A DECOUVRIR
8.5/10

Grand Plongeoir (Le)

L'été est une période assez morne en matière de télévision. Ces quelques mois sont invariablement propices au recyclage, et chaque chaîne y va de sa soporifique saga de l'été, de ses Gendarmes, de ses Fantômas, de ses Fernandel, de ses Max Pécas, de ses reality-show dénudés...
Côté reportages, on nous rabâche les mêmes sujets futiles comme la fête, la Jet Set, St-Trop' ou d'autres plus sérieux comme l'insécurité routière. Bref, l'été, le PAF est plat. Et pourtant, sans crier gare, est arrivée sur France 2 une excellente surprise, rafraîchissante comme un petit coup de blanc dégusté au chant des cigales. Sur le créneau de Thierry Ardisson se trouve désormais (mais pour combien de temps ?) une émission décalée, amusante, du bonheur en boîte. Cette émission, c'est le Grand Plongeoir. Aux commandes, deux grands messieurs de l'humour. D'abord Edouard Baer, trublion de radio Nova et de feu Nulle Part Ailleurs, dont le talent comique et d'improvisation n'est plus à prouver. A ses côtés, un homme qui manie le rire comme un chirurgien son scalpel, j'ai nommé François Rollin. Mais si voyons, rappelez-vous, ce professeur élégant qui, dans ce superbe divertissement qu'était Palace, avait toujours quelque chose à dire.

Qu'est-ce que le Grand Plongeoir ? C'est indéfinissable. Imaginez une émission en direct, où Edouard Baer et Rollin en quasi roue libre donnent le meilleur d'eux mêmes, face à des invités qui jouent le jeu avec une bonne humeur évidente. Lorgnant parfois vers le Music Hall, le Grand Plongeoir est une émission mêlant interviews absurdes, court one man show, petits intermèdes musicaux et d'autres fanfaronnades. Le Grand Plongeoir est un bordel plus ou moins organisé, avec ses hauts et ses bas, ses montées et ses baisses de régime, à l'humour devenu trop rare. Point (ou peu) de vulgarité, foin de "sucer c'est tromper ", ici on improvise, on se lance dans quelques calembours foireux, on transitionne l'intransitionnable...
Que vous dire d'autre ? Voir Darry Cowl fondre en larmes devant un poème pitoyable, voir Claude Rich feindre une grosse colère devant une fausse caméra cachée le concernant, voir Baer et Rollin se livrer à de superbes joutes verbales avec Dieudonné... voir tout cela est le meilleur résumé que je puisse faire du Grand Plongeoir.
Le décor lui même montre que cette émission est véritablement à part. Un décor de bar, sobre, tamisé, un peu kitsch. Pas d'applaudissements à tout rompre, pas de gros éclats de rire. Au Grand plongeoir, le public a l'hilarité discrète et le triomphe feutré. Nous ne sommes pas habitués à ça, au début ça rebute. On a l'impression désagréable que chaque artiste, chaque plaisanterie pourtant fine fait un gros bide. La gêne s'installe : le public ne rit pas, alors doit-on rire ? Puis on se prend au jeu, on se laisse porter. Et l'on se rend compte d'une chose : nous sommes libres de rire de ce que l'on veut. Nous ne sommes pas dans un sitcom où l'enregistrement souligne le gag éculé, indiquant qu'il faut se gondoler maintenant et pas après. Baer et Rollin ont réussi l'improbable, à créer l'interactivité avec le spectateur, sans cadeau à la clé. Le spectateur est libre de ses émotions, à lui de rire ou d'applaudir quand il le souhaite. Ou Pas.

Le Grand Plongeoir est une émission comme on en fait plus et si elle est amenée à disparaître une fois la grisaille revenue, comme on en fera sans doute plus. Raison de plus pour en profiter.
60 minutes de bonheur le samedi à partir de 22 h 45. Un horaire où le Grand Plongeoir prend toute sa saveur...

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