9/10

L.A Noire - Test

Très attendu pour cause de studio emblématique, de campagne promo intensive et contexte historique propre à magnifier une des plus belles époques du polar américain, L.A Noire est un titre qui en impose par son ambition à vouloir plonger le joueur au cœur d'une expérience comparable avec la lecture d'un bon roman Hard-Boiled : comment et pourquoi Team Bondi tire allègrement son épingle du jeu.

Los Angeles, 1947. Cole Phelps, jeune vétéran de la Seconde Guerre mondiale, choisit de s'enrôler dans les forces de police et intègre le L.A.P.D (Los Angeles Police Department).
Commençant par battre le bitume en tant que simple agent, sa réactivité, son courage et un certain flair lui permettent rapidement de gravir les échelons au sein de diverses brigades avant de joindre le département des homicides et de se trouver confronté à une série de meurtres particulièrement atroces.


Cole Phelps commence sa carrière de représentant
de l'ordre. Des débuts plutôt musclés !
Avec L.A Noire Rockstar Games prouve à nouveau son immense talent et sa capacité à user comme personne d'un environnement open world, là où d'autres se contentent péniblement de décliner sans grande imagination les codes mis en place par le studio depuis GTA III. En effet Rockstar a toujours eu à cœur de mettre la narration au centre d'univers particulièrement crédibles prenant leurs racines dans le terreau du film de genre, tout en veillant à ne pas faire du "film interactif", mais bien du pur jeu vidéo (sous influence). Et là où, encore une fois, d'autres se satisfont généralement de reprendre le canevas du gangster qui trace sa route vers le sommet à grands coups de fusil-mitrailleur, Rockstar va puiser son inspiration dans les genres les plus emblématiques de la culture populaire, au sens planétaire du terme, pour mieux créer des softs uniques et d'une richesse, tant sur le plan scénaristique que sur celui du plaisir de jouer, qui font d'ores et déjà date.

Hier c'était donc le film de gangster avec GTA, le western avec Red Dead Redemption et aujourd'hui le film noir et la littérature hard-boiled avec L.A Noire.


Le L.A de la fin des années 40 comme si vous
y étiez.
En effet si le visuel de L.A Noire rappelle automatiquement les films noirs des années quarante (un détail amusant au passage : on peut activer une option - moyennement convaincante cela dit - pour jouer en N&B), le scénario renvoie lui directement à l'œuvre de James Ellroy, et notamment au quatuor de L.A.(Le Dahlia Noir - auquel il est clairement fait référence dans le jeu puisqu'on est en plein dans la période qui suit le meurtre sauvage d'Elizabeth Short -, L.A Confidential, Le Grand Nulle Part et White Jazz), que ce soit pour le background ou la psychologie à la fois brute et complexe des protagonistes qui peuplent cette cité des anges plus glauque, violente et décadente qu'il n'y paraît sous son soleil de carte postale. Car L.A. en 1947 c'est le commerce de la drogue en plein essor, une industrie cinématographique qui profite sans vergogne des jeunes filles les plus naïves, une police et un gouvernement corrompus à tous les niveaux, une pègre toujours plus gourmande et violente, et des milliers de soldats démobilisés cherchant à se réintégrer dans la vie civile après avoir vécu les horreurs de la guerre.

 


Encore une victime innocente. Quelqu'un va devoir
payer !
La grande force du studio australien Team Bondi (qui a développé le jeu pour Rockstar) est d'avoir su garder ce qui faisait la force des précédents titres de Rockstar North, à savoir un environnement ouvert (une reconstitution du L.A. des années de l'après-guerre qui force l'admiration tellement le sens du détail y est poussé et tellement la ville est immense), la possibilité de s'y déplacer librement et d'y trouver tout un tas d'à-côtés sympas (des objets cachés à collecter, des costumes à débloquer), tout en installant une nouvelle façon de conter une intrigue prenante. Car dans L.A Noire, et bien que l'on puisse librement explorer la ville, on est rapidement pris par le fil des affaires qui se succèdent et la façon dont elles sont mises en scène, et on a donc tendance à ne jamais s'éloigner trop du fil des enquêtes.
Dans l'absolu la progression suit toujours à peu près le même schéma : on arrive sur le lieu d'un crime, on étudie le cadavre (de très près - âmes sensibles s'abstenir) et la scène de crime pour collecter des indices (une musique d'ambiance se fait alors entendre, ainsi que sur tous les lieux où l'on effectue des recherches significatives ; quand elle s'arrête c'est que tous les indices ont été récoltés, et pour ceux qui trouveraient que cela rend les choses trop faciles, sachez qu'une option permet de se passer de cette aide), et toutes les infos un tant soit peu dignes d'importance sont consignées dans un petit carnet qui sera le meilleur ami de l'enquêteur.
Comprenez par là que non seulement ce petit livret permettra au joueur de garder en mémoire les éléments capitaux, mais aussi de marquer les endroits où continuer l'investigation (endroits où l'on pourra se rendre soit en prenant soi-même le volant, soit en laissant un coéquipier conduire - ce qui est bienvenu quand on n'a pas envie de se taper plusieurs kilomètres de route). Il s'agira ensuite de questionner divers témoins ou suspects impliqués dans l'affaire en cours, et c'est là qu'intervient le principal élément d'intérêt de L.A Noire : les interrogatoires.


"You got nothing on me detective !"
Le joueur va en effet se retrouver très souvent à poser des questions à des individus dont il devra décider s'il disent la vérité, omettent certains détails, voire mentent purement et simplement. Dans le premier cas la personne interrogée sera mise en confiance et on passera à la question suivante, dans le second certains personnages mal à l'aise pourront révéler après coup des détails qu'ils rechignaient à lâcher, et en cas de mensonge éhonté il faudra pouvoir prouver grâce aux indices consignés dans le carnet que c'est du gros bullshit.

L'important ici est que l'on peut mettre à côté de la plaque à tout moment et passer à côté d'infos essentielles, ou au contraire accélérer l'enquête, pour peu que l'on décode correctement les réactions des interrogés. Et là le jeu marque un gros point, car la modélisation faciale des acteurs a été le centre de toutes les attentions, nécessitant l'utilisation d'un procédé appelé Motion Scan utilisant pas moins de 32 caméras HD pour filmer chaque visage. Résultat, aucun tic, aucun déglutissement, aucun mouvement musculaire n'échappe au regard, une performance assez incroyable qui fait que jamais auparavant l'on avait assisté à un rendu aussi unique et réaliste d'un faciès humain et de toute la gamme d'émotions que l'on peut lire dessus. Un travail remarquable donc, bien que souvent il devient un peu trop évident de déterminer si l'on a en face de soi quelqu'un de bonne foi ou non à cause d'expressions trop appuyées, sans doute pour que le jeu reste accessible à tous. Pas besoin donc d'avoir les talents de physionomiste de Tim Roth - alias le docteur Cal Lightman - dans la série Lie to Me, même si dans certains cas il n'est pas toujours évident de savoir séparer le bon grain de l'ivraie. Quoi qu'il en soit à la fin d'un interrogatoire le scénario suit invariablement sa progression, mais du nombre de bonnes réponses obtenues suite à une intuition efficace dépendront des points d'XP attribués (points que l'on obtient également en résolvant des délits et en découvrant des objets et monuments cachés) qui, à chaque passage de level, donneront au joueur un point d'intuition. Il est possible de stocker jusqu'à cinq de ces points et ils peuvent ensuite être utilisés sur une scène de crime ou lors des phases d'interrogatoire. Dans ce cas là une possibilité de choix incorrecte parmi le triptyque vérité/doute/mensonge sera retirée et une preuve inadaptée sera rayée en cas d'accusation.
Un mandat n'est pas toujours nécessaire...
On pourra aussi faire appel à la communauté des joueurs sur le net pour savoir quelle décision a le plus souvent été prisée dans tel ou tel cas de figure. Attention cependant, chaque point d'intuition est à usage unique. Pour en regagner il faudra passer au level suivant.

Il est aussi bon de noter que certains événements auront ou n'auront pas lieu lors de la partie selon qu'un interrogatoire s'est déroulé de façon plus ou moins réussie, de même que décider d'aller enquêter sur tel lieu plutôt qu'un autre pourra également modifier dans certains cas le déroulement de l'intrigue.

La qualité d'écriture de l'histoire ainsi que l'interprétation sans failles des acteurs qui prêtent leurs visages et leurs voix aux protagonistes de L.A. Noire (mention spéciale à Aaron Staton, connu pour son personnage de Ken Cosgrove dans la série Mad Men et qui incarne ici Cole Phelps, ainsi qu'à Andrew Connolly dans le rôle de croisé moraliste du capitaine Donelly, proprement génial !) font qu'en tout cas on se prend très vite à ce jeu d'enquêteur virtuel et qu'on suit chaque nouvelle affaire comme un savoureux chapitre de roman policier, et quelques intrigues parallèles (notamment une concernant le passé de Cole) achèvent de faire de L.A Noire une petite merveille de narration vidéo-ludique.


Tout le respect du roman noir est là.
Histoire de ne pas rester inactif non plus entre toutes ces phases d'investigations et de remue-méninges, on passera aussi par des moments plus musclés, comme la course-poursuite (à pieds ou en voiture) de marlous à la conscience pas tranquille, quelques rixes où il faudra jouer des poings, ou encore la possibilité de choisir de répondre à un "appel à toutes les unités" dans le but d'appréhender des braqueurs, des maris jaloux, des fêlés du bulbe et que sais-je encore, qui ont généralement tous en commun d'être armés et de ne pas hésiter à essayer de vous truffer de plomb. Des moments un peu anecdotiques et un brin répétitifs que l'on pourra choisir de considérer comme essentiels ou non puisqu'une option permet de les zapper en cas de trop d'échecs successifs - une option en définitive assez inutile car il n'y a pas vraiment de difficulté à compléter ces passages - mais ça a au moins le mérite d'apporter un peu de variations au jeu.

Tout réussi qu'il soit, L.A Noire n'est pourtant pas exempt de petits défauts dus au moteur graphique du jeu, notamment en ce qui concerne la maniabilité de Cole ou des véhicules lors des séquences de course-poursuite, où une physique parfois capricieuse enverra inutilement le joueur dans le décor, lui faisant ainsi perdre un temps précieux au point de devoir souvent recommencer la séquence (bon point cependant, la dite séquence reprend à partir du moment le plus proche de la dernière phase de chasse et les temps de chargement sont assez courts, donc pas de quoi jeter sa manette par la fenêtre).


Cole Phelps, ou comment rester intègre dans
la fosse à purin.
Mais que ces menus impairs ne vous freinent pas si vous êtes amateur de jeux à l'ambiance mature et aficionado de polars. Après six ans de dur labeur Team Bondi livre une copie plus que convaincante qui nous entraine une bonne vingtaine d'heures au minimum dans les méandres fascinantes d'un Los Angeles des années 40 impressionnant de réalisme et sur fond de bande sonore, comme d'habitude avec Rockstar, qui a fait l'objet de toutes les attentions. Enregistrée dans les mythiques studios d'Abbey Road, la B.O comprend en outre 32 classiques du jazz de l'époque où on retrouvera entre autres des noms aussi célèbres que Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Billie Hollyday, Dizzie Gilespie, Thelonious Monk...bref, du beau linge comme on dit.
L.A Noire
c'est donc du tout bon et la preuve, s'il en fallait encore, que dans son domaine Rockstar domine toujours tout le monde de plusieurs têtes.

PS : profitant de la parution un peu tardive de ce test, nous en profitons pour rajouter ici les contenus téléchargeables que Rockstar mettra en ligne d'ici à juillet.

C'est donc quatre nouvelles enquêtes, deux costumes et un challenge supplémentaire qui seront bientôt dispos, et Rockstar met en place un système de passe (le Rockstar Pass !) permettant jusqu'au 14 juin de bénéficier de l'ensemble de ces contenus à moitié prix (soit 9.99 € sur le PSN et 800 MP sur le XBLA). Bien entendu, ces suppléments pourront également être récupérés de façon individuelle.

17 mai - Chicago Lightning Detective Suit (réservé aux membres Social Club)
31 mai -
L.A. Noire Rockstar Pass (offre en temps limité) (9.99 € / 800 MP)
31 mai - "
The Naked City" DLC case (3.99 € / 320 MP)
31 mai - "
A Slip of The Tongue" DLC case (3.99 € / 320 MP)
31 mai -
Broderick Detective Suit and Gun (0.99 € / 80 MP)
31 mai -
Sharpshooter Detective Suit and Gun (0.99 € / 80 MP
31 mai -
The Badge Pursuit Challenge (1.99 € / 160 MP)
31 mai -
Chicago Piano Machine Gun (gratuit pour la communauté)
14 juin -
L.A. Noire Rockstar Pass (prix standard) (11.99 € / 960 MP)
21 juin - "
Nicholson Electroplating Disaster" DLC case (3.99 € / 320 MP)
12 juillet - "
Reefer Madness" DLC case (3.99 € / 320 MP)

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13 commentaires

  • Plax

    25/01/2011 à 08h21

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    Bah dis donc, c'est pour bientôt...je suis pressé de voir ce que ça va donner. En espérant que ce ne soit pas un vulgaire GTA version Mafia.http://jeux-video.krinein.com/la-no ... 14929.html

  • Ric_Pantera

    25/01/2011 à 11h02

    Répondre

    Je pense pas, le gameplay est sensé être basé sur des enquêtes, et même si il y aura surement des scènes d'action ça ne devrai pas être le cœur du jeu.
    J'ai bon espoir pour que ce jeu soit une grosse tuerie tant graphique qu'au niveau de l'expérience proposée, un peu à la manière de Heavy Rain.
    En tout cas ça sera forcément original.

  • Plax

    13/02/2011 à 17h42

    Répondre

    La vache, ça a l'air vraiment génial. Les expressions des personnages sont criantes de réalisme...ENORME !http://jeux-video.krinein.com/la-no ... 15114.html

  • Penthesilea

    19/03/2011 à 11h37

    Répondre

    ça a l'air drolement bien ficelé et ça fait vraiment envie...on va attendre la sortie et le test sur Krinein avec impatience !!

  • Oxido

    31/03/2011 à 20h58

    Répondre

    Rockstar est encore bien parti pour nous mettre une belle claque avec ce titre qui s'annonce du tonnerre !

    Il sera mien =)http://jeux-video.krinein.com/la-no ... 15595.html

  • gyzmo

    31/03/2011 à 21h54

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    Le 20 mai, ça va arriver vite !

  • Penthesilea

    08/04/2011 à 11h58

    Répondre

    ils sont sadiques ou quoi chez Rockstar Games, ils veulent nous faire crever d'envie en attendant la sortie ???http://jeux-video.krinein.com/trail ... 15697.html

  • Guillaume

    20/06/2011 à 18h33

    Répondre

    Le jeu est vraiment excellent. Une immersion totale et bien foutue : l'animation facile y est pour beaucoup, ainsi que la reconstitution des décors d'époque.
    C'est très prenant. Mais, et ce sera bien la seule faute note, les interrogatoires ne proposent pas assez de choix. En plus de deviner si quelqu'un ment ou dit la vérité, on aimerait pouvoir un peu mieux choisir les détails à évoquer.
    Partir des indices pour générer les questions plutôt que l'inverse serait un plus appréciable : parfois on ne sait pas trop à quoi relier un indice, alors qu'en en faisant mention à l'interrogé, on parie qu'il y aurait des détails.http://jeux-video.krinein.com/test- ... 16199.html

  • Plax

    20/06/2011 à 20h01

    Répondre

    Je suis en train de le commencer là...pour l'instant c'est plutôt pas mal !

  • jazzme

    21/06/2011 à 15h52

    Répondre

    Déjà finit, en prenant mon temps, au final le jeu est bon, dans le fait que c'est un réelle découverte en terme de gameplay avec les enquêtes mais aussi en terme de graphisme. Toutefois je n'ai pas envie d'y rejouer pour avoir les enquêtes à 100% de réussite.

    Finalement j'attends le prochain jeu de TeamBondi, car leur connaissance en facemotion, s'est transformé en .. Bodymotion

  • Plax

    21/06/2011 à 16h43

    Répondre

    Comme tu dis, ça a le mérite d'être innovant !

  • Plax

    17/07/2011 à 22h23

    Répondre

    Je viens de le terminer ! Une tuerie !

  • OuRs256

    19/07/2011 à 10h16

    Répondre

    Plax a dit :
    Je viens de le terminer ! Une tuerie !


    T'as plus qu'à me l'envoyer maintenant

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