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Deux procès avec Phoenix Wright : Ace Attorney - Dual Destinies

Au terme des deux premiers procès du jeu (comptez 9H environ pour y parvenir), on peut clairement entrevoir que l'essence de Phoenix Wright est présente, vous vous sentirez tout de suite en terrain très connu, très agréablement familier, comme dans un cocon douillet qui vous a manqué pendant de si longues années. Au passage, un bon coup de neuf a été donné au jeu. Détails...

RAPPEL à nos aimables lecteurs : le jeu est en anglais et version numérique uniquement. Niveau avancé (mais non bilingue) requis.

Quoi que puisse valoir Dual Destinies, après cinq années d'abstinence, cet épisode se savoure nécessairement dans tous ses détails, qui font l'identité de cette série totalement unique : solide scénario mis en place dès le premier épisode, flash-back d'un procès à l'autre, coups de théâtre, aspects dramatiques, surenchère de loufoquerie, personnages hauts en couleur. Tout joueur conquis par Phoenix dans le passé (et comment ne pas l'être, c'est quand même le seul jeu au monde où on incarne la fonction d'avocat ; il fallait quand même l'inventer cette façon de jouer) ne peut qu'apprécier de telles retrouvailles : c'est la loi du manque. Vous devez donc être conscients à la lecture des lignes qui vont suivre que vous ne pourrez qu'aimer ce cinquième opus quels que soient ses aspects, ses caractéristiques, ses nouveautés ou non, son infériorité ou non à Apollo Justice.

Le maintien du génie antérieur

Le jeu ne pouvait faire l'impasse sur le passage de la DS à la 3DS, ni sur l'avènement des figures d'Apollo et de Vérité dans le précédent épisode. Des nouveautés assez nombreuses sont donc présentes (voir paragraphe suivant). Néanmoins, elles ne sont pas si marquantes, car ce qui marque avant tout, c'est que le jeu s'appuie sur les piliers qui font l'identité du jeu Phoenix Wright.


Un premier procès explosif.

Ainsi, sans surprise, mais avec quand même un plaisir sans faille, on nous offre un premier procès explosif (au sens propre comme figuré, car vous l'aurez vu dans la bande-annonce, une bombe a réduit en miettes la salle d'audience n° 4 du Tribunal de Capcom City). Dans ce premier procès, encore une fois, énormément d'éléments charnières du scénario vont se mettre en place pour retrouver leur utilité vers la fin et de nombreuses questions sont posées sans qu'on leur donne pour l'instant de réponse. Apollo, lequel cache un étrange secret qui va lui faire prendre une décision terrible, sera cette fois le véritable centre du drame, alors que dans le jeu précédent, c'était Phoenix l'épicentre bien que le jeu fût dénommé "Apollo Justice". Et lors, du deuxième procès, aucune réponse encore car l'histoire nous plonge dans un flasback rien que pour maintenir le suspense à son comble. Ces caractéristiques sont un total déjà-vu dans Apollo Justice qui avait innové en faisant du premier procès un point d'ancrage et non plus un simple tutorial. C'est sûr, dans Dual Destinies, les surprises ne peuvent être aussi fulgurantes que dans le premier procès d'Apollo Justice, mais elles s'avèrent être une excellente recette pour maintenir l'intérêt du joueur, donc on ne blâmera pas Capcom d'avoir reproduit ce choix qui se résume à cette phrase que l'on n'oubliera jamais depuis Trials and Tribulations : « The drama feverishly races to its conclusion and the past and the present blend to paint the truth. » L'infaillibilité du scénario tant dans son fond que sa présentation "morcelée" a toujours été un attrait fondamental de la série, elle devait donc être maintenue. C'est le cas ! Génial !


Audiences toujours exaltantes.
En outre, un thème de fond se dessine lentement, mais sûrement. Déjà dans Apollo Justice, une véritable réflexion s'était mise en place sur les nombreuses composantes du système judiciaire. Là, c'est un point classique mais central qui est en jeu dans Dual destinies : les erreurs judiciaires. Phoenix Wright a toujours mêlé le tragique au comique. Il ne faillit pas à la règle qu'il s'est imposée. Excellent !

Les phases de jeu sont quant à elles tout aussi immuables : à l'exception du premier procès (c'est toujours comme ça avec lui), on alterne entre enquête et audience. Comme à chaque fois, ce sont les phases d'audience qui sont les plus palpitantes et intéressantes. Le joueur est contraint de fourmiller d'idées, de tout examiner à la loupe, de faire sans cesse des recoupements pour trouver LA preuve qui va faire fléchir le témoin, menteur ou juste pas doué pour expliquer une histoire. Rien n'a changé, l'inutile et amusante barre de vie est toujours là et le bien plus vital dossier est divisé en deux parties : preuves et profils. Un procureur désagréable n'aura de cesse de répliquer jusqu'à plus soif et de reporter à chaque instant ce que l'on croit être enfin la victoire, laquelle finit par arriver quand même dans un sursaut de satisfaction héroïque, car plus la victoire a été rude, plus elle se savoure. Vous l'aurez compris, les phases d'enquête pêchent toujours un peu par le même problème : un côté lassant, heureusement non permanent. Elles peuvent être parfois un peu palpitantes du fait d'une découverte ou d'un témoignage inattendu, ajouté à l'utilisation du bracelet, mais elles n'ont en rien l'intensité des audiences. Le jeu aurait largement gagné à les rendre plus dynamiques (même si des progrès avaient été faits depuis le premier épisode, avec les verrous-psyché apparus dans Justice for All, puis avec le pouvoir du bracelet qui est repris dans Dual Destinies à partir de la deuxième affaire).

Bref, avec Dual Destinies, vous vous sentirez tout de suite en terrain très connu, si agréablement familier, comme dans un cocon douillet qui vous a manqué pendant de si longues années et c'est à peine si vous remarquerez ce qui a changé (non, je blague, ça se voit quand même pas mal).

Tableau récapitulatif des nouveautés : commentaires

Alors, qu'est-ce qui a changé avec Dual Destinies ? Je pourrai vous faire un texte descriptif des plus ennuyeux. Je vous propose un outil bien plus lisible, que je commenterai après : un beau petit tableau à ranger soigneusement dans votre dossier d'audience.

Nouveautés

Emplacement

Intérêt

Vidéos très fréquentes

Enquête, intros, épilogues 

++

Liste de choses à faire

Enquête

-

Semi-caméra

Enquête

+

Sauvegarde permanente

Audience

++

Pouvoir sensitif

Audience

+

Historique des dialogues

Enquête + audience

++

Accès à tous les chapitres

Menu

++

Contenu additionnel

Menu

+

SpotPass

Menu

-

Deux unités de sauvegarde

Menu

++

Musiques

Tout

+

Unification Apollo-Phoenix-Vérité 

Tout

+++

3 avocats

Tout

++

Coup de neuf graphique

Tout

+

 
Des vidéos, il y en avait quelques unes dans Apollo Justice, mais assez
Pouvoir sensitif.
peu compte tenu des contraintes techniques. Autant dire que là, vous allez savourer... En quoi est-ce si bien ? Car elles accentuent le côté animation-film du jeu, que l'on pourrait très bien classer dans les visual novels d'ailleurs ; bref, elles accentuent l'immersion. À noter que le doublage anglais est très réussi.

- La liste de chose à faire, c'est sans commentaire... comme si le jeu n'était pas assez dirigiste en phase d'enquête.

- Je dis semi-caméra car on peut élargir la zone d'examen qui est sur le côté, parce qu'il y a des zooms par-ci par-là ainsi que des flèches pour voir sous un autre angle. Mais ça ne va pas plus loin. Pas mal mais sans plus. À quand un examen à 360° façon point'n click ?

- Aaaah, enfin on peut sauvegarder tout le temps, y compris quand on doit choisir une preuve parmi 15 et que l'on ne veut pas vider sa barre. Celle-ci devient au passage définitivement inutile mais elle donne quand même son petit piment.

- Bon, le pouvoir d'Athéna, c'est sympa, ça remplace les verrous et le bracelet, mais comme à chaque fois ça fait un peu gadget.

- Un historique des dialogues, c'était très bien vu. Pour un jeu de réflexion comme celui-là, c'était même l'outil indispensable. Bravo !

- Accéder à tous les chapitres une fois chaque procès terminé, ça aussi c'est drôlement bien, surtout quand on sait que certains éléments vont se croiser à la fin : on sera bien content de pouvoir revoir précisément une partie de l'affaire sans être obligé de la rejouer en entier.

- Le contenu additionnel, eh bien ce sont les vidéos du jeu et les images, mais il faut tout finir d'abord. On y regrette l'absence des musiques. Il y a aussi possibilité de télécharger des suppléments mais il n'y en a aucun disponible pour l'instant et il semble que ce soit payant.

- SpotPass est pour l'instant un mystère, on vous en dira plus la prochaine fois. A priori, il semble que ce soit une simple alerte pour notifier la mise en vente des fameux suppléments.


Trio Vérité-Apollo-Phoenix.
- Deux unités de sauvegarde : d'une part ça permet d'être deux à jouer sur une même période ; d'autre part, ça permet, lorsqu'on a voulu revoir une partie précise d'une affaire précédente, de la sauvegarder si on veut retourner au procès en cours, avant de revenir à elle ultérieurement.

- Il y a quelques nouveaux thèmes sympathiques mais rien de marquant, pour l'instant...

- La plus réussie des nouveautés : l'association des protagonistes antérieurs. Grandes étaient nos craintes que l'impasse soit faite sur les questions laissées en suspens dans Apollo Justice, que Apollo et Vérité passent à la trappe. Il n'en est rien. Si pour l'instant, sur les deux premiers procès, l'apport n'est pas fulgurant, on sent déjà que certaines bases au fort potentiel sont posées.

- Incarner différents avocats, ce n'est pas totalement nouveau puisqu'on a déjà alterné Mia-Phoenix, Mia-Godot, Apollo-Phoenix, mais ici, ça va beaucoup plus loin puisqu'on passe à un trio et non plus un duo. La variété s'en ressent pour un plus grand intérêt ludique.

- Un coup de neuf graphique, c'est un beau plus, mais vous l'aurez compris, sur Krinein, on ne fait pas partie des joueurs qui font passer la beauté en premier. Le plus important, c'est le fond, le coeur, pas l'apparence.

Bref, il y a du travail, plus que le minimum syndical pour donner un coup de modernité à Phoenix Wright, mais ça ne va pas non plus très loin. Ce n'est à notre sens pas grave car l'essentiel est sauf.

Conclusion

Au terme des deux premiers procès du jeu (comptez 9H environ pour y parvenir), on peut clairement entrevoir que l'essence de Phoenix Wright est présente et qu'un bon coup de neuf lui a au passage été donné. Suite et fin du test lorsque nous aurons terminé tous les procès.

Addendum : la procédure dans Phoenix Wright est-elle réaliste ?


Cross examination.
Les plus curieux d'entre vous se demanderont peut-être si le déroulement des audiences et des enquêtes est réaliste dans Phoenix Wright. À l'évidence, certains aspects ne le sont pas (être avocat à 18 ans est irréaliste, ne pas avoir d'affaire pendant plusieurs mois tout autant, faire témoigner des animaux également, recourir à un procureur condamné pénalement plus que jamais). En revanche, nous sommes en mesure de vous confirmer que le jeu s'inspire très largement de la procédure pénale anglo-saxonne : oui, les avocats sont dans les pays appliquant cette procédure de véritables détectives privés à l'affût de toutes les preuves possibles ; oui, au cours des audiences, il y a un contre-interrogatoire (cross examination) permettant à l'avocat de la défense d'éplucher le témoin, ses déclarations, et de le pousser dans ses retranchements ; oui, les avocats et procureurs peuvent se balancer "objection" (sachant que les objections seront acceptées ou non par le juge selon la motivation) ; oui le juge est appelé "Votre Honneur". Si vous avez regardé quelques séries ou films américains relatant des procès, vous noterez tout de suite les similitudes. La seule différence est qu'il n'y a pas de jury dans Phoenix Wright (à l'exception du dernier procès d'Apollo Justice).

Ce type de procédure est appelée "accusatoire" et présente le défaut majeur de favoriser les plus riches (ça coûte cher de jouer au détective privé) et de conduire à plus d'erreurs judiciaires (tiens, tiens, justement, c'est le thème de fond de Dual Destinies).

En France, la procédure est complètement différente et dite "inquisitoire" (menée par un juge d'instruction en principe neutre, qui enquête à charge et décharge, et auprès duquel l'avocat de la défense peut demander des expertises et des compléments d'enquête, qui sont payés par l'Etat). La série Phoenix Wright paraît donc d'autant plus invraisemblable à un joueur qui connaît un tant soi peu le système français. Mais c'est d'autant plus marrant.

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2 commentaires

  • Ryo

    24/10/2013 à 18h32

    Répondre

    T'as l'air de t'y connaitre vachement en matière de droit...

  • jaiina

    25/10/2013 à 11h47

    Répondre

    Sympa l'addendum...Permet d'apprendre des choses et d'aller plus loin que le jeu...Mais bon, vais quand même attendre le cross over: ayton Phoenix

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