7.5/10

Game of Thrones - Test PC

En septembre 2011, l'éditeur Focus et les développeurs français de chez Cyanide nous avaient présenté A Game of Thrones : Genesis, un jeu de stratégie et gestion inspiré de la célèbre saga quasi éponyme qui fait le bonheur de la chaîne HBO. Quelques mois à peine cette première exploitation vidéo-ludique de l'univers sorti de l'imagination de l'auteur George R.R Martin, le duo de choc Focus et Cyanide remettent Le Trône de Fer à l'honneur, mais cette fois-ci, dans un jeu de rôle façon The Witcher. Hum ! En voilà de bonnes références !

Bien que développé à partir du moteur graphique Unreal Engine 3, Game of Thrones ne parvient pas à faire oublier ses maladresses et son budget modeste par rapport aux superproductions du genre sorties cette année. Et si les fans de la saga vont adorer fouler le sol de lieux connus comme Châteaunoir et Port-Réal, ou papoter avec quelques protagonistes phares telle que Cersei Lannister, il est tout de même regrettable que les artistes de chez Cyanide n'aient pas réussi (ou trouvé le temps ?) à construire des environnements qui marqueraient à jamais les esprits. En l'état, le soft est loin d'être désagréable. Mais les décors extérieurs plus étriqués que semi-ouverts, la population statique des cités dépeuplées, les effets atmosphériques un peu cheap, les modélisations et textures architecturales pas toujours très agréables pour les yeux, font que Game of Thrones semble ne pas être à la page, techniquement. Cette carence de charme dégagé par le jeu, son manque d'originalité – sans doute tributaire d'un background plus médiéval que fantaisiste, est d'autant plus dommage que le character design est excellent. En tête, les deux protagonistes, véritable gueule de cinéma, bourrés d'hormones et de charisme. La suite du casting – mettons de côté la figuration de clones, est également une belle réussite. Les voix françaises de Mors et Alester donnent vie avec talent à ces deux forces de la nature. Nous n'en dirons pas autant de l'ensemble du doublage, inégal, qui sonne faux la plupart du temps. Heureusement, l'option VOST est disponible. Un passage obligatoire, si vous ne voulez pas, dès qu'un interlocuteur secondaire ouvre la bouche, couvrir de ridicule le sérieux percutant d'une écriture belle et incisive.


DR.

Fidèle à la construction des livres, deux histoires inédites sont contées en parallèle, chapitre après chapitre, et finiront par se rejoindre dans la fureur et dans le sang. D'un côté, le redoutable Mors, Garde de Nuit condamné à défendre le Mur face aux Sauvageons. De l'autre, le sieur Alester, prêtre rouge revenu d'un exil pour enterrer son paternel. De la trame principale hyper tortueuse et passionnante, aux quelques quêtes secondaires illustrant un background sombre et violent, en passant par les percutants dialogues ouverts à la réplique alternative, Game of Thrones rattrape ses défauts techniques par une maîtrise scénaristique qui ravira non seulement les fans de la franchise, mais aussi les amoureux de jeux de rôle mâtures, complexes et brutaux. En Westeros, celui qui paraît amical dissimule sans doute au fond de sa pensée l'envie de vous planter sa lame dans le dos. Le salaud. Chaque rencontre, chaque discussion, chaque choix instaure ainsi un malaise et des dilemmes. Si bien qu'en début de partie, un aventurier naïf sur les bords va très vite se transformer en monstre paranoïaque, quitte à troquer sa méfiance contre de l'immoralité. En l'espace de 25 à 30h de jeu – sans compter un éventuel second run pour tester d'autres alternatives, Game of Thrones surprend sans cesse, trace un chemin semé d'embûches, et confronte les joueurs à de terribles situations. Le récit, sombre et violent, se laisse dévorer, avec son lot de rebondissements et de moments chargés en émotion. A l'instar de CD Projekt et sa transposition vidéo-ludique réussie de la série des The Witcher, Cyanide parvient à rendre un bel hommage à la plume acérée de George R.R Martin.

Le voile levé (ou assombri, c'est selon le talent de votre déduction) sur les intentions plus ou moins suspectes des gens que l'on croise, viendra le moment fatidique où il faudra taper fort sur la tronche de certains interlocuteurs. Sur ce point, le soft de Cyanide déballe un attirail tout ce qu'il y a de plus classique : une pause active du plus bel effet (ralenti) pour empiler les trois prochains ordres que vous donnerez à votre équipe – composée de deux unités la plupart du temps (voire trois en intégrant le compagnon personnel de Mors) ; deux sets d'arme entre lesquels switcher pour adapter vos techniques en fonction des protections que portent l'adversaire ; un jeu d'emplacement pour les potions aux effets divers (soin, poison...) ; des compétences offensives et défensives propre à la classe de vos personnages, dépendantes d'un countdown, tantôt complémentaires entre elles, tantôt capitales pour interrompre les attaques puissantes ; un finish move de temps en temps... Le challenge est au rendez-vous, surtout en difficulté élevée. La prise en main est rapide. Sur du long terme, les combats seraient toutefois un peu répétitifs si les développeurs n'avaient pas eu la riche idée d'alléger l'ensemble en intégrant l'opportunité d'utiliser les pouvoirs spécifiques de Mors et Alester. Le premier, par l'intermédiaire de son pas beau de molosse, peut passer en vue subjective, s'infiltrer dans le dos des ennemis afin de les neutraliser (QTE), suivre des pistes olfactives pour dénicher des trésors ou retrouver des âmes perdues. Le second, en tant que prêtre rouge, a le pouvoir de révéler des mécanismes cachés et les passages secrets associés.


DR.

Malgré un rendu visuel pas toujours éblouissant et sa flopée de défauts (FOV qui colle trop aux basques de son personnage, carte d'orientation mal fichue, gestion à la souris tatillonne, optimisation loupée), Game of Thrones parvient à tirer son épingle du jeu via la profondeur de son histoire, la jolie place laissée aux décisions personnelles du joueur et la personnalité impressionnante de ses protagonistes. C'est sombre, violent, tentaculaire, dramatique, plein de surprises. Les sept premiers chapitres vous paraîtront linéaires, mais sachez que par la suite, la liberté de mouvement prend son envol dans des segments de plus en plus conséquents. Cerise sur le gâteau : les ours troglodytes qui n'ont jamais entendu parler de la franchise, dans sa version littéraire comme télévisuelle, n'auront aucun mal à s'accrocher au wagon. Il se pourrait même qu'une fois ce jeu de rôle entamé, une graine de « futur fan complet de George R.R Martin » commence à germer quelque part dans un coin de votre tête...

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