Incarna - Un pas de plus pour la réalité virtuelle

Pour jouer à Incarna, il ne faut ni consoles, ni ordinateur, ni tablette, mais aller 25 rue du Petit Musc à Paris 4ème, au minimum à trois personnes. Qu'èsaquo ?

Incarna est un jeu qui se définit comme une aventure virtuelle en direct, ce qui semble assez peu précis et un peu abscon. En réalité, c'est assez simple, Incarna propose une session de jeu en réalité virtuelle (depuis les locaux d'Incarna, pas simplement depuis votre canapé), uniquement coopératif et d'une durée de 45 minutes. Il s'agit d'une véritable aventure, dans un univers science-fiction, où l'on doit explorer de nouveaux mondes qui ont été découverts. Une société cherche à recruter des explorateurs et l'aventure ici proposée sera un test d'aptitude pour vérifier notre capacité à visiter ces mondes. Je ne vous en dis pas plus, afin de laisser l'effet de surprise.

On y retrouve les mécanismes habituels des jeux vidéo : explorations, activations de mécanismes, de la réflexion, un peu d'énigmes, mais aussi de l'action via du tir contre des ennemis, avec un boss final et un bon niveau de tension. La sympathique originalité du concept, c'est la coopération. Il ne s'agit pas juste de jouer ensemble vers un même but et juxtaposant nos découvertes. La coopération conditionne totalement la progression. Ainsi, plus d'un lieu nécessite des actions synchronisées et coordonnées. La communication et la partage d'information pour progresser est dans le même ordre d'idée tout aussi fondamental. Bref, Incarna est un vrai jeu d'équipe.


Un vrai jeu de coopération.

Mais le plus intéressant n'est pas là. Ce qui nous intéresse c'est surtout la réalité virtuelle (VR pour les intimes) qui y est proposée. Petit rappel pour les néophytes : la réalité virtuelle consiste à porter un casque avec écran et détecteur de mouvement qui permet de voir un monde fictionnel - comme on a l'habitude avec le jeu vidéo classique - mais en utilisant naturellement son corps pour se mouvoir ; ainsi, si vous tournez la tête à droite, vous verrez ce qu'il y a à droite, en haut ce qu'il y a en haut, etc... Parallèlement, vous avez des manettes avec capteurs de mouvement dans les mains, qui permettant d'agir dans votre univers. Bref, au lieu de jouer devant un écran avec des boutons, vous êtes dans l'écran et vos mouvements de corps y sont reproduits. La VR, ça fait 20 ans qu'on en rêve, et cela fait quelques années qu'elle commence vraiment à exister, avec l'occulus rift, la playstation VR ou le casque HTC.

Peu abordable pour l'instant vu le prix exorbitant du matériel, et pas toujours bien maîtrisée par les développeurs tant elle nécessite de penser la création du jeu différemment, on ne peut pas dire que la VR soit encore très démocratisée. Elle suscite également quelques craintes pour la santé visuelle et aussi sur le mal des transports. Pourtant, la VR fait à l'évidence très envie sur le principe. Incarna tombe ainsi au bon moment pour nous faire profiter de la VR sans dépenser des fortunes et réconcilier avec elle ceux qui la craignent.


Explorations, activations de mécanismes, de la réflexion, un peu d'énigmes, mais aussi de l'action.


En attendant que le matériel soit abordable et que l'on puisse avoir les mêmes conditions de jeu dans un espace pensé exprès pour la VR que dans votre salon, avec Incarna, vous aurez une vraie et longue session de jeux avec des actions très diverses. 45 minutes, c'est une durée très respectable par rapport aux 5-10 minutes qu'on nous offre actuellement à droite à gauche dans les salons, parcs ou musées. On monte carrément d'un cran.

Côté vue et mal de cœur, on doit bien avouer que les développeurs ont fait un travail minutieux. Pas le moindre petit début de nausée ni de mal de crâne alors que les déplacements sont particulièrement nombreux, parfois rapides, qu'on arrête pas de gesticuler dans tous les sens, de se retourner, et tourner la tête de tous côtés, notamment pendant les scènes de tir. Les plus connaisseurs reconnaîtront toute l'astuce d'utiliser la téléportation pour se déplacer plutôt que de feinter un mouvement sans déplacement de l'oreille interne.

Incarna s'en retrouve ainsi être une aventure fluide, immédiatement immersive, et particulièrement conviviale. Les graphismes sont nets et soignés, et l'univers assez esthétiques. Le niveau de difficulté est quant à lui bien dosé, par une certaine exigence dans l'exploration, mais pas trop. De plus, un maître du jeu adapte le combat quand il est trop facile ou trop difficile.Cependant, les puristes trouveront des défauts : les combats mériteraient être plus variés, aussi bien en terme d'ennemis différents que de mécaniques permettant de les résoudre, et le côté huis clos est un peu dommageable alors qu'on dispose de la possibilité de créer de l'exploration infinie et des choses éblouissantes. Alors qu'Incarna pourrait s'éloigner largement du concept de l'escape game, il ne cesse de faire référence à son grand-frère.


Un huis clos un peu dommageable.


Bien sûr, ce dernier point est logique car le scénario indique que l'on passe un test pour pouvoir, par la suite, accéder à des planètes nouvelles, et donc, on le devine, croiser des ambitions plus grandes... mais pourquoi ne pas avoir commencé par le plus attrayant ? Qui veut passer un test d'astronaute alors qu'il pourrait commencer son odyssée directement sur la surface de la lune ?

Les concepteurs d'Incarna promettent que le jeu ne s'arrête pas là. En vrai jeu vidéo qu'il est, il disposera d'une suite à l'aventure, avec un deuxième épisode prévu en fin d'année... à supposer quand même que vous ayez réussi le premier. 

On sent bien qu'il s'agit encore d'un galop d'essai pour Incarna : il faut démontrer que le concept va intéresser un large public. Tant et si bien que les ambitions des concepteurs ont tendance à heurter le mur de la réalité, non virtuelle elle : par exemple, comment faire un nouvel épisode qui ne serait pas répétitif ? Comment rendre la partie hors jeu attrayante sans être trop exigeant ?

Autant de questions qui attendent leur réponse, et décideront certainement de la suite de ce beau projet. Beau projet car Incarna est réellement fluide et satisfaisant pour une rencontre entre amis. Mais attention, il faudra absolument se démarquer de la concurrence des escape games et peut-être penser que le client lambda est avant tout un joueur (ignoré ?) en puissance.

Prix : 35 € par personne.


45 minutes de jeu en VR.

A propos des auteurs

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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