6.5/10

DanganRonpa Another Episode : Ultra Despair Girls - Test Vita

La série DanganRonpa, forte de son succès et de son incroyable originalité, se voit effectuer pour son troisième épisode un virage à 180°. Le résultat s'avère un peu mitigé bien que l'on reste pris par l'histoire et l'ambiance complètement décalée.

Si Ultra Despair Girls est le troisième opus de la série, son histoire se situe chronologiquement juste après le grand Trigger Happy Havocpremier épisode. Le(s) scénariste(s) profite(nt) largement de cette spécificité pour se raccrocher de manière précise aux évènements du premier volet. De ce point de vue, on ne peut que savourer le soin qui a été mis pour que tout soit cohérent : on retrouve certaines images qui prennent complètement leur sens dans cette suite, on retrouve plusieurs anciens personnages, dont l'inimitable Toko, qui est l'une des deux héroïnes de cet opus, et à défaut d'en retrouver d'autres, quelques allusions nous permettent de savoir qu'ils sont toujours de ce monde. Ainsi, le prologue d'Ultra Despair Girls, très dynamique, moins long que dans Trigger Happy Havoc, très riches d'explications et de détails sur les évènements actuels, est très accrocheur. Puis, vient le jeu en lui-même et son virage à 180°.


Un jeu de tir, et on tire sur les monokumas.

La fin des procès pour des phases de tir en vue objective

Probablement pour varier, peut-être aussi pour permettre de nous faire attendre un autre "vrai" DanganRonpa, les développeurs ont fait le choix de faire disparaître totalement les aspects enquête et procès du jeu, éléments qui faisaient pourtant toute la saveur de la série, et de les remplacer par une sorte de jeu de tir en vue objective. Le jeu y perd énormément : exit le suspense poussé à l'extrême, la tension qui en découlait, exit les coups de théâtre inattendus, les plans sur la comète établis par nos neurones embrouillés, exit le coup de massue de départ si désarçonnant et exit la puissance scénaristique. Et, malheureusement, à nos yeux, Ultra Despair Girls n'y gagne pas autant qu'il y perd. Certes, il y gagne en dynamique et en action, il y gagne en puissance et qualité graphique et en fluidité de déplacement. Il y a aussi quelques variétés qui permettent d'éviter le sentiment de linéarité dans la progression (jeux de l'évasion, 8 fonctions différentes du pistolet, objets et compétences à trouver dans le décor), mais ce n'est pas suffisant. Soit il fallait développer plus la dimension TPS avec un maniabilité plus performante, notamment ajouter une fonction demi-tour, permettre des esquives, des sauts, prévoir des planques, soit il fallait taper dans un autre genre, peut-être miser plus sur l'exploration. Non que le jeu soit déplaisant, il fait réfléchir un peu quand même, à chaque fin de chapitre on a un bon boss bien gratiné, mais il n'atteint pas les sommets de l'engouement comme ses deux aînés et la tension nerveuse de l'histoire qu'il y avait avant nous manque.


Moins de personnages d'envergure.

La diminution drastique du nombre de personnages accentue ce sentiment de perte qu'on ressent assez vite. Outre les deux héroïnes, on peut compter en gros sept autres personnages d'envergure, mais on les voit tellement moins souvent par rapport aux autres opus qu'ils n'ont pas l'épaisseur des ceux de Trigger Happy Havoc et Goodbye Despair. Et puis, ça fait quand même deux fois moins. Il faut bien admettre qu'ainsi, on s'ennuie régulièrement pendant les dialogues. Bref, on est dans un autre genre, moins convaincant, mais plaisant tout de même et, pour les fans, il reste un peu incontournable si l'on veut continuer à profiter de l'étrange histoire des DanganRonpa.

Le mélodramatique absurde intact

Car autant l'essence du genre a disparu, autant la thématique est totalement intacte. Une fois de plus, on nous parachute dans une tragédie à l'échelle mondiale, et on navigue sur la dialectique de l'espoir et du désespoir. La dialectique est toujours aussi finement menée, avec un sens de l'absurde, du comique et de la caricature totalement contrôlé. Ainsi, Ultra Despair Girls, à l'instar de ses aînés, est capable d'enchaîner des scènes profondément tragiques, qui nous touchent qu'on le veuille ou non, avec des scènes ou dialogues très comiques la minute suivante. Ce comique, toujours aussi décalé tient déjà à la personnalité de Toko, poussée à l'extrême dans ses paradoxes et bizarreries, à la nature complètement improbable des adversaires, et à l'usage plus large des vidéos et scènes loufoques. Cet épisode, on le sent, a quand même bien plus les moyens que les autres. Evidemment, le personnage central, l'ours en peluche, reste inimitable.


Eh oui, le sang est rose fushia à DanganRonpa.

Quant au mélodramatique, on reste totalement convaincu par l'usage volontairement exagéré du sang et de la violence inexpliquée, d'autant plus inexpliqué et incompréhensible qu'elle est le fait de personnes dont on ne s'y attendait pas (je ne vous dirai pas de qui il s'agit, je vous laisse la surprise et vous le découvrirez bien vite). S'ensuit nécessairement une réflexion, mise en place progressivement, sur la maltraitance des enfants, fléau éternel de l'humanité, et leurs lourdes et terribles conséquences. Le jeu ne prend pas forcément de parti pris, il aborde la thématique de façon lointaine, comme toujours, mais avec suffisamment de recul justement pour que le thème ne soit pas un prétexte à l'oeuvre - on serait dans la propagande ou la campagne de communication -, mais qu'au contraire l'oeuvre serve le thème. Bien des facettes sont abordées par petites touches, notamment par les objets qu'on prend plaisir à essayer de découvrir, et ainsi, plus qu'il n'y paraît on y pense et repense, sans tomber dans le manichéisme. Car n'oublions pas que la victime est devenue le bourreau.

L'histoire tient donc largement la route, malgré quelques dialogues parfois lassants et une durée un peu plus courte. 

Conclusion

Je vois Ultra Despair Girls comme un épisode d'attente, de transition, moyennement satisfaisant. Il ne faudrait pas trop souvent surfer sur la licence DanaganRonpa de cette manière un peu superficielle. Si l'on peut accepter de jouer une fois à un épisode de moins bonne facture pour profiter plus avant du scénario, les joueurs ne le feront pas à chaque fois. De ce point de vue, la série Phoenix Wright, qui n'a pas cherché à changer de genre, a ainsi conservé intact son essence, même s'il a fallu attendre cinq années pour avoir le cinquième épisode. Il doit en être de même pour cette belle série qu'est DanganRonpa : ne pas toucher à son essence sinon elle y laissera son existence.


Le grand retour de Genocid Jack.

Crédits 

- Jeu exclusivement en anglais ou japonais avec sous-titres anglais ;

- 5 chapitres (et non 6 comme dans les autres opus), un prologue, un épisode, donc durée de vie un peu moindre, environ 20H ;

- Système de sauvegarde non continu, il faut atteindre certains lieux précis ;

- Trois niveaux de difficulté : mieux vaut choisir le moyen qui est assez dur sans l'être trop, afin de profiter un peu de l'action.

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