7.5/10

GRIS - Test PC

À la fin de l'année 2018, le jeune studio espagnol Nomada sortait son premier titre, soutenu par l'éditeur de confiance Devolver Digital, un petit jeu sans prétention mais fort d'une dimension artistique et onirique très poussée : GRIS. Il ravit de nombreux joueuses et joueurs et reçut un accueil très positif de la presse. Il était temps de l'explorer au sens propre comme figuré.

Oui, de l'explorer car GRIS est avant tout un jeu d'exploration. D'exploration d'un univers étrange, paranormal, dont on ne comprend pas très bien l'origine, si ce n'est qu'il est né du chagrin. On comprendra par la suite qu'il représente le cheminement du deuil et de la traversée de la douleur pour réapprendre à vivre après la perte d'un être cher. Et GRIS s'avère ainsi être une expérience autant d'exploration que d'introspection psychologique et toute l'expérience de jeu participe de cette dimension.

De fait, après une brève introduction qui dit tout de cette souffrance avec une immense beauté symbolique et sonore par le chant hypnotique de l'héroïne, on découvre un excellent jeu de réflexion/plates-formes 2D comme on les aime, fait d'outils pourtant assez classiques dans le genre : saut, double-saut, propulseur, bloc-marteau pour casser des plaques, petit alié temporaire qui nous suivra à l'identique, ce dont nous pourront tirer profit, milieu aquatique, gravité inversée, disparition de la lumière. À cette différence près que par rapport aux autres jeux du même genre, ces mécanismes sont totalement imprégnés de l'univers onirique et de sa forte dimension artistique. Par exemple, le propulseur si mal nommé est réalisé par de doux et légers papillons qui virevoltent dans des petits coins. L'héroïne elle-même, à la silhouette et aux vêtements très épurés, fait preuve quand elle se déplace et saute d'une fluidité et d'une délicatesse des plus agréables. Les passages fait de jeux de lumières sont accompagnés de tintements sonores de plus féériques.


On commence dans un monde triste et gris, à l'image de l'état émotionnel de l'héroïne.

Ainsi, à partir de ces outils classiques, le monde onirique révèle peu à peu toute sa puissance évocatrice dans toute l'expérience de jeu. Pauvre et terne au départ, il gagne progressivement en couleurs, en détails, en animations aussi discrètes que fouillées pour qui voudra bien prendre le temps de les observer et de s'y attarder, pour nous amener à un monde final des plus sublimes et majestueux. La complexité grandissante des graphismes s'accompagne en parallèle d'une complexité grandissante de notre exploration et des petites énigmes, car les outils s'accumulant et se combinant, la quête devient plus difficile. Les passages sont plus durs à trouver, les embranchements plus nombreux, les mondes plus vastes au point de s'y perdre. L'arrivée du monde aquatique, d'ailleurs très envoûtant, complique aussi la donne tout en offrant une variété supplémentaire. Idem avec l'inversion de la gravité, belle suprise inattendue. Il y avait longtemps que je n'avais pas dû utiliser les commandes à l'envers dans un jeu, ha ha. Si GRIS ne joue de cet effet que de manière temporaire et probablement trop courte, on apprécie largement l'alternance permanente et les combinaisons à faire entre l'univers normal et celui à gravité inversée qui sont contigus. On navique ainsi sans arrêt de l'un à l'autre.


Les nouveaux outils s'accumulent.

Le point d'orgue en terme de mécaniques de jeu, autant que d'univers onirique, c'est l'utilisation du chant. Notre héroïne avait perdu sa voix au début de l'histoire, blessure physique résultant d'une grande blessure morale. Arrivée à un stade de son introspection, elle la retrouve et le jeu nous offre alors un champ d'action tout nouveau. C'est vraiment original d'avoir associé à ce point les univers artistique et psychologique aux mécaniques du jeu. Ce qui me permet d'ajouter que les musiques du jeu sont juste magnifiques et font partie de celles qu'on a envie d'acheter.

Pour les fans du genre et avides de défis, pas d'inquiétude, GRIS contient aussi une quête optionnelle de bonus à récolter, sortes de cercles animés, représentants des fragments de mémoire. Et croyez-moi, certains sont bien rudes à obtenir et il faut chercher méticuleusement et passer du temps pour trouver comment tous les avoir, ce qui donne accès à la fin à une vidéo supplémentaire. Autre réussite pour le studio espagnol Nomada, dont GRIS est le premier jeu, c'est l'accès à un chapitrage une fois le jeu fini. Tous les développeurs n'y pensent pas, c'est pourquoi je le souligne et je loue les memebres de cette équipe d'avoir pris la peine de l'inclure. Donc, si vous voulez partir en quête des fragments de mémoire qui vous manquent, ou tout simplement rejouer certains passages exaltants comme celui de la course poursuite avec l'oiseau ou la murène, et au passage débloquer les succès steam qui vous manquent, ce sera possible plus facilement, sans être obligé de refaire bêtement tout le jeu, surtout qu'on ne peut pas toujours revenir en arrière.


Sublimes mondes aquatique ou de glace.

Reste que GRIS n'est pas non plus d'une immense difficulté, donc joueuses et joueurs en mal de chauffage de neurones s'abstenir. Autre légère lacune, il y a trop souvent des scènes où on ne fait rien d'autre que de marcher et avancer bêtement. De plus, pour un jeu aussi envoûtant et immersif, on regrette qu'il n'atteigne pas les 10H de durée de vie, même en prenant son temps pour admirer l'univers ou collecter les bonus. Mais on ne saurait être trop exigeant avec un premier jeu d'un petit studio indépendant. Il a obtenu le prix "Style Visuel Exceptionnel" aux Steam Awards 2019 et il le méritait.

Conclusion

Parce qu'on ne se lassera jamais des jeux de réflexion/plates-formes, genre trop peu exploité même s'il gagne du terrain, on vous recommande GRIS sans hésitation, malgré sa durée de vie un peu trop courte. Mais c'est avant tout et surtout pour sa puissance symbolique et onirique qu'il s'avère incontournable. GRIS est une aventure émotionnelle aussi douce que puissante qu'on dévore de A à Z sans aucune lassitude, avec un peu de difficulté au rendez-vous et quelques mécaniques de jeux innovantes.


Le grand charme de la gravité inversée.


Des bonus optionnels plus ardus à récolter.

Merci à mon ami Fémy pour ce cadeau.

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A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

    1 commentaires

    • dark_magician

      17/04/2021 à 15h21

      Répondre

      Mais de rien. Rien de tel qu'un jeu onirique et envoutant pour oublier un peu le confinement

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