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Dragon Quest I, II et III - Test Switch

Dragon Quest est devenu aujourd'hui une des franchises phare des RPG. Mais alors que son épisode XI est sorti, si on revenait sur ce qui a fait la genèse de la saga ? Les trois premiers épisodes ont été réédités sur Switch et c'est l'occasion de faire un peu d'archéologie vidéoludique.

Avec onze épisodes au compteur, la saga des Dragon Quest est une des plus prolifiques dans le petit monde des RPG. Et si en Occident Final Fantasy a une aura peut-être plus conséquente, il ne faut pas oublier que c'est DQ qui a posé les bases de ce qui fait le RPG moderne. Aujourd'hui, les DQ sont un peu les madeleines de Proust des rôlistes. De bon vieux J-RPG à l'ancienne un poil linéaire dans un monde héroïc-fantasy qui permet aux aficionados de se ressourcer une fois lassés des futuristes et parfois indigents FF qui eux, pour le coup, ont vraiment tourné la carte.

Un aspect gentiment vieillot complètement revendiqué par SquareEnix qui s'est même offert le luxe pour sa version Switch de proposer aux joueurs de vivre l'aventure de DQ XI en version 16-bits comme à la belle époque, comme si DQ était condamné à être un doudou nostalgique à laisser entre les mains possessives de joueurs chérissant le passé. Un statut assumé par SquareEnix à en croire la re-sortie des fondations de la saga sur Switch. Les épisodes I, II et III aussi connus sous le nom de la Trilogie de Erdrick. Publiés pour la première fois en 1986, 1987 et 1988, ils relatent la légende d'Erdrick et de ses descendants, des héros ayant terrassé un mal récurrent sur plusieurs siècles.

Alors, pour le joueur d'aujourd'hui qui est habitué aux mécaniques complexes des RPG modernes, est-ce possible de revenir à la base de ce qui a fait le genre ? Peut-on encore apprécier les premiers épisodes de Dragon Quest plus vieux même que l'auteur de ces lignes ? Pour faire court, la réponse est clairement oui, même s'il faut une bonne dose de patience et de compréhension face à ce à quoi on s'attaque.

Avant de commencer les tests eux-mêmes, il faut noter que les versions disponibles sur l'e-shop la Switch sont uniquement en anglais, avec des graphismes et des commandes légèrement reliftés par rapport aux versions originales. Mais pas de changement majeur. Les dialogues ne sont pas extrêmement nombreux mais les traducteurs ont tenu à garder l'aspect médiéval, il y a donc des tournures un brin vieillottes (on ne dit pas "you" mais "thou") mais on s'y habitue.

Cela étant dit, voyageons dans le temps. Pendant que la France pleure Daniel Balavoine, le Japon découvre les premiers épisodes animés de Dragon Ball et le sex-appeal des Etats-Unis monte en flèche avec Tom Cruise et Chuck Norris, respectivement stars de Top Gun et Delta Force. Au milieu de ce tumulte (littéralement, c'est aussi l'année de Tchernobyl), sort Dragon Quest en 1986.



Dragon Quest I, vous n'avez pas les bases ?

Disons-le tout de suite, si vous aimez les RPG complexes avec de la stratégie, de la customisation de personnages et des équipements à foison, DQ-I n'est pas pour vous. Ce premier épisode démarre sans préambule avec le roi qui vous explique que vous êtes le descendant d'Erdrick et que ce pédigrée vous donne la responsabilité semble-t-il d'aller sauver la princesse du Royaume puis, une fois cela accompli, d'aller botter les fesses du mal incarné qui a pris possession du monde. Vous voilà donc partis sans plus d'explications pour une quête relativement courte qui peut se boucler en quelques heures à peine.

Mais pour arriver au bout, il va falloir passer par de longues phases de levelling laborieuses. C'est tout le problème de cet opus, vous passez votre temps à affronter des monstres à la chaîne pour gagner quelques pièces d'or et des points d'expérience. La map se parcourt assez rapidement mais vous ne pourrez pas battre les monstres les plus forts si vous n'avez pas les bons équipements ou un niveau suffisant.

Il va donc falloir vous armer de patience, surtout que la moindre erreur vous fait perdre la moitié de votre fortune et que vous avez besoin de chaque sou pour acheter de quoi terrasser des ennemis plus puissants.


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Les combats sont réduits à leur plus simple expression. Vous n'avez qu'un seul personnage, du tour par tour, l'ennemi face à vous et il suffit de bourriner. Quelques sorts se débloquent quand vous montez de niveau mais il n'y a aucune dimension stratégique ou alors très peu.

En dehors des combats, il y a des phases d'exploration avec quelques villes à visiter. L'occasion de se pencher sur un mécanisme assez agaçant: les portes. Il faut une clé pour les ouvrir, mais pas une clé spécifique. Il vous faudra donc aller chez un marchand de clés pour prendre le maximum que vous pouvez porter et ouvrir toutes les portes que vous trouverez. Sachant que certaines ne renferment rien de très intéressant. Un système qui énerve rapidement car il repose surtout sur le hasard.

Malgré tout ça, le jeu possède bien des qualités. L'univers est attachant avec ses monstres aux designs très imaginatifs et refaits à neuf pour la version Switch. On prend plaisir à parcourir toute la map en long en large pour faire progresser son personnage, et les musiques sont toujours impeccables et très soignées. Et pour l'époque autant dire que ça ne tombait pas sous le sens de faire une musique de qualité, qui retranscrit l'ambiance médiévale du titre. Pour les amateurs de challenge, pas de grosses difficultés étant donné que tout peut être réglé par le levelling qui reste le gros défaut du jeu par son omniprésence et sa manière de casser le rythme.

Dragon Quest II, on ne change pas (sauf que si un peu quand même)

Un an plus tard, les français commencent à s'habituer au fait que les chansons de Daniel Balavoine seront omniprésentes à jamais sur toutes les radios pendant qu'Enix sort le deuxième épisode de Dragon Quest au Japon.

Sur le papier le scénario est quasiment le même: l'histoire se déroule 100 ans après le premier épisode, vous êtes à nouveau un descendant d'Erdrick et vous devez à nouveau vaincre le mal qui ronge le royaume. La différence cette fois c'est qu'on assiste à une scène d'intro assez émouvante pendant laquelle un château se fait ravager par des créatures qui tuent tout le monde sur leur passage. Une entrée en matière brutale servie par une musique pesante très efficace.


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Votre mission: recruter des alliés et sauver le Royaume. Et oui, cette fois vous n'êtes plus seul, vous allez pour la première fois dans la série combattre avec plusieurs personnages. Mais avant ça, il vous faut les trouver, ce qui signifie de nombreux aller-retours inutiles et frustrants à base de: "Il est ici, vas-y…", "Ah non, il est parti là-bas…", "Trop tard, tu l'as raté il est parti à ta rencontre…", "En fait, t'es passé juste devant lui, reviens au début." Seulement après tout ça, vous rencontrez votre premier comparse et là, le jeu peut vraiment commencer. Contrairement au premier volet, il faudra jouer avec un peu de stratégie étant donné que tous vos compagnons n'ont pas les mêmes capacités. Certains peuvent lancer des sorts, d'autres non. Aujourd'hui ça paraît être la base mais à l'époque le premier Final Fantasy n'est pas encore sorti et le RPG n'en est qu'à ses balbutiements. Les combats sont alors beaucoup plus dynamiques, surtout parce que vous aurez affaire à plusieurs ennemis en même temps.

D'une manière générale, la progression est plus aisée et agréable que dans le premier volet, et ce grâce à deux points. D'abord, le système de téléportation qui permet assez vite dans le jeu de se déplacer plus aisément sur la map. Et puis le système de clés mieux adapté: vous trouvez deux clés dans le jeu, et à toutes les deux elles déverrouillent toutes les portes.

Ajoutez à ça un scénario un peu plus présent et prenant, et des personnages qui ont une personnalité, même si on n'atteint pas des sommets de complexité, et vous avez un bon vieux J-RPG complet, qui fait le taf. A refaire avec plaisir.



Dragon Quest III, quand ils arrivent en ville

Nous sommes désormais en 1988, pendant que les français ignorent encore que dans un quart de siècle, les jeunes artistes reprendront du Balavoine à la chaîne, les joueurs japonais s'éclatent sur du Final Fantasy depuis quelques mois. Square se dit que finalement la faillite n'est peut-être pas tout de suite et Enix se décide à sortir son troisième épisode de Dragon Quest.

Cette fois, gros changement, on n'incarne pas un descendant d'Erdrick chargé de ramener la paix dans le royaume au cours d'une quête. Vous êtes Erdrick lui-même chargé de ramener la paix dans le royaume au cours d'une quête.

Bon d'accord, le scénario est déguisé avec une fausse moustache mais c'est exactement le même. Cela dit, le prologue poétique et intense est extrêmement beau, surtout avec les graphismes légèrement reliftés sur cette version Switch. On est tout de suite dans l'ambiance, et on peut personnaliser son personnage en répondant à quelques questions de caractère, et en choisissant son sexe. Erdrick peut donc être une femme, tout à fait, ce qui n'est pas forcément cohérent avec les autres épisodes et ne change rien sur l'apparence mais c'est l'occasion de quelques dialogues assez drôles du type "Oh, vous êtes le fils d'Ortega… Oh non pardon ! La fille.. Une fille peut être un héros ?"

La grosse différence avec l'épisode II, c'est que vous constituez votre équipe de 4 personnages dès le début du jeu en choisissant leur classe (guerrier, mage etc.). Une bonne idée puisqu'on évite les laborieux passages solo du début du II, mais on y perd en scénario puisque vos comparses n'ont qu'un nom et pas de dialogues ni de personnalité.


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Parmi les autres innovations, un cycle jour-nuit assez peu répandu à l'époque et qui a des conséquences sur les monstres que vous croisez et sur les lieux ouverts ou non en ville.

Le gros point fort de ce nouvel opus c'est le système de combats, très amélioré par rapport aux précédents. Tout d'abord, comme vous jouez dès le début quatre personnages, vous avez rapidement accès à des affrontements assez dynamiques. Même si pour plus de subtilités il faut avancer un peu, au moins jusqu'à débloquer les sorts de zones qui changent pas mal de choses en ciblant plusieurs adversaires à la fois. En plus, il est possible de choisir des stratégies pour ne contrôler à chaque tour qu'un seul personnage et laisser faire les autres. Les stratégies sont basiques mais bien conçues, on peut choisir de privilégier les soins, de bourriner, d'économiser la magie ou de choisir un juste milieu. Sachant qu'à tout moment vous pouvez passer en manuel et choisir les actions de chaque personnage. Un bon point qui rend les passages de combat plus intéressants. Et heureusement parce que là aussi le levelling est assez présent et nécessitera de longues heures entre deux niveaux.



Pour conclure, quel bilan tirer de ces épisodes historiques de Dragon Quest ? Clairement, les RPG ont beaucoup évolué depuis, et le genre s'est tellement enrichi au sein de cette saga et des autres qu'il est difficile de revenir aux anciens. Que ce soit en termes de graphisme, de scénario ou de gameplay, les RPG actuels sont largement supérieurs. Mais les amateurs de retro-gaming et les archéologues des jeux de rôle apprécieront de se retrouver face à la genèse des meilleurs titres actuels. L'occasion de se rendre compte de tout le chemin parcouru.

A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

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