A DECOUVRIR
7/10

I''S

Parmi les membres du panthéon des plus grands mangakas, Masakazu Katsura peut se vanter de se tailler une place considérable parmi les fans assidus de bandes dessinées japonaises. Familier avec le succès depuis sa première série Wingman, commencée en 1983, il ne cessera d'affirmer son style et sa notoriété avec des séries porteuses comme Video Girl Aï ou DNA², profitant des quelques moments de vide subis entre deux succès pour améliorer son tracé et reconquérir le public. Grand amateur de Sentaï (Bioman-like) et fan de Batman, Katsura concilie dans pratiquement chacune de ses oeuvres la comédie romantique et le fantastique proprement dit, d'une manière plus ou moins habile, obnubilé par les triangles amoureux générés par les sentiments de ses personnages.

I"s
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En soit, le manga I''S (prononcez Aizu) constitue d'une certaine façon une exception dans la carrière de Katsura, puisqu'il s'adonne entièrement à la comédie sentimentale. Ce qui impliquait vraisemblablement une attitude et une psychologie plus concrète des personnages, nettement plus proche de la réalité. Mais la principale divergence de I''S est de concentrer l'attention du lecteur seulement sur le personnage principal et ses états d'âme, Ichitaka Séto, à la différence des précédentes publications qui elles s'efforçaient de traduire chaque émotion ressentie par les protagonistes.

Le titre du manga peut avoir deux significations :
- I''S est tout d'abord le pluriel de la lettre I, initiale des quatre personnages principaux, Ichitaka, Itsuki, Iori (le premier triangle amoureux), et Izumi (le second triangle amoureux).
- Mais c'est aussi d'un point de vue interne à l'histoire, un comité d'organisation composé du duo Iori - Ichitaka, image évidente de la tournure que prendra l'intrigue.
Car I''S est (encore) une histoire d'amour. Celle du jeune Ichitaka Séto, adolescent en pleine découverte des plaisirs physiques, désespérément attiré par sa camarade de classe Iori Yoshizuki. Horrifié par l'idée d'être repoussé, Ichitaka ne peut se résoudre à avouer ses sentiments, ni même tenter un quelconque rapprochement qui pourrait mettre la puce à l'oreille à l'élue de son coeur. Ainsi entre en jeu M. l'inversé comme il se plaît à l'appeler, qualificatif donné à l'attitude qui le pousse à exprimer le contraire de ses désirs. Le tirage au sort du comité d'organisation de la fête de bienvenue des nouveaux élèves, et les retrouvailles avec son amie d'enfance Itsuki, vont provoquer une série de conséquences qui ne pourront plus laisser Ichitaka de marbre...

De jeunes lycéennes sculpturales cheveux et jupettes au vent, un adolescent malade d'amour en proie à de sérieux doutes sur sa personne, des cars entiers de garçons obsédés par l'idéologie de la petite culotte... Pas de doute, I''S débarque réellement de l'esprit empêtré de Katsura, fasciné par les rapports adolescents et le passage à l'état adulte. Au détail près qu'il dépouille cette fois-ci son histoire de toute fantaisie fantastique pour ne garder que l'essence même de son sujet : l'amour incertain que porte Ichitaka à Iori. Ce qui explique qu'il n'ait choisi de doter le lecteur d'un caractère omniscient concernant seulement le personnage d'Ichitaka.

Ichitaka Séto, lycéen amoureux de Iori depuis près de trois ans, se refusant à toutes entreprises déclaratives depuis un échec sentimental qu'il juge violent. Avec un peu de recul, force est de constater que le « système » sentimental de Ichitaka flirte pertinemment avec la réalité : le doute construit sa propre interprétation, tout comme l'assurance produit la sienne. L'indécision, l'ignorance du jeune Séto l'amène donc à s'ériger une barrière défensive, repoussant l'échec tout comme le succès. Malmené par son meilleur ami Tératani (grand pervers ambulant pas si idiot que l'on pourrait le croire), son amie d'enfance Itsuki, et quelques « signes du destin », la « déclaration » va devenir le but ultime de Ichitaka.

Tout au long des quinze volumes qui composent I''S, Katsura aborde les principaux thèmes liés à l'adolescence et à ses premiers émois, comme la sexualité, la responsabilité adulte, la naïveté, et se permet même de sortir de son lot quotidien, en proposant une réflexion sur la célébrité et en survolant l'idée homosexuelle. C'est parfois exagéré, parfois idéalisé, mais la comédie romantique en passe immanquablement par là. Au bout du compte, les sentiments d'Ichitaka reviennent toujours dans la ligne de mire du mangaka, préférant s'en tenir à son idée principale.
Et c'est ici même le noeud du principal problème de I''S. En dépit de toutes les bonnes intentions de Katsura, et de son indéniable lucidité en matière de sentiments adolescents, le parcours amoureux d'Ichitaka se restreint à une série d'anecdotes affectives, de résolutions avortées, et de malentendus un peu grossiers. Pour dire, chaque occasion que saisira Ichitaka pour soulager son coeur sera irrémédiablement dérangée par un événement extérieur, qui empêche alors l'intrigue d'avancer. Aussi, après quelques volumes, on piétine rapidement dans les quiproquos répétitifs et les redites, sans que le pauvre Séto puisse s'assurer d'une réelle évolution. Fort heureusement, les derniers volumes accélèrent un peu le rythme et permettent aux personnages de gagner en maturité, mais surtout d'atteindre un point culminant dans l'exposition de leurs défauts, entraînant la mise à jour du message intrinsèque de Katsura.

Immanquablement comparé à Video Girl, qui reste la référence de Masakazu Katsura, I''S témoigne tout de même d'une certaine évolution dans le graphisme du mangaka. Si sa technique de l'anatomie féminine et de l'environnement urbain reste à son apogée, ses visages se diversifient un peu et s'harmonisent plus précisément. Caractéristique pas véritablement flagrante, il faut bien l'avouer, compte tenu des similitudes que se portent les personnages de I''S à ceux de Video Girl. Mais pas de fine bouche, il n'y a probablement aucune remontrance justifiée que l'on pourrait assigner à Katsura tellement sa maîtrise artistique culmine aussi bien en dessin qu'en mise en scène.

Comédie sentimentale brute dénuée de toute fantaisie fantastique, I''S manque rapidement de rythme une fois le quatrième volume passé, enlisé dans un schéma récurrent de déclaration avortée qui oblige le personnage principal Ichitaka Séto à repousser ses bonnes résolutions. Le vide provoqué par cette indécision constante s'estompe quelques numéros plus tard, à temps pour ne pas gâcher le travail psychologique de l'auteur, toujours impressionnant de lucidité dans son étude des rapports amoureux. Néanmoins une très belle introspection, toujours aussi joliment mise en image par Masakazu Katsura.

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8 commentaires

  • PetitRobindesBranchettes

    29/12/2005 à 10h50

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    Lorsque j'ai lu Is j'avais le même âge que le personnage principale et je m'étais vraiment mis à sa place(arrêtez de vous moquer!!), beaucoup de scènes et de comportements étant réalistes.C'est grâce à ce manga que j'ai commencé à dessiner pour de bon...T-T
    DESSIN : 10/10
    Wa-ouh.Masakazu Katsura frappe un grand coup!Les couvertures sont les plus belles illustrations de filles que j'ai jamais vu dans un manga à l'époque (j'ai essayé de les redessiner...Hohoho,dure dure!)...Et qu'est-ce que j'ai pu me rincer l'oeil...!Mais vers la fin l'auteur en a eu marre et ca se voit avec des traits toujours aussi propres mais plus simples.
    SCÉNARIO : 7/10
    Un lycéen qui tombe amoureux d'une camarade de classe...Simple mais réussi, ponctués par des situation bien trouvées avec des personnages vites attachants...Le perso le moins attachant est Iori je trouve...^_^.Dommage que la fin soit baclée...Même si j'ai adoré.
    FUN : 8/10
    Une simple histoire d'amour un peu "gnagna" mais si on se met à la place du perso principal il y a pas mal de moments très forts...Des moments pures et durs comme le fait si bien l'amour.Et parfois des passages planants grâce à Tératani...!
    ADAPTATION : 9/10
    Très bonne adaptation qualité/prix, malgré une impression en deçà de la version originale...nottament les couvertures...Mais là je chipote pour rien...^_^
    INTÉRET : 8/10
    Is est un très bon manga qui m'a marqué, même si on peut facilement lui repprocher d'être niais, c'est quand même l'un des moins niais des japoniaiseries que l'on connaisse dans ce domaine!...Itsuki je t'aiiiime!!!!.......T-T...Ou alors ça rend niais...

  • sondern

    03/04/2006 à 11h09

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    Quand j'ai lu, j'étais étonné sur un thème bien shojo, c'était bien "burné". Le héros (et son acolyte) était sacrément sous le coup des hormones, et bien occupé à voir les poitrines généreuses et les dialogues très ... polissons on va dire .

    Néabmoins, tout le scénario n'est loin d'être une excuse à des situations scabreuses qui au contraire sont amusantes et distraient le lecteur quand la ritournelle ("je veux d'elle mais elle veut pas de moi" de tout le manga devient soulant.

    De plus les scènes de vacances ou de la vie au lycée sont vraiment touchantes. On se délecte de voir le héros enchainer les gaffes, en commentant dans sa tête toutes les erreurs qu'il dit.

    Sérieusement un excellent manga à lire !

  • lunia

    04/04/2006 à 23h00

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    Personnellement j'ai été très décue par I's... pas vraiment innovant comparé a Video girl et vraiment loin d'être aussi bon que DNA²...

    J'avoue que les histoires d'amour innocentes de lycéens puceaux ont tendances à m'ennuyer vite...

    Enfin voila ma meilleure oeuvre de Katsura restera DNA² qui a en plus l'avantage d'être très court (5 tomes)

  • Kei

    05/04/2006 à 00h35

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    Histoire de rigoler : un copain a lu un tome complet de DNA² dans le mauvais sens (le sens francais) et la seule chose qui l'ai frappé, c'est que les personnages devenaient moins fort...

  • lunia

    05/04/2006 à 06h45

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    j'ai pas dit que DNA² était excellent.. je dis juste que le reste de l'oeuvre de Katsura tombe dans un sentimentalisme niais, avec toujours en vedette le petit étudiant qui aime une jolie fille mais arrive pas à lui dire etc...
    mais DNA² aussi rassemble ces concepts la... je le trouve juste moins niais avec l'histoire du méga playboy...

  • Danshikun

    25/04/2007 à 13h32

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    Alors j'ai lu les 15 tomes de I"s !
    J'ai tout d'abord les dessins très beaux !
    L'histoire n'est pas super originale, mais bon, on a quand même envie de savoir si Seto va toucher au but ...
    J'ai bien aimé le fait que Iori devienne célèbre, ça met un peu plus d'intéret à l'histoire !
    Mais j'ai quand même trouvé ce manga un peu répétitif !
    J'ai juste trouvé dommage qu'Itsuki ne soit pas beaucoup présente dans un assez grand nombre de tomes, car je l'adore elle me plaisait bien!
    Et j'ai également bien aimé le fait que Séto emménage à côté du "sosie" de Iori, c'était assez amusant, et on se dit " La chance qu'il a "
    Si je devrais donner une note ce serait : 9/10 car c'est un très bon manga à recommander !

  • rambijey

    25/04/2007 à 14h45

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    Personnellement, j'ai trouvé qu'IS était peut être au niveau du dessin l'une des plus belles oeuvres de Katsura (avec son recueil "M". Mais pour parler très franchement, bien que j'ai lu en entier cette série, j'ai un peu décroché vers le milieu/fin ce qui ne m'était pas du tout arrivé avec Video girl aï qui m'avait tenu en haleine tout au long de la série. Un peu d'ennui, mélangé à un personnage principal parfois énervant voir incompréhensible, rend ce titre peut être plus "réaliste" mais un peu "platonique"...

  • Anonyme

    20/10/2007 à 09h41

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    Dommage que itsuki soit très peu présente.

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