7/10

KONA - Test PC

Avec son titre étrange au lettrage un peu vieillot, le jeu KONA nous emmène dans une aventure pittoresque et progressivement prenante.

Rien qu'en démarrant l'histoire, au volant d'une vieille Chevrolet, au son d'une petite musique aux airs country, en écoutant un doucereux narrateur à l'accent québécois, on se dit déjà qu'on n'a jamais rien vécu de tel dans un jeu vidéo. Au passage, c'est une petite leçon pour tous ces éditeurs et développeurs français (et pas des moindres) qui ne prennent plus la peine de mettre des voix françaises dans leurs jeux. Derniers exemples en date, Space Hulk : Deathwing, et le prochain Call of Cthulhu dont il n'est pas même sûr qu'il y aura les voix en français ! Et que l'on n'invoque pas le prétexte des moyens : KONA a été fiancé au participatif sur Kickstarter. Bref, pour ça, les Québecois auront toujours une longueur d'avance sur les Français. Donc, vous l'aurez compris, ne mettez pas les voix en anglais. Il est trop génial cet accent !

Autre originalité de taille, l'aventure se déroule dans le Nord Québec des années 1970, au coeur d'un hiver glacial que seuls peuvent connaître certaines parties du monde. C'est du - 40° C là-bas les enfants. Pas le - 5° C des petites chochottes que nous sommes. Et le jeu est là pour nous le faire sentir. Car s'il y a une dimension enquête assez présente, il y a une autre partie survie tout aussi importante. Il ne s'agit pas de dézinguer monstres après monstres, il s'agit de combattre un seul ennemi : le froid. Notre personnage, le détective Carl, devra donc ainsi, au fur et à mesure de ses déplacements et recherches, ne pas mourir de ce froid. Et ce froid, bon sang, on a presque l'impression de le sentir. Tout ce blanc à perte de vue, où que se pose le regard, ce vent strident qui siffle à nos oreilles, le crissement de nos pas dans la neige d'un réalisme saisissant, le bruissement des feuilles d'innombrables arbres argentés, quel travail ! Quel travail époustouflant sur l'univers graphique et sonore !


La caverne de glace : ma phase préférée avec la piste forestière de nuit en moto-neige.

Une grande partie, et peut-ête bien la plus plaisante, consiste ainsi à dénicher des feux de camp, des cabanes, des allumettes, des allume-feux, des bûches, tout en respectant les limites d'un inventaire contraignant, réalisme minimum oblige. Il y a de la sorte une bonne partie d'exploration, où l'on suit divers indices, comme des traces de pattes de loup, des morceaux de glace bleu azur, des cartes au trésor dessinées par un enfant ou les indications écrites de certains personnages.

Les développeurs, sans surprise, ne se privent pas, et ne nous privent pas, de poursuivre une partie de cette aventure glaciale la nuit. Autant vous dire que l'oppression déjà montante monte à son paroxysme... On n'y voit rien à plus de 2-3 mètres et l'on ne peut se fier qu'à des poteaux-repères de gardes forestiers ou à quelque infime et lointaine source de lumière.

L'autre partie enquête du jeu, certes moins originale, permet de porter cet aspect survie unique qui ne se suffit pas à lui seul. Alors que Carl vient à la requête d'un riche industriel mal aimé, voilà qu'il le trouve mort à son arrivée. Entre diverses phases extérieures, nous avons ainsi à explorer des bâtiments variés afin de trouver des réponses. Cela donne un peu de point'n click à la clé, de l'association d'objets, deux-trois vraies énigmes mais pas plus (ce n'était pas trop le but), un peu de lecture de documents et de l'exploration pour trouver des cachettes, notamment une magnifique planque dans une caverne de glace. Cette partie aventure prend bien, même si elle peine un peu à démarrer et à nous tenir en haleine au départ.


Ne pas taper le loup, soyez plus subtils

C'est que les commandes ont été un peu loupées : impossible d'utiliser la souris pour actionner les objets du décor. C'est "E" et point barre. Quel manque de maniabilité ! Et dans les options, on ne peut sélectionner qu'une autre touche du clavier en remplacement, pas le bouton gauche de la souris. C'est un peu paradoxal pour un jeu en partie point'n click de cliquer avec une touche de clavier... Dans le même ordre d'idée, l'accès à l'inventaire n'est pas très pratique. Il y a bien une touche pour accéder à un opportun journal mis à jour au fur et à mesure de nos découvertes, mais rien pour accéder aux documents, ni à l'équipement, ni aux consommables. Avec "I", on accède à l'inventaire général, mais pas plus. Ce fut souvent assez lourd et gâchait un peu en fluidité, et par voie de conséquence en immersion. Il m'est même arrivé de paumer un objet pourtant important par inadvertance ! L'horreur ! J'ai passé 20 minutes à le retrouver... 

On regrette également de ne pas avoir eu la possibilité de placer des marqueurs sur la carte. Si le jeu marquait automatiquement la plupart des découvertes, certaines restaient invisibles (comme l'emplacement de certaines pierres à soulever avec un pied de biche qu'on n'avait pas encore).

Autre loupé, d'importance plus majeure, c'est le moment de l'arrivée de la nuit. Il se déclenche après l'exploration de la caverne de glace. Pour peu que vous n'ayez pas fini certaines parties et quêtes annexe de la carte (et ce fut mon cas malheureusement), la nuit se déclenche alors bien trop tôt. Il me fut ainsi impossible de résoudre l'énigme du projet secret qui nécessitait une luminosité globale. Dommage... Conclusion : explorez cette caverne le plus tard possible.


Un peu de point'n click.

Pour autant, mis à part la problématique de la nuit, on se fait à ces commandes un peu bancales, car l'histoire devient assez captivante. La dimension surnaturelle que les développeurs ont ajoutée, et fondée sur le folklore amérindien, avec des visions du passé particulièrement bien menées où le joueur est en prime un peu actif, ajoute encore une touche d'unicité qu'on n'attendait pas.

Et je dois bien avouer que la dernière heure de jeu, avec le moto-neige dans les pistes forestières, et une course-poursuite finale assez angoissante conclut habilement l'aventure, le tout avec une durée de vie très honnête autour de 15-17H.

Conclusion

KONA est une expérience assez unique au plan de l'univers choisi, et de l'association originale d'une dimension survie contre le froid avec une enquête sur un(des) meurtre(s), le tout dans le Nord du Québec, avec en toile de fond un conte amérindien. Particulièrement bien réussi sur l'immersion graphique et sonore, KONA souffre néanmoins d'un système de commandes un peu lourd et de temps de chargement un peu trop fréquents.

On salue au passage les quelques références aux massacres des Indiens d'Amérique, que des historien(ne)s de plus en plus nombreux qualifient de génocide. À ma connaissance, c'est le seul jeu vidéo à traiter cette thématique. Et pourtant, les Indiens ont semble-t-il beaucoup moins souffert au Canada qu'aux Etats-Unis.

Informations complémentaires

- 6 unités de sauvegarde indépendantes - très bien

- sauvegarde automatique près d'un feu ou à certains points clés

- pas de possibilité de refaire le jeu sans tout recommencer - dommage

- voix françaises (à ne pas manquer) ou anglaises - on a déjà dit tout le bien qu'on en pensait

- commandes partiellement modulables dans les options

- le lac Atâmipêk où se déroule l'histoire est fictif, mais les développeurs ont précisé sur le forum qu'ils le situaient à 100 km au nord de Chibougamau, ce qui est quand même pas mal au nord.

Conseils de jeu

- N'explorez la caverne de glace qu'en dernier, et assurez-vous d'avoir accompli au préalable toutes les quêtes annexes (collecte des talismans, prise de tous les clichés, découverte de toutes les cartes au trésor etc...) 

- Ne buvez ni ne fumez, sinon vous loupez des succès steam

- Consultez très régulièrement la carte

- Prenez un maximum de photos pour remplir le journal

- Lisez régulièrement le journal, il dit souvent ce qu'il reste à faire

- Suivez toutes les traces de loup, dans les deux directions (où elles vont et d'où elles viennent - elles disparaissent sur la route, mais réapparaissent de l'autre côté)

- Ne tirez pas sur les loups, donnez-leur juste ce qu'ils attendent

- Ce que vous stockez dans la voiture se stocke automatiquement dans le moto-neige, pas besoin de transvaser, c'est bien pratique

- Gardez en réserve le 3ème paquet de dynamite, il sert ailleurs qu'à la caverne de glace

- En cas de vrai pépin, le forum de la communauté steam est assez fourni et les développeurs prompts à vous répondre en français ou anglais. Il fourmille également de guides.


Puis vint la nuit...

 

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