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Death Stranding - FedEx Simulator 2019 ?

L'un des évènements vidéo-ludiques de cette fin d'année est enfin sorti en début de mois. Révolution ? Simulateur de marche ? Jeu ennuyeux ?

Annoncé en 2016 à l'E3 par le créateur désormais mythique Hideo Kojima, responsable entre autres des Metal Gear Solid, Death Stranding a par la suite brillé par le mystère entourant son gameplay et son histoire. Son créateur déclarait : « À force de construire des « murs », les gens se sont habitués à vivre isolés. Death Stranding est un jeu d'action d'un genre totalement nouveau, dans lequel le but du joueur est de reconnecter des villes isolées et une société éclatée. Il est conçu de sorte que tous les éléments, y compris l'histoire et le gameplay, soient connectés entre eux par le thème du « lien ». En incarnant Sam Porter Bridges, vous essaierez de combler les fossés qui fragmentent la société, et ce faisant, de créer des « liens » avec d'autres joueurs du monde entier. À travers l'expérience que vous vivrez dans ce jeu, j'espère que vous comprendrez l'importance de nouer des liens avec les autres.» Bravo à vous si vous aviez compris quelque chose, les autres débrouillez-vous ! C'est donc avec un enthousiasme mêlé d'appréhension et de fébrilité que dès le 8 novembre, jour de sortie du jeu, Krinein s'est lancé dans l'aventure à corps-perdu. 35 longues heures plus tard, il est temps de rendre un verdict sur cet OVNI vidéo-ludique.


Premier contact avec le jeu et on peut déjà apprécier la beauté des décors

Le jeu vous met donc aux commandes de Sam Porter Bridges (Normal Reedus), livreur émérite pour Bridges, un organisme d'état américain ayant été instauré suite au Death Stranding. Qu'est-ce que le Death Stranding, me direz-vous ? Il s'agit d'un phénomène étrange survenu il y a déjà quelques années : à la suite d'une série d'explosions d'origine inconnue, l'Humanité s'est retrouvée totalement isolée sans communications et confrontée au retour sur Terre des morts sous forme d'Échoués (Beached Things ou BT en VO). Ces Échoués sont invisibles à l'oeil nu et on ne peut plus dangereux : si l'un d'entre eux dévore un humain vivant, celui-ci explosera avec assez de puissance pour raser une ville entière. Autant vous dire que suite à ça, l'Humanité a rapidement sombré dans la paranoïa et l'isolationnisme le plus total : les USA ne sont plus qu'un ensemble de villes autonomes, sans autre lien entre elles que les porteurs de Bridges et ceux du Fragile Express, une société privée menée par la belle Fragile (Léa Seydoux). Les 99% restant de l'Humanité restent bien à l'abri dans les villes relais (Knot Cities en VO), des cités autonomes, ou bien dans des abris pouvant accueillir quelques personnes tout au plus. L'objectif de Sam sera donc de visiter chacune de ces villes et abris pour les connecter au réseau chiral, une espèce d'internet 3.0 reposant sur un nouvel élément apparu suite au Death Stranding, leur permettant ainsi de rejoindre les UCA : United Cities of America.


La carte se dévoilera au fur et à mesure des villes/abris que vous connecterez au réseau chiral

Pour relier cette Humanité dissolue, vous allez devoir marcher, marcher et encore marcher pour amener vos colis à bon port. Oui, le jeu se compose de marche à 90% ! Vous aurez rapidement accès à des véhicules mais la topographie ne s'y prêtera pas toujours et vous n'aurez rarement d'autre choix que de chausser vos plus belles bottes pour aller du point A au point B, puis au point C, etc. Mais si le jeu se résumait à vous faire arpenter des paysages variés et magnifiques, inspirés de l'Islande, on pourrait crier au scandale à juste titre. Heureusement, ou pas, les Échoués seront là pour vous compliquer la tâche : invisibles à l'oeil nu, vous serez épaulé par un BB (Brise-Brouillard en VF, Bridge Baby en VO), un bébé mis en boîte, à mi-chemin entre la vie et la mort, qui vous permettra de détecter les contours des Échoués pour mieux les éviter.  S'ajouteront à ça les Précipitations (Timefall en VO), une pluie accélérant le vieillissement de tout ce qu'elle touche à commencer par les humains mais aussi votre cargo, et dans laquelle il n'est pas rare de croiser quelques échoués. Pour finir, vous aurez également le plaisir de croiser des Mules : d'anciens livreurs officiels s'étant rebellés et opérant désormais en solo, pour le plaisir de recevoir des Likes. Comme sur les réseaux sociaux, chaque livraison vous rapporte un nombre de Likes en fonction de l'état du cargo, de votre rapidité et d'autres critères de ce genre. Vous pourrez également obtenir des Likes en construisant diverses structures qu'on vous laissera découvrir et qui seront accessibles aux autres joueurs évoluant sur le même serveur que vous. Le jeu n'est pas obligatoirement multi-joueurs mais on ne saurait que trop vous conseiller de jouer en ligne : vous aurez ainsi accès aux structures des autres joueurs, parfois salvatrices en plein milieu de la pampa, ainsi qu'à des panneaux laissés par ces derniers pour vous avertir de la présence d'un Échoué, d'un chemin à prendre etc.


Vous serez parfois chargé comme un dromadaire mais rassurez-vous, un exosquelette vous aidera à tout supporter

Nous passerons volontairement sous silence la trame narrative du jeu tant il est important de la découvrir par soi-même pour l'apprécier pleinement. Sachez tout de même qu'un scénario est bel et bien là avec des rebondissements, des protagonistes divers et variés, dont certains incarnés par l'acteur Mads Mikkelsen, les réalisateurs Guillermo Del Toro (ayant travaillé avec Kojima sur l'avorté Silent Hills) ou Nicolas Winding Refn ainsi que d'autres personnalités plus ou moins connues. Ce scénario est une réflexion intéressante sur la vie et son lien avec la mort, la notion de lien dans une époque de plus en plus virtuelle et "déconnectée" ainsi que sur la parentalité ... bref, tout un programme ! Comptez 35 heures pour finir la trame principale du jeu en vous dépêchant et le double si vous souhaitez effectuer toutes les livraisons, réparer les routes, etc.


Le rendu des acteurs est d'une justesse incroyable. Coucou Léa !

Après avoir lu ces lignes, vous seriez tenté de penser qu'il s'agit du jeu parfait, à la fois bien écrit, bien réalisé et captivant, du début à la fin. Oui et non : certes prenant, Death Stranding est aussi incroyablement long et pourra tout à fait décourager les joueurs occasionnels ou ceux n'ayant pas eu le courage de s'y accrocher pendant les premières heures. Parce qu'il faut se les taper les premières missions à pied, sans aucun équipement ou quoi que ce soit pour vous faciliter la tâche et avec des Échoués dans tous les sens. Heureusement, si vous vous accrochez, vous serez récompensés en découvrant un jeu vaste, beau, avec une progression rapide (passées les 5-6 premières heures) et un équipement en renouvellement continu qui saura faciliter vos déplacements sans nécessairement les raccourcir (pêle-mêle , on débloquera une moto, un camion, des armes non léthales, des grenades anti-échoués). On pourra également reprocher au jeu de résumer l'Humanité aux seuls États-Unis d'Amérique, couvrant une surface très éloignée de la réalité (et heureusement), mais ce dernier étant une métaphore, on lui pardonnera cet écueil. Un autre aspect plus surprenant du jeu réside dans certains placements de produits, assez grossiers, à l'image de la boisson énergisante Monster, omniprésente, ou d'une pub pour une émission sur la chaîne américaine AMC mettant en scène Norman Reedus : dur retour à la réalité financière ou clin d'oeil de Kojima à notre société de consommation ? Difficile à dire, nous vous laisserons juger.


J'ai comme une envie de boire une boisson énergisante ...

J'ai maudit ce jeu quand j'ai dû me farcir le troisième aller-retour entre deux points en quelques heures, j'ai failli balancer ma manette à travers ma télé quand j'ai glissé et perdu tout mon équipement, et pourtant, tant que je n'avais pas fini de reconnecter l'Amérique, je voulais y revenir. J'avais envie de savoir le dénouement de cette aventure atypique tout autant que d'apporter leurs colis à mes clients ou encore de réparer les routes pour tous mes camarades de serveur. Et je ne m'en cache pas, j'avais les yeux humides à la fin du jeu, comme on peut les avoir après avoir vu un bon film ou lu un bon livre. C'est bien là tout ce qu'on demande à un jeu : de l'émotion, positive ou négative, du plaisir et de quoi faire réfléchir. Death Stranding, c'est tout ça et bien plus. Alors si vous avez du temps à revendre, foncez reconnecter l'Amérique, vous ne le regretterez pas.


Le BB est un peu glauque et flippant mais sa présence est justifiée

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A propos de l'auteur

Métalleux confirmé // PlayStation lover // Bouffeur de manga // Cinéphile mais pas zoophile // Codeur professionnel // Lecteur électronique et câlineur de chatons since 1987.

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