5.5/10

Life is Strange 2 : Épisode 4 - Test PC

Après un épisode 3 tiède et aseptisé, Life is Strange 2 est revenu le 22 août dernier avec son avant-dernier épisode. Du mieux, mais le jeu tombe dans un nouvel écueil.

Ainsi qu'il en était entre les épisodes 2 et 3, nous atterrissons dans le 4 deux mois après la fin du précédent, à l'hôpital ce qui est somme toute logique. Cette fois, heureusement, plus trop besoin de passer trop de temps à feuilleter le journal pour savoir ce qu'il s'est passé pendant ces deux mois et on peut rentrer tout de suite dans l'avancée de la narration. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a de nouveau un certain dynamisme et certains choix intéressants qui reviennent, à l'instar de l'épisode 2. Grâce à eux, l'envie de tenter les autres options et donc de rejouer revient enfin.

Ce retour à l'essence de ce qui fut le jeu se savoure d'autant plus qu'il dure jusqu'à la fin, avec une ou deux scènes d'une intensité assez prononcée. Il est aussi largement aidé par la reprise, enfin, de cette fameuse ligne directrice qui nous tient un peu en haleine depuis le début et dont je vous parlais dans mon dernier test, à savoir à savoir le mystère qui plane au-dessus de la mère abandonnique des deux garçons. Si on est certes un peu déçu par le contenu et les dialogues finalement proposés, toujours trop aseptisés et elliptiques, on est content quand même de revenir sur ce sujet.


On démarre en toute logique à l'hosto, partie finalement la plus intéressante..

La vrai déception est finalement ailleurs. Plus on avance dans Life is Strange 2, et plus on a l'impression, au cours de cette sorte d'Odyssée de Sean et Daniel, de lire un manifeste de dénonciations des problèmes sociétaux plus ou moins propres aux Etats-Unis, et présenté sous la forme d'un espèce de catalogue, chaque épisode traitant un ou deux thèmes chacun. Racisme anti-latinos, alcoolisme, enfance maltraitée, trafics de drogue, exclusion sociale d'une partie de la jeunesse, fanatisme religieux. Ce catalogue dérange à plus d'un titre. D'abord, parce que le traitement de tels sujets, s'il peut avoir sa place dans une oeuvre et l'ont d'ailleurs presque toujours, est censé servir l'oeuvre et non l'inverse. Si l'oeuvre tombe dans le travers de se mettre au service d'un sujet à dénoncer, alors elle n'est plus une oeuvre et devient seulement une brochure d'information. C'est ce que vous attendez d'un jeu vidéo ? Moi pas. Vous me direz, Life is Strange a dénoncé le harcèlement scolaire. Certes, mais justement, là, le sujet servait l'oeuvre, pour des raisons concrètes relativement simples, à savoir que le sujet s'inscrivait dans l'histoire de Max et Chloé dans la durée, que le personnage de Kate avait été longuement travaillé et que son histoire avait toute une cohérence avec l'histoire de Max.


Une scène qu'on attendait mais un peu trop aseptisée.

Dans Life is Strange 2, les thèmes s'enchaînent trop vite, les uns à la suite des autres, ils sont trop survolés et superficiellement traités, ils arrivent comme des cheveux sur la soupe et ça donne ainsi une impression de catalogue qui ne nous touche plus.

Ensuite, l'autre écueil, c'est que nombre de ces sujets s'inscrivent dans les particularités de la société américaine, bien éloignée de la nôtre et de bien des joueurs-euses d'autres pays. Comment appréhender le racisme anti-latinos si on ne sait pas ce qu'est la notion de WASP, que les droits civiques américains ont été écrits et initialement réservés aux WASP, qu'il y a eu une ségrégation blancs-noirs (c'est-à-dire la séparation des services selon qu'on était blanc ou noir, comme en Afrique du Sud) et que cinq Etats américains appartenaient au Mexique fin XIXème ? Si on ne sait pas tout ça, on se dit juste, devant les quelques scènes de racisme inutiles et gratuites du jeu, bouh c'est moche le racisme, mais on n'aura aucune réflexion sur ses racines et la façon d'en venir à bout.

Idem avec la question du "sectarisme" religieux ici abordé dans cet épisode. Pour qui a écouté quelques reportages sur les sectes, on a entendu les gens évoquer, antre autres, les sommes faramineuses qu'ils se faisaient extorquer, en dizaines voir centaines de milliers d'euros. Dans cet épisode, le groupe dont il est question n'a pas grand chose d'un spoliateur financier professionnel même s'il grappille quelques sous. Avoir parlé de secte dans les traductions n'était donc franchement pas très approprié. Il aurait mieux valu présenter la chose sous la forme du fanatisme religieux pur et dur, plutôt que de mélanger les genres. Et pour en revenir à ce que je disais à propos du racisme à l'américaine, on aura tout autant de mal à appréhender cette nouvelle thématique si l'on ne sait pas ce qu'est le puritanisme américain protestant, avec toutes ses contradictions (exemple : celle de ceux qui condamnent la présence d'une clope dans un film, mais pas les scènes de sexe tapageurs... allez comprendre) .

Bref, il aurait fallu approfondir le sujet pour nous toucher. Là ça ne prend pas car c'est survolé et noyé dans une masse.

Au final, on ne s'ennuie heureusement pas comme on s'est ennuyé dans l'épisode 3, et on a quand même envie de connaître la fin de l'histoire. Mais ça ne va pas beaucoup plus loin.


Brochure anti-fanatisme religieux.

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

    3 commentaires

    • dark_magician

      14/10/2019 à 13h34

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      DONTNOD a peut-être davantage créé le jeu pour les américains.
      d'ailleurs le premier LiS a très bien marché aux usa.
      Pour le moment je n'ai joué qu'au premier épisode, j'ai apprécié cet épisode mais quelque chose m'a interpellé. Dans la scène où un raciste soupconnait les frères Diaz de vol de nourriture, on avait le choix entre s'expliquer, s'échapper ou le frapper. j'ai choisi la discussion, je voulais prouver l'honneteté de Sean, j'avais payé la nourriture mais il a fini par être frappé et ligoté dans la station service. Si on choisit de s'échapper, qu'est-ce que Sean finirait quand même par être frappé et ligoté ou les frangins s'enfuiraient avec l'aide de Body ? Je signale que ce choix important ne figure pas dans les stats à la fin de l'épisode.

    • Islara

      01/11/2019 à 08h28

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      Question intéressante. De mon côté, je n'avais pas de nourriture et j'ai quand même fini avec Sean ligoté. ^^' Donc je suppose que, quoi qu'on fasse, il finisse ligoté et c'est peut-être pour ça que ce choix ne figure pas dans les statistiques de fin d'épisode.

    • dark_magician

      08/12/2019 à 16h28

      Répondre

      Avant d'entamer le dernier épisode de LIS 2 qui vient de sortir, j'avais plutôt une mauvaise opinion du jeu . Je suis d'accord avec toi quand tu dénonces le travers de cet épisode , un catalogue des problèmes sociétaux américains qu'on survole. Ce qui m'a le plus dérangé , ce sont des scènes de racismes totalement gratuites et qui ne servent en rien à l'hsitoire de Sean, à part de s'acharner bétement sur son sort et l'humilier. Il a déjà vécu le racisme dans l'épisode 1 , à la station service et là il est réveillé par 2 gus surgits de nulle part, en plein milieu du desert vers 4 ou 5h du matin. On assiste à une scène d'humiliation completement inutile. Je trouve que le scénariste pêche par facilité pour créer des scènes de tension.
      Autre chose qui me dérange , c'est le système d'éducation de Daniel , je trouve ce système de choix Moralité/Fraternité trés sommaire et je me suis retrouvé dans des situations absurdes. J'ai tout fait pour être proche de Daniel et l'empêcher d'utiliser son pouvoir à mauvais escient. Je voulais qu'il s'en sert dans un but constructif. Je l'ai par exemple éviter de tuer le puma ou faire des farces à d'autres. Mais ça n'a pas suffit, je me suis retrouvé avec un daniel franchement "dark" à la fin de l'épisode 4, il voulait carrément tuer la révérende. DONTNOD nous dit qu'il n'y a pas de mauvais choix, mais comment explique t-il la trasformation négative de Daniel ? C'est moralement douteux de nous imposer ce choix (soit c'est daniel qui tue , soit c'est Sean) alors que j'ai fait de mon mieux pour qu'il reste quelqu'un de bien. C'est vraiment incohérent d'en arriver à ça et je l'ai reproché au studio sur facebook.

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