8.5/10

Evergate - Test PC

Une musique douce et mélodieuse comme on en mettrait dans la chambre d'un nouveau-né, une boule de poils toute mignonne en guise de personnage, un univers féérique très coloré : vous pensez avoir affaire à un jeu de mioche ? Non, détrompez-vous. Evergate est l'un des plus redoutables jeux de réflexion/plates-formes que j'ai connus.

Se jouant en pure 2D, Evergate nous fait donc incarner une charmante petite bestiole dénommée Ki (tiens, coïncidence, en japonais, 氣 - "ki" signifie énergie). Et ce petit Ki justement peut déclencher un éclair d'énergie à loisir si son rayon touche une ligne blanche située dans le décor. Lorsque le rayon touche aussi certains objets particuliers, cela déclenche en plus une action spéciale. Dans le premier monde, ce sera un saut, dans le deuxième, la création d'une plate-forme de pierre, dans le troisième un feu ravageur, dans le quatrième un téléporteur qui déplace Ki sur la ligne blanche visée, dans le cinquième une sorte de canon, et je m'arrêterai là, car il y a 10 mondes.


Les gemmes provoquent un saut et les flammes roses se transforment en plaques de pierre à l'enclenchement du rayon de Ki.

Le but du jeu est simple : explorer 7 niveaux dans chacun des 10 mondes - donc ça fait 70 niveaux, classe ! - récupérer si possible des petites flammes, utiliser si possible tous les objets, et tout cela dans un temps requis extrêmement court. On peut se passer de collecter tout cela et avancer quand même dans le jeu, mais prendre la peine de remplir lesdites conditions vous fera obtenir des essences, lesquelles débloqueront des artefatcs particulièrement utiles et vous donneront accès à des niveaux bonus. Ainsi, autant vous dire que dès le départ, le jeu est ardu si on se donne la peine de remplir au moins une partie des conditions optionnelles. Les sauts sont complexes et millimétrés. Le timing des combinaison est serré et on s'embrouille rapidement dans les commandes, soit parce que naviguer au clavier c'est moins pratique et précis qu'à la manette, soit parce que viser avec la manette c'est moins précis et rapide qu'à la souris. Car pour rappel, nous passons notre temps à diriger un rayon d'énergie, donc la visée est d'importance (il y a une aide à la visée cependant dans les options pour qui joue à la manette). Du coup, on meurt et on recommence sans compter, de nombreuses fois, et à chaque niveau, jusqu'à 15 fois pour ma part. Mais comme on progresse un petit plus à chaque fois, aucun découragement ne nous assaille. Evergate est ardu aussi parce que le niveau de réflexion est assez élevé. Plus d'une fois, on est carrément perplexe devant le nouveau niveau à accomplir et on se demande bien comment on va en venir à bout. Alors, là aussi, on fait des essais et on tente des trucs pour voir si ça fonctionne et échouer en devient plus le résultat d'une expérience scientifique qu'un échec.


Les cylindres argentés sont des téléporteurs, mon outil préféré. Effet détonnant quand on combine avec une gemme.

Quoi qu'il en soit, au-delà de son pincipe très original et varié, de son exigence, de son univers graphique et sonore aussi travaillé qu'envoûtant, Evergate se hisse vers les sommets de la réflexion/plates-formes pour d'autres raisons. D'une, c'est l'imbrication hyper complexe des différents objets. Là où de nombreux jeux n'incluent dans chaque monde que les outils révélés par ce monde et propres à celui-ci, Evergate mixe très rapidement tous les outils, ce qui donne des combinaisons savoureusement complexes. Je ne vous dis pas ce que ça donne au monde 10 avec les 10 outils !

De deux, c'est sa difficulté à géométrie variable que l'on peut adapter à loisirs grâce aux artefacts mais aussi aux exigences parfois modérées du jeu. Trop dur pour vous de collecter flammes + objets + respecter le temps ? Pas de souci. Faites le niveau en trois fois. Une fois pour les flammes, une fois pour les objets, une fois pour le temps, et vous obtiendrez quand même les essences. Evergate n'impose pas de tout faire en même temps. Par ailleurs, autant vous dire que certains artefacts simplifient grandement la donne, tels la plume de corbeau qui empêche les plaques fragiles de s'écrouler (attention à ne pas en abuser, parfois pour finir un niveau il faut qu'une plaque fragile disparaisse), le chardon aérien qui permet d'augmenter la hauteur du saut et donc d'accéder à des endroits normalement inaccessibles ou le bouclier de glace qui rend Ki invicible à des objets mortels tombant du ciel. Les artefacts ouvrent aussi de nouvelles façon de résoudre les niveaux, ce qui est très intéressant. Et avec 3 artefacts par monde, soit 30 au total, autant vous dire qu'il y a de quoi faire.


30 artefacts, pour encore plus de solutions différentes, ou se simplifier un peu ce jeu très ardu.

Ainsi, si Evergate est ardu dans ses niveaux et si seuls les plus aguerris en plates-formes débloqueront tout, il reste globalement accessible dans sa progression générale et vous pourrez finir l'histoire et les niveaux même si vous n'êtes pas un(e) maître de la plate-forme. Mieux encore, selon votre genre de prédilection, vous pourrez vous concentrer à loisir sur ce que vous préférez, notamment la réflexion,en laissant de côté les difficultés propres à la plate-forme. Comme on dit, chacun trouvera midi à sa porte.

De trois, parce qu'un jeu vraiment réussi sait aller toujours plus loin, Evergate nous offre 9 niveaux bonus plus ardus que jamais. Il y a aussi une collection assez faramineuse de succès pour les plus mordus. La durée de vie ainsi s'envole et dépasse facilement les 15H pour qui exploitera toutes les potentialités du jeu.

Seul au finale son scénario est en demi-teinte même s'il a le mérite d'exister. On est plus porté par la poésie générale du jeu que par l'histoire qui est narrée.

Enfin, on peut largement rendre hommages à la résalisation graphique pleine de couleurs et de firoritures, d'effets explosifs, d'envolées magiques qui font tout pour nous envoûter. Même les transitions d'un menu à l'autre décapent, et le tout est porté par la bande originale merveilleuse, dotée de beaucoup d'intensité et d'émotion, mélangeant orchestration classique et musique électro, dont l'auteur est un certain Michael R. Miller. Mais pourquoi n'est-elle pas en vente ?


Je ne me suis pas fatiguée : une petit bouclier de glace car il y a trop de vilaines choses qui tombent sur Ki.

Conclusion

Incoutournable, Evergate, aussi accessible qu'ardu, se hisse dans les meilleurs jeux de réflexion/plates-formes par une réalisation graphique et sonore de haut vol, des combinaisons complexes de nombreux outils, des mondes très variés et un principe aussi original qu'inattendu. Maîtres de la plate-forme, ce jeu est pour vous aussi, maîtres de la réflexion, vous pourrez un peu passer outre la plate-forme pour savourer tout autant l'oeuvre.


D'un niveau à l'autre, ça en jette !

Pour aller plus loin : quelques-uns des meilleurs jeux de réflexion/plates-formes de la DS à aujourd'hui

Sur DS (2011) : Divergent Shift (jeu miroir)

Sur PSP et 3DS (2012) : Crush 3D (manipulation de la 3D)

Sur Steam et PS store (2013) : Contrast (manipulation des ombres)

Sur Steam et Wii U (2013) : Tetrobot and Co. (jeu de cubes)

Sur Epic, PS Store et Steam (2013) : The Bridge (manipulation de la gravité)

Sur 3DS (2013) : Shifting World (manipulation de la gravité et de la vision dans l'espace - interversion des espaces vides et pleins)

Sur Steam, PS store et Wii U (2015) : Typoman (manipulation des mots)

Sur Steam, PS store Wii U (2015) : Replay : VHS is not Dead (manipulation du temps et de la gravité)

Sur Steam, PS store et Xbox One (2016) : Seasons after Fall (manipulation des saisons)

Sur Steam, PS store et Switch (2018) : The Gardens Between (manipulation du temps)

Sur Epic, Steam, PS Store et eShop (2019) : HUE (manipulation des couleurs)

Sur Steam et Switch (2019) : Degrees of Separation (jeu miroir par duplication de l'univers)

et bien sûr les légendaires Portal 1 et 2, la série des Box Boy! et Pull Blox-Fall Blox.


Ah les failles interdimensionnelles, c'était coton ça !

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A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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