8.5/10

El Shaddai : Ascension of the Metatron - Test

Attention, jeu vraiment atypique !

Basé (très librement) sur Le Livre d'Hénoch, un texte ésotérique et religieux de l'Ancien Testament attribué à l'arrière-grand-père de Noé, El Shaddai (un des noms de Dieu dans la religion judaïque) raconte que les Grigoris, d'ex servants du tout-puissant, se sont pris d'amour pour les hommes et sont resté sur Terre, tournant ainsi le dos au très-haut qui a décidé purement et simplement l'éradication des humains et des Grigoris par un immense déluge. Enoch, un scribe, s'insurgeant contre le fait que les hommes doivent payer un tel prix pour la trahison des anges déchus est finalement envoyé sur Terre pour régler leur compte aux Grigoris et éviter un désastre à l'humanité.


Des fights hautement stratégiques
Soyons honnête, il est difficile de cibler précisément ce qu'est El Shaddai. Pas pour ce qui est du genre, car le jeu est avant tout un beat them up, Enoch devant perpétuellement avancer pour trouver sur sa route divers ennemis, dont les fameux Grigoris qui font ici office de boss. Construit sur une progression assez classique, le jeu alterne phases de plates-formes et combats dans de minis-arènes, avec un choix délibéré de simplicité au niveau du gameplay. Loin des combos techniques à la Bayonetta (toujours Ze Référence en la matière pour votre serviteur) ou d'un Devil May Cry, El Shaddai base sa mécanique sur l'utilisation d'une seule touche lors des affrontements, touche avec laquelle les coups pourront varier suivant le rythme de pression et l'adjonction du bouton de garde à certains moments. A ceux qui pourraient penser que l'expérience est limitante il n'en est toutefois rien, car les fights demandent de bien choisir sa stratégie entre esquive, garde et fuite avant de pouvoir rouer de coups les adversaires, qui sont souvent coriaces et résistants. Pour pouvoir basher les méchants comme il faut, Enoch ne dispose tout au long du jeu que de trois armes : l'Arche, qui est ce qui se rapproche le plus d'une épée, le Gale, qui tire à distance des salves peu puissantes mais à grande cadence, et le Veil, une arme bourrine mi-bouclier mi-gants de fer pour le corps à corps. Certains diront que trois c'est peu, mais c'est en fait dans le choix d'utilisation de ces armes face aux divers ennemis que réside la stratégie gagnante lors des combats, et quand je dis le choix le terme n'est peut-être pas vraiment bien choisit. Car Enoch ne se déplace pas avec l'arsenal pré-cité, mais doit en fait voler l'arme dont il a besoin à un adversaire qu'il aura suffisamment épuisé pour pouvoir la lui subtiliser, et la purifier avant de s'en servir. Cette action de purification, Enoch devra d'ailleurs la répéter régulièrement, même s'il ne change pas d'arme, car plus cette dernière est au contact des « impurs », plus elle perdra de son efficacité.


Enoch n'a pas vraiment la tête d'un gratte-papier...
Plus il est touché, plus Enoch voit son armure partir en morceaux, et bien qu'il n'y ait pas la moindre barre de vie à l'écran (ni aucune autre indication d'ailleurs) son état est déterminé par le fait qu'il se retrouve de plus en plus « en slip », ou en jean pour être plus précis (et si c'est le cas il devra se battre à mains nues et essayer de repiquer une arme). Et quand les bords de l'écran sont rouges et que soudain le coup de trop lui est asséné, le joueur a malgré tout la possibilité de renverser la situation en appuyant le plus rapidement possible sur une touche dans un laps de temps imparti pour qu'Enoch « ressuscite » et reprenne le combat (mais attention, si la situation se présente plusieurs fois il faudra appuyer de plus en plus rapidement).
Voilà donc, pour l'essentiel, ce qu'il en est du gameplay de El Shaddai. Un gameplay que certains pourraient qualifier de répétitif malgré des combats ardus, seulement il se trouve que ce n'est pas vraiment là où se situe l'intérêt du titre.

Non, l'intérêt dans El Shaddai (et c'est là que le jeu aura sans doute du mal à convaincre un large public) réside surtout dans sa forme, et c'est ça qui est difficile à expliquer.


Les phases en 2D sont superbes et surprenantes
Car pour ce qui est de son style El Shaddai est un immense fourre-tout psychédélique qui ne ressemble à rien de ce que l'on a connu jusqu'ici, et pourtant interpelle sans cesse car il rappelle beaucoup d'influences connues du jeu vidéo, du manga, du cinéma et du film d'animation. On pense ainsi souvent à des œuvres aussi diverses que Ulysse 31, Les Maîtres du Temps, Blade Runner, Final Fantasy VII, Zardoz, Bayonetta (encore), Okami (ce qui n'est pas vraiment un hasard, le directeur du jeu - Takeyasu Sawaki - et son équipe étant des anciens du studio Clover et de Capcom), le tout se mélangeant sans cesse pour présenter tantôt des chemins abstraits baignés de couleurs flashy intenses, puis passer à des niveaux en 2D à la Paper Mario ou sur fond d'immenses vitraux représentant des hauts-dignitaires du monde des anges, ou encore dans des décors d'estampes parcourus d'immense vagues sur lesquelles on peut rider, avant de se retrouver le long d'une route simplement dessinées par deux lignes et bordée d'arbres d'un vert éclatant (ou au contraire, vus comme un négatif de pellicule) avec quelques traits ondulants dans le ciel pour représenter le souffle du vent. Rien que le générique de début du jeu, où l'on dirige la silhouette d'Enoch de gauche à droite de l'écran en terrassant des hordes infinies d'ombres sur fond d'enluminures bibliques géantes pendant que nous est narrée la trame de l'histoire, est une expérience. Et même le compteur de temps du jeu s'amuse à brouiller les pistes (la notion de durée par-rapport à l'histoire - étant totalement floue, la quête d'Enoch pourrait aussi bien durer des heures que des années) en indiquant 72 heures là où l'on joue par exemple depuis moins de quatre.


Lucifel et Enoch. Une relation sans ambiguïté ?
La bande son de El Shaddai aussi passe sans arrêt d'un registre à l'autre, alternant morceaux de techno-éléctro bien pêches, mélodies à résonance céleste ou partitions presque symphoniques. Un mélange des genres assuré par Hamaguchi Shiro (Ah ! My Godess, One Piece) et Hasegawa Kento (Devil May Cry 3) et qui renforce grandement l'identité particulière du jeu.

Et que dire du personnage principal, Enoch, qui pour un scribe à quand même tout de l'éphèbe californien, qui porte des jeans Edwin sous une armure qui fait le maximum pour laisser apparaître son corps bronzé dès qu'elle part en miettes, et qui est régulièrement accompagné tout le long du jeu d'un ange Lucifel dont l'attitude ambiguë et le look pantalon moulant et chemise négligemment déboutonnée sur torse glabre a tout du manifeste gay ?


Un design unique pour une œuvre qui ne l'est
pas moins !
Oui, vraiment difficile de décrire El Shaddai si vous n'y avez pas joué. C'est définitivement une œuvre hypnotisante et belle, emprunte d'une liberté visuelle à laquelle le jeu vidéo n'a pas coutume de nous confronter souvent, et qui requiert une certaine ouverture d'esprit, voire une ouverture d'esprit certaine (mon conseil : téléchargez la démo gratuite présente sur le XBLA et le PSN pour vous faire une idée). Mais si l'on est conquis on ne se lasse pas de cette « ascension du Metatron » psychédélique et unique qui rappelle que pour ce qui est de l'audace et de sortir des sentiers battus, le jeu vidéo est et sera toujours Japonais (et puisqu'il y a le choix des langues, n'hésitez pas à tenter l'aventure dans la langue de Miyamoto), et El Shaddai en est aujourd'hui un des plus beaux représentants !

A propos de l'auteur

7 commentaires

  • OuRs256

    29/07/2011 à 11h59

    Répondre

    Lady Gaga xD n'importe quoi xDhttp://jeux-video.krinein.com/el-sh ... 16759.html

  • Mandark

    29/07/2011 à 12h41

    Répondre

    Carrément !

  • enihprom

    30/07/2011 à 00h06

    Répondre

    "It's as if Lady Gaga made a video game" - Official Xbox Magazine

    -> Comment perdre toute crédibilité en seulement une phrase...

  • Canette Ultra

    01/08/2011 à 08h15

    Répondre

    "it's amazing like Renee le taupe" !

  • Guillaume

    27/09/2011 à 15h21

    Répondre

    J'aime beaucoup dans le trailer la citation de chez les confrères : "C'est comme si Lady Gaga avait fait un jeu vidéo"
    C'est un peu ça, effectivement. C'est kitchouille à souhait et ça ne plaira définitivement pas à tout le monde.
    Mais au moins, ça a le mérite d'essayer de sortir des sentiers battus !

    En tout cas, bravo Mandark pour l'évocation de Zardoz. Ceux qui ne connaissent pas encore devront y jeter un oeil. Sean Connery en slip, c'est la classe http://jeux-video.krinein.com/test-el-s ... 17247.html

  • gyzmo

    27/09/2011 à 15h24

    Répondre

    En slip, et surtout avec un look à l'épreuve du Temps



    001, dans toute sa splendeur. Merci pour ça, monsieur Boorman !!!

  • OuRs256

    27/09/2011 à 17h05

    Répondre

    gyzmo a dit :
    En slip, et surtout avec un look à l'épreuve du Temps



    001, dans toute sa splendeur. Merci pour ça, monsieur Boorman !!!


    O... M... G... xD

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