8/10

Gray Matter - Test

Jeu d'aventure très attendu, Gray Matter débarque sur Xbox. Le pedigree de l'auteure Jane Jensen suffira-t-il à faire du soft une référence du genre ?

Mi-juin 2008, le rafraîchissant point'n click So Blonde célébrait l'association d'un éditeur d'envergure, d'un tout jeune studio de développement et d'une célèbre plume humoristique : Dtp Entertainment, Wizarbox (de l'Hexagone) et Steve Ince (le papa des Broken Swords), pour ne pas oublier de les citer. Le résultat n'avait pas réussi à totalement convaincre le dingo du genre, mais laissait entrevoir une bien belle lueur d'espoir quant au potentiel créatif de ce type de collaboration artistique. Pour cette fin d'année, Dtp et Wizarbox (d'outre-Rhin) retentent l'initiative en prenant appui sur une autre figure connue du monde vidéo-ludique : Jane Jensen, grand manitou de l'ésotérisme et auteure des sacro-saints Gabriel Knight.


Premier constat sans équivoque : l'élégance insufflée par la direction artistique de Gray Matter est un ravissement pour l'âme, ses oreilles et ses yeux. Les notes mélancoliques de la bande-son originale, le doublage voix anglais de qualité (sous-titré français), le character design d'inspiration gothique, les décors victoriens assortis aux technologies modernes, les superbes et nombreuses cinématiques en 2D animée… Excepté les portraits 3D déformés qui font tâche pendant les conversations,  le crénelage typiquement Xbox des silhouettes ou les mouvements robotiques des protagonistes, l'ensemble ne fait pratiquement aucune faute de goût, reste cohérent, droit et puissant dans ses basques. Les ambiances imprégnées de mystère sont au service d'une trame passionnante via laquelle la personnalité malicieuse d'une magicienne en herbe (Samantha Everett) s'oppose au caractère froid et rationnel d'un neurobiologiste meurtri (Dr. David Styles). Des esprits opposés mais animés par une quête commune : lever le voile sur des phénomènes en apparence paranormaux qui frappent la ville d'Oxford. Et c'est au cœur d'un scénario construit à la manière d'un polar fantastique, dans la lignée d'un The Black Mirror, que le joueur devra, tour à tour et un chapitre non l'autre, guider tantôt l'experte en manipulation, tantôt l'accro de sensations douces. Deux caractères bien trempés, également transcrits par deux gameplay différents.


Ainsi, le commis de la prestidigitatrice Samantha embarque dans son inventaire un livret de magie pour mystifier tels interlocuteurs, subtiliser ou échanger tels items. Parmi une douzaine de tours de passe-passe illustrés, il suffit de trouver celui convenant le mieux à la situation et d'avoir dans son inventaire les accessoires adéquats - au préalable acquis dans un magasin spécialisé. S'ouvre alors une nouvelle interface d'entraînement où chaque étape de la supercherie devra être exécutée (manipuler ou cacher un objet, distraire la cible…), avant de pouvoir être validée. En pratique, la recréation de ces tours à la difficulté enfantine – puisqu'il ne s'agit que de suivre à la lettre les directives pédagogiques d'un bouquin à tout moment consultable, apporte du sang neuf au genre et une manière assez originale de résoudre certaines énigmes. Du côté du Dr. David Styles, par contre, les embûches rencontrées trouvent leur solution respective aux travers de séances techniquement plus ordinaires, telle que trouver le pixel magique et interactif au milieu d'un décor. Ceci dit, les phases de prospection gardent une spécificité propre au personnage replié sur lui-même, faisant de la résolution de ces puzzles sensoriels qui le motive - impossible d'en dire plus sans gâcher les surprises - un cheminement intéressant à suivre, même si répétitif.


Outre ces deux approches largement abordables par les joueurs occasionnels, les brainstormers ont ajouté des quêtes secondaires pas toujours évidentes à débusquer et une série plus ardue de chasses à l'info au sujet d'une organisation secrète, le Deadelus Club. Cette dernière exploite avec intelligence le background de la ville d'Oxford (contexte que de nombreux artistes ont traversé), et embarque Samantha dans un périple encore plus envoûtant et référentiel dans lequel les neurones seront mis à rude épreuve, jusqu'au magnifique dernier chapitre et ses excellentes énigmes. En fonction de votre pratique du genre et de l'utilisation des aides proposées par le soft (indices en cas de blocage, révélateur et roue de navigation contextuelle entre les zones interactives, journal de bord incluant tous les dialogues découverts…), pour en voir le bout, entre dix et quinze heures devraient suffire. Une durée de vie tout à fait honorable, qui paraîtra courte à tous ceux qui ont été happés par l'histoire, tant une fois lancé dans ce Gray Matter, le temps se fait dévorer.

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1 commentaires

  • hiddenplace

    18/12/2010 à 17h50

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    Très joli jeu, au scénario très prenant, à la fois mystérieux, sombre et parfois un peu plus léger, grâce à la personnalité pétulante de Samantha.


    Je regrette juste que la linéarité de la résolution générale de chaque chapitre m'ait parfois bloquée ou fait perdre du temps, mais je reste quand même très satisfaite du rythme général (alternance de points de vue), et je salue surtout l'atmosphère globale, en parfaite harmonie avec le ton de l'histoire : un graphisme vraiment très fin, à la fois libre et spontané (coups de brush très expressifs, y compris dans les cinématiques), et joliment construit et cadré. Musique très marquée par ce côté ésotérique, mais assez envoutante également.


    Une très belle surprise en terme de point'n'click. Une petite suite peut-être ? 

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