8/10

Jack Keane - Test PC

Le pirate de l'année 2007 s'appelle Jack Keane. Ce jeune homme au prénom révélateur et au patronyme musical est invité à conduire sur son navire un agent secret britannique vers un île à l'appellation trompeuse, Tooth Island, en échange d'une soit-disant rétribution alléchante.

Dans l'univers tentaculaire du jeu d'aventure, il est plutôt délicat de succéder aux maîtres du genre, les incontournables Monkey Island, les premiers Broken Sword, ou les mémorables Runaway en tête. Surtout lorsque l'intrigue implique un pirate un tantinet loser, abandonné à peu près contre son gré sur une île paumée, et tentant de déjouer les plans d'un scientifique aussi diabolique que nouille (parfois). Le dernier jeu d'aventure reprenant avec plus ou moins de bonheur ces ficelles quelque peu classiques, So blonde (2008), mettait en scène le pendant féminin du fameux flibustier.


Le pirate de l'année 2007 s'appelle Jack Keane. Ce jeune homme au prénom révélateur et au patronyme musical est invité à conduire sur son navire un agent secret britannique vers une île à l'appellation trompeuse, Tooth Island, en échange d'une soit-disant rétribution alléchante. Bien sûr, le jeu serait bien vite bouclé si tout se passait comme prévu, et Jack aura tôt fait d'appliquer la sentence si chère à Mulder : « Ne fais confiance à personne. »

Malgré une intrigue qui au premier abord semble tenir sur un ticket de métro (déjà usagé qui plus est), l'histoire de Jack Keane se démarque au fil du jeu par ses divers embranchements, constellés de petites missions, de règlements de comptes, d'investigations, et de retournements de veste. A cela s'ajoute un éventail de personnages non joueurs particulièrement attachants (même lorsqu'ils sont têtes à claques), et dont la personnalité évidemment stéréotypée engendre des dialogues et des évènements souvent sur le fil de l'absurde. Certains de ces personnages secondaires farfelus ménagent d'ailleurs d'agréables surprises au cours de l'intrigue. On notera comme dans tout bon jeu d'aventure (et de pirates) qui se respecte, une tendance manichéenne plutôt marquée, avec notamment un Docteur T. au ricanement machiavélique un peu plus pénible que celui du Docteur Gang de l'Inspecteur Gadget. Malgré cette charmante facilité, on se promènera avec plaisir dans les très nombreux tableaux du jeu, en enfilant tour à tour plusieurs parures : celle de Jack évidemment, mais aussi celle d'Amanda, personnage féminin piquant quoique légèrement faire-valoir, mais aussi celle de personnages « surprenants » (mieux vaut les découvrir soi-même) affublés de contraintes « singulières ».


Très simple dans sa prise en main, le jeu se dirige avec une grande aisance, surtout pour les joueurs qui ne cliquent pas forcément plus vite que leur ombre. Les mouvements de caméra sont intelligents et judicieux, et induisent une circulation intuitive dans les divers paysages. Les transitions entres les tableaux s'opèrent naturellement, les déplacements alternent à notre guise entre marche et course, selon qu'on déambule dans les décors parsemés de petits détails, ou que l'on ait des objectifs urgents à remplir. Entièrement conçu en 3D  - par opposition à certains jeux d'aventure où seuls les personnages sont en 3D et les décors en 2D - Jack Keane bénéficie d'une maîtrise technique relativement à la hauteur de son intention : mettre en scène un monde cartoonesque dépaysant et confortable, tantôt chaleureux, tantôt (légèrement) inquiétant... et surtout amusant. Comme de nombreux jeux d'aventures, l'orientation vers le cartoon est traduite à grand renfort de perspectives déformées, de structures rondouillardes, de couleurs chatoyantes. Le travail sur les architectures est d'ailleurs détaillé, ciselé, et mis en valeur par une très belle lumière diffuse, presque évanescente par endroits (filets de soleil, halos éclatants constellés de poussières flottantes...). Seul bémol : malgré une modélisation 3D plutôt heureuse, le texturage est un peu trop souvent maladroit, évoquant parfois plus un papier peint ou un lino kitsch qu'une réelle matière comme la pierre, la végétation ou le bois. C'est pour ce détail-là que l'on a parfois tendance à préférer les décors 2D, qui donnent à coup sûr un cachet moins artificiel aux paysages. Néanmoins, on n'en tiendra pas trop rigueur aux concepteurs de Jack Keane, car ces textures pourtant peu engageantes côtoient étrangement des éléments de décors réussis et harmonieux : certains buissons et feuillages entièrement modélisés donnent une belle impression de luxuriance.

Les personnages, quant à eux, sont bien animés, présentent des expressions faciales maîtrisées, quoique manquant légèrement de personnalité graphique à l'instar d'un Guybrush Threepwood ou d'un Brian Basco. Physiquement, les designers semblent avoir allié des carrures réalistes à des traits très orientés vers le design Disney. Mais globalement, l'ensemble de la faune (au sens propre et figuré) est agréable à regarder, et s'intègre plutôt bien aux décors... malgré quelques bugs, qui restent heureusement peu nombreux.


L'atmosphère sonore est douce et discrète : quelques petits airs de flûte pour les scènes bucoliques jouxtent le gazouillis délicat des petits oiseaux et le frémissement des feuillages. Des morceaux légèrement jazzy et enjoués tapissent les scènes d'intérieurs, créant une ambiance décontractée et favorable à nos creusements de méninge. Les voix des personnages principaux (Jack et Amanda) en version anglaise sont plutôt sympathiques ; en revanche, on peut être agacé par les piailleries un peu stressantes et caricaturales des personnages malveillants (Docteur T. et Mrs Tatcherby en tête) Sans doute est-ce uniquement propre à la version anglophone aussi, mais même s'ils vivent sur une île de l'océan Indien loin de la Grande Bretagne, était-il utile de multiplier tous ces accents parfois incompréhensibles chez les personnages non joueurs ? Le melting pot des prononciations est très étendu (même si d'une certaine manière il contribue aussi à la richesse du jeu) : indien bien évidemment, mais aussi franchouillard, italien, opposition très marquée entre accent américain et britannique... Heureusement que les sous-titres sont présents, et qu'ils sont globalement assez fidèles à l'esprit des dialogues, ou nous serions probablement constamment dans le décodage.

Jack Keane ne ferait pas honneur à sa catégorie de jeu d'aventure s'il n'était pas un enchaînement d'énigmes hasardeuses, saugrenues et bien souvent inattendues. Mais le point positif (pour les néophytes ou les mous du bulbe) ou négatif (pour les grands habitués du point'n'click et les esprits torturés), c'est que les casse-tête obéissent presque tous à une logique simple, et se débloquent en général sans trop de difficulté. A quelques exceptions près, les nombreux objets que l'on empoche sont assez vite promis à d'ingénieuses combinaisons, et bien que certaines de ces combinaisons soient parfois improbables, leur utilité apparaît de manière aussitôt limpide dans notre intrigue. Pas d'énigmes vraiment paralysantes donc, sauf si l'on n'est pas trop bricoleur dans l'âme. Et comme dans tous les titres du genre, Jack est évidemment pourvu de poches à contenance infinie, et transporte parfois avec lui un inventaire impressionnant, pour ne pas dire démesurément encombrant. Amis collectionneurs monomaniaques, réjouissez-vous d'ailleurs : les décors très chargés en anecdotes ne sont pas de faux espoirs et uniquement de beaux tableaux contemplatifs : il y a effectivement une foule de machins et de bidules à ramasser sur son chemin, dont une majorité dans les boutiques, les marchés, et les maisons des particuliers bien sûr. De quoi satisfaire les plus matérialistes d'entre nous. Parmi cet attirail, l'œil avide et affûté se posera sur tous les objets, y compris ceux qui n'ont pas d'incidence directe avec l'intrigue... mais qui serviront à débloquer un lot de bonus très sympathiques. Pour ceux qui s'inquiètent de la gestion de leur stress, qu'ils se jettent dans l'aventure tranquillement : même si une bombe est sur le point d'exploser, ou que les « vilains » sont à deux orteils de le rejoindre, le personnage joueur a toujours largement le temps de réfléchir, de combiner l'ensemble de ses objets entre eux, et même de renouveler l'expérience plusieurs fois de suite. Pas de temps limité pour les énigmes, et pas de « quick time events » en vue... de quoi convaincre les derniers récalcitrants.


L'autre bonne surprise de Jack Keane réside dans sa durée de vie très honnête pour un jeu du genre : menée à bien au bout d'environ 15 à 20 heures, selon l'habileté (et l'habitude) du joueur, le périple est de surcroît bien rythmé et découpé en plusieurs chapitres plus ou moins équilibrés (sauf le premier et le dernier, allez savoir pourquoi). Malgré un ou deux éventuels petits bloquages sur une énigme, où bien souvent il nous manque juste un objet primordial dans nos expérimentations de petits chimistes-mécaniciens, on n'a rarement le loisir de s'ennuyer.  Les actions à effectuer, missions à accomplir, ou personnages avec qui discuter sont présents presque partout.

Si le scénario de fond ne verse pas dans une originalité décoiffante et rappelle sans hésitation ses prédécesseurs, il n'oublie pas d'y faire référence par ci par là. Et c'est là le petit plaisir bonus du voyage : essayer de déceler les clins d'œil disséminés dans les décors et les dialogues. On croise LA référence évidente à Monkey Island : ce ne sont pas des dents (!) qui peuplent Tooth Island et officient pour le Docteur T., mais bien des petits singes. Le nom de Monkey Island aurait d'ailleurs été plus approprié pour cette île, mais difficile de plagier le patronyme de l'île voisine sans se faire taper sur les doigts. Pêle-mêle, les références se bousculent tout en étant discrètes : Le seigneur des Anneaux, King Kong, Lost, Star Wars... et certainement beaucoup d'autres que vous découvrirez vous-même.

De par son déroulement foisonnant, ses personnages décalés et attachants, et son cachet visuel agréable, Jack Keane vient se ranger humblement auprès de ses grands frères sans avoir à en rougir. Là où d'autre jeux d'aventure déçoivent, celui-ci surprend agréablement, et devient presque « rentable » de par sa durée de vie appréciable. Malgré quelques petits bugs et défauts bien souvent inhérents au genre, il y a fort à parier que vous aurez vous aussi plaisir à partager la route de Jack, d'Amanda,  et même du Docteur T. Le petit pincement au cœur qui nous étreint, une fois que le dernier nom disparaît des crédits, est sans aucun doute le gage d'un jeu d'aventure qui tient ses promesses, et les nôtres dans son sillage.

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