmonie, ceux qui ont choisi de ne faire qu'un avec ce nouveau monde. Ils aiment la planète, sa faune exotique, ses plantes hallucinogènes… Par contre, ils n'aiment pas le massacre des phoques-scorpions, la terraformation et les politiques néolibérales. Ce sont donc des saloperies de hippies cosmonautes ! A l'autre bout du ring, la Pureté, qui, comme son nom ne l'indique surement pas, prône la pureté du patrimoine génétique humain, voire terrien. Si on suit un peu leur philosophie, on comprend aisément que ces conservateurs ne souhaitent pas s'adapter à ce monde. C'est leur nouveau foyer qui doit s'adapter et même mieux, ils vont l'adapter à grands coups de canon laser et de pelleteuses**. Enfin, on trouve la Suprématie, la domination par la toute puissance de la technologie. Robots à gogo, intelligences artificielles, mechs à côté desquels les Jäger de Pacific Rim ressemblent à des jouets HasbroTM, améliorations cybernétiques… Google d'ici un siècle ou deux.  


Des logos qui ne manqueront pas de vous rappeler Sin of a Solar Empire

Mais, me direz-vous, tout ça, c'est beau, c'est neuf, mais quel est l'impact de ce système sur ma partie ? Tout d'abord, ces Affinités avancent par système de points que vous pourrez obtenir en accomplissant certaines quêtes d'une manière spécifique ou en recherchant des technologies précises. En progressant, les Affinités apportent des améliorations aux caractéristiques de vos unités, ainsi que des bonus globaux qui affectent toute votre faction. Surtout, chaque voie permet de donner un look différent à vos unités, organico-alien pour l'Harmonie, robotique et anguleux pour la Suprématie et très « Space-Marines » pour la Pureté. C'est aussi inutile que l'apparition de Sting en slip dans Dune, mais c'est au moins aussi fun***.


Les améliorations d'unités compensent l'absence totale de diversité parmi vos troupes

D'après le manuel, les Affinités auraient aussi une influence sur la diplomatie. Sauf que les autres factions choisissent systématiquement la voie de l'Harmonie, quelle que soit la difficulté. Donc, vous serez blâmé par la communauté intergalactique dès que vous passerez un nid d'indigènes au lance-flamme. Quand bien même s'il s'agit d'un ver géant tout droit sorti de Dune (et passablement vindicatif). Vous l'aurez compris, ce système, quoiqu'original, n'apporte aucune vraie valeur ajoutée au gameplay.

Rejoins le côté obscur de la Farce

Malgré cette critique au vitriol, Civilization Beyond Earth n'est pas un mauvais jeu en soi. Il n'apporte toutefois aucune véritable innovation : ce n'est qu'une amélioration cosmétique de son prédecesseur. Paresse, peur de l'échec… nombreuses sont les raisons qu'on pourra invoquer pour expliquer cette absence totale de prise de risque. Mais le jeu n'en sera moins profondément décevant. Le titre avait un tel potentiel qui n'a finalement pas été exploité. Vous avez entendu parlez de Sid Meier's Alpha Centauri ? Si oui, vous êtes vieux ! Car ce jeu est sorti en 1999, soit 15 ans avant Beyond Earth. Il s'inscrivait dans la suite logique des Civilization, le départ des colons terriens vers l'Alpha du Centaure et leur conquête de la planète Chiron. Un chef d'œuvre à la gloire de la stratégie et de la science fiction, acclamé par la critique et surtout un échec commercial, le Sid Meier le moins vendu de l'Histoire. On retrouve peu ou prou les mêmes éléments que dans Beyond Earth. Sauf que les systèmes de faction y étaient bien plus poussés, les autochtones représentaient un véritable enjeu et possibilité était offerte, via l'extension, de jouer deux races extra-terrestres. On évitera de tomber dans l'écueil du « C'était mieux avant », mais on doit noter que certains mods pour Civilization V reprenaient cette antiquité et la remet aux goûts (graphiques) du jour. De là à reconnaître que Civilization Beyond Earth n'est rien d'autre qu'un mod à 50 euros, il n'y a qu'un pas… Que nous avons déjà franchi.  

 
Sacré nom de Zeus, Dune s'invite dans Civilization

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* Cette phrase particulièrement tendancieuse peut être sujette à interprétation, je me dois donc de préciser qu'il s'agit de toucher la franchise de jeux créée par Sid Meier, et non le front dégarni dudit quidam, ou tout autre partie de son anatomie.

** Mêlant ces deux outils, le Destroyer Lev (unité unique de la Pureté) est mon unité préférée : un char d'assaut de la taille d'une mégalopole de 25 millions d'habitants auquel rien ne résiste, sauf peut-être un XénoTitan (unité unique de l'Harmonie dont le nom est suffisamment évocateur).

*** Je sens que je vais amèrement regretter cette comparaison

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