7/10

Contrast - Test

Un jeu très original, pas si facile, combinant de manière juste observation, réflexion, exploration et plates-formes, et associé à une intrigue touchante d'une rare finesse et d'un cruel réalisme. Incontournable même si bien trop court.

Roman à la fois mélancolique, sombre et touchant, Contrast se hisse en dehors du monde vidéo-ludique, comme savent le faire parfois des jeux vidéo. Narrant les souffrances de la petite Didi âgée de 11 ans, souffrances dues à l'absence de son père, Contrast nous fait incarner une héroïne, Dawn, née de l'imagination de l'enfant dans les méandres des théâtres, cirques, cabarets, cinémas et autres lieux de loisirs diurnes et surtout nocturnes. Le jeu, d'une finesse psychologique frappante, met tout en oeuvre pour nous faire toucher du doigt ce qui peut se passer dans l'esprit d'un(e) enfant abandonné(e). L'univers est sombre et triste, comme doit l'être son coeur. Aucun autre personnage n'est visible directement, seules leurs ombres apparaissent, pointant ainsi du doigt l'immense sentiment de solitude de Didi. Le personnage imaginaire que nous incarnons et qui seul existe en couleur (et matériellement) ne parle pas, montrant ainsi son caractère irréaliste. Dawn n'existe pas, elle n'est qu'un mécanisme de défense psychologique permettant à une petite fille de dépasser un traumatisme. Toutes les actions de l'enfant ont pour but de sauver ce père irresponsable, aux projets foireux : c'est un schéma tellement classique mais si réaliste que celui de la petite fille qui cherche - vainement bien sûr - à sauver son papa. L'équipe de développement a donné un ton si juste à ce thème qu'on en reste coi et qu'on se demande si l'un d'eux n'a pas eu un vécu personnel similaire... Même les dialogues et l'intrigue captent toutes les nuances indispensables à une telle expérience de vie, sans se priver d'y ajouter quelques touches d'humour bienvenues. Le jeu va aussi jusqu'à proposer des mini-fins alternatives d'une cruelle réalité, montrant ce qui se passe si Dawn ne parvient pas à réussir la mission...


Un personnage si cruellement juste et réaliste...

Forcément, avec un tel poids sur les épaules, on se prend très vite au jeu et on donne tout ce qu'on a, car Contrast est loin d'être facile. C'est de la plate-forme avant tout et il en a tous les ingrédients. Ainsi, côté timing et dextérité, le joueur est servi et va devoir s'y reprendre à plus d'une fois avant de réussir un saut, ou un enchaînement de sauts. Côté combinaison, il y a aussi ce qu'il faut : entre la touche pour passer en ombre, celle pour accélérer et traverser des ombres infranchissables sans repasser en 3D, plus toutes les touches de déplacement et celles de saut, il y a de quoi faire et on peut vite s'emmêler les doigts, surtout qu'il faut parfois aller très vite. À moins d'être un joueur PC aguerri et de maîtriser votre clavier, on vous recommandera donc de jouer avec une manette, ou alors de vous accorder un temps d'adaptation, ce que propose de toute façon le jeu avec une acquisition progressive des différentes possibilités. On regrettera simplement que la configuration des touches ne puisse pas être personnalisée comme c'est habituellement le cas. C'est qu'on n'a pas tous les mêmes mains...


De sacrés enchaînements à effectuer.

Réflexion et observation ne sont pas pour autant en reste. Contrast les sollicite en permanence, en préalable à toute action. Certains mécanismes sont même relativement complexes à tel point qu'on pourrait se croire dans un Myst, sauf qu'il y aura moins d'objets à actionner. Déplacer des chariots pour créer des ombres ou débloquer un ascenseur, porter des caisses ou des boulets pour mettre en marche des machines, transformer ces objets en ombres eux aussi, sont parmi les nombreuses idées variées exigées du joueur pour avancer. Et si le jeu est assez dirigiste pour nous dire où il faut se rendre, ce qui n'empêche pas d'aller explorer les alentours pour y ramasser des objets à collectionner (c'est d'ailleurs un côté exploration bien sympathique), il nous laisse totalement nous débrouiller pour résoudre les énigmes optiques. La difficulté est sur ce point assez bien dosée. Il faudra toujours un temps de réflexion pour trouver la solution sans qu'il ne faille non plus s'arracher les cheveux et les neurones avec. 


Observer avant tout, surtout ce passage-là.

Où le bât blesse-t-il donc pour Contrast ? Dans sa durée de vie rachitique, que même le prix modique ne compense pas. On ne dépasse pas les 6H de jeu, ce qui est presqu'un gâchis pour un tel bijou. Loi du marketing ? Coup d'essai avant de se lancer dans un projet totalement abouti ? L'avenir nous le dira. En attendant, on a beaucoup de regrets de s'arrêter aussi vite, même si on refait quelques chapitres pour déverrouiller tous les succès, histoire de se consoler et faire durer le plaisir.

Bande-annonce de Contrast 

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4 commentaires

  • gyzmo

    19/11/2013 à 21h16

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    Durée de vie effectivement rachitique. C'est dommage. Le titre se rattrape sur ses jolies ambiances rétros et sur son idée de gameplay qui m'a perso beaucoup plu (le passage du cirque et de l'histoire de la princesse, sympa comme tout).Bonne pioche de la part de Focus, en tout cas !

  • Islara

    20/11/2013 à 18h49

    Répondre

    J'avoue que j'ai aussi bcp apprécié le passage, très amusant au passage, de la princesse qui sauve le prince. Les séquences de plate-forme, comme à l'ancienne, ont un savoureux goût rétro.

  • Guillom

    21/11/2013 à 23h49

    Répondre

    La question est : vaut-il ses 20€ ? (si c'est le cas, je cours l'acheter... demain)

  • Islara

    22/11/2013 à 10h25

    Répondre

    Ben non, 6H ça ne vaut pas 20 € ; mais son prix baissera rapidement je pense, donc attends un peu.

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