8.5/10

Longest Journey (The) - Test

Lire le test de The Longest Journey

Allez ! Pour commencer cette nouvelle année dans la joie et la bonne humeur, pourquoi ne pas reparler de ce bon vieux The Longest Journey, hein ? Oui, je sais. Ce n'est pas très pertinent de proposer la chronique d'un jeu d'aventure "tout à la souris" qui date de décembre 1999, mais en attendant la sortie de sa suite Dreamfall, prévue pour ce printemps 2006 (youpi, youpi, youpi, youpi...), je me suis dit qu'un flash-back un peu nostalgique de ce petit chef-d'oeuvre FunComien pourrait être sympa, non ? Ahem. Bon...

Tout d'abord, il faut savoir que peu de personnes auraient misé un copeck sur ce jeu tellement les développeurs étaient peu connus et la publicité faite autour a été modérée. Aussi, lorsque cette création a débarqué sur le marché et que les joueurs ont été confrontés aux qualités du titre, l'émerveillement a illuminé de nombreux visages (à ce stade de la critique, je dois vous confier que j'appartiens aux allumés graves qui ont été complètement ensorcelés par The Longest Journey, lequel reste à mes yeux, le meilleur jeu d'aventure pc de tous les temps... et je ne porte pas de lunettes, ça explique peut-être mon aveuglement aussi...). Enfin, bref ! Le jeu commence à la manière d'un joli conte pour bambins...

Au coin d'un chaleureux feu de cheminée, une petite mamette rabougrie raconte à ses petits-enfants comment la jeune April Ryan, aka la Passerelle, a dû se révéler aux yeux de tous pour rétablir l'Equilibre antique entre Stark et Arcadia, les deux mondes jumeaux en permanence titillés par le vilain Chaos. Un générique s'ensuit, sur une orchestration musicale chargée d'émotions. Puis c'est au tour de la cinématique d'introduction toute en images de synthèses de nous plonger dans le curieux songe d'April. Un songe... qui n'en est pas un ! La Passerelle... heu pardon... April ne le sait pas encore mais elle vient d'ouvrir malgré elle un portail entre Stark - le monde où elle est étudiante en Arts, et un ailleurs onirique aux couleurs chatoyantes, et plus communément appelé : Arcadia.

A partir de là, c'est à vous d'aider April à remettre un peu d'ordre dans ce scénario aux multiples rebondissements, jusqu'à son climax de fin plutôt singulier. The Longest Journey est un peu construit à la manière d'une superproduction hollywoodienne, les superbes cinématiques (une trentaine en tout) qui viennent constamment ponctuer le cours de l'aventure n'étant pas étrangères à cette impression. La séquence de la croisière en mer reflète assez bien le beau boulot de l'équipe de Ragnar Tornquist qui était parvenue à déclencher en moi de réelles sensations. En l'occurrence, sur cette présente séquence : un mal de mer abominable mais formidable (je n'avais jamais ressenti cela dans un jeu avant, merci aux scrollings, quelle expérience !). C'est ainsi que pendant les phases de jeu, la mise en scène s'adapte, dans son rythme ou via le choix de ses cadrages, aux différentes conjonctures de ce grand voyage qui oscille entre deux atmosphères distinctes. Puis la structure scénaristique, menée de main de maître, est finalement très bien équilibrée et les aller / retour ponctuels entre Stark et Arcadia favorisent l'envie de s'investir toujours plus au milieu des quelques 150 décors 3D pré-calculés qui définissent les frontières de ces deux mondes.

Mieux qu'un circuit touristique d'envergure, sur Arcadia, lieu de Magie et de Fantasy, vous allez en zieuter de la contrée hétéroclite : une ville fantastico-médiévale, une forêt enchanteresse et inquiétante, un mystérieux château dans le ciel, une île lointaine sur laquelle se cachent d'anciens vestiges, les profondeurs d'un océan habitées par d'étranges créatures... Les contextes sont tout simplement magnifiques de références et d'originalités. Aidé des petites animations environnementales discrètes mais charmantes, chaque nouveau tableau m'a en tout cas amené à ressentir de belles émotions et un nombre considérable de bonnes surprises.
De l'autre côté de la Balance, le monde scientifique de Stark est en pleine science-fiction. En grattant un peu la couche de vernie du Venise de Newport, quartier branché et plaisant où séjourne April en temps normal, vous découvrirez le véritable visage de cette société futuriste (2029) contrôlée par l'esprit cartésien et derrière lequel l'hégémonisme tacite rôde en douce, parmi de sombres designs et ambiances qui n'ont rien à envier au Blade Runner de Ridley Scott.
D'un monde à l'autre, le dépaysement s'avère donc total. Et comme si cela ne suffisait pas, la trame principale vous conduira vers une troisième et lointaine région où les secrets tortueux de ce véritable Longest Journey seront enfin dévoilés.

En dehors de deux ou trois puzzles un peu complexes (la séance des Totems... argrhrr !), le jeu tourne principalement autour de combinaisons d'objets que vous trouverez pendant l'aventure. Curseur de souris qui change d'apparences suivant l'action à entreprendre, association d'items, interactions avec l'environnement, séance d'examen dans votre inventaire 3D, consultation du journal intime d'April pour glaner des infos, tous les outils classiques du jeu d'aventure sont réunis pour permettre aux joueurs inexpérimentés de ne pas rester bloquer des lustres sur un problème à résolution improbable. Il n'y a pas de grand bouleversement du genre de ce côté-là. C'est sans doute le gros point faible du jeu qui n'apporte rien de nouveau côté casse-tête. Cela dit, tout reste logique, pragmatique et, chose plus importante, les situations atteignent quelquefois le sommet de l'originalité. Quelquefois... car objectivement (quand même), les sorties d'autoroute sont rares à ce niveau, The Longest Journey étant surtout une expérience visuelle et auditive de toute beauté pour qui aime ce style de divertissement.

Il est reconnu que la part de dialogues dans un jeu d'aventure est toujours importante. Ca ne serait donc pas très adéquat de vous dire que dans The Longest Journey, cet attribut est dominant. Mais voilà, les conversations conçues par Funcom ne sont pas que nécessaires, elles se font parfois bavardages. De ce fait, demandez son chemin à un passant sera considéré dans certaines circonstances comme un acte irréfléchi de bravoure ! Cependant, au terme des monologues labyrinthiques (par franchement utiles, vous l'aurez compris), les épices de l'humour sont toujours au rendez-vous. Oh, ce n'est pas du Audiard, mais tout de même, les papotages pleins de digressions en disent finalement long sur l'univers et le tempérament propre de chaque personnage. Puis le doublage voix (dans sa version française) est tellement excellent - Mara Labadens en tête qui prête ses belles cordes vocales à l'héroïne principale, qu'on se laisse happer par le flot incessant de mots, décrocheurs de sourires.

Entièrement modélisés en 3D et animés en temps réel, les soixante personnages qui répartissent leur poids sur les plateaux de la Balance, sont tous dotés de designs et d'animations caractéristiques relatives à leur race ou fonction. Scripts, dialogues et doublage voix parachèvent leur consistance. Les personnalités émergent de leur froide et initiale nature tridimensionnelle avec panache. C'est vivant, ça bouge, il y a de la couleur. Je me souviens avoir été bluffé par la richesse des détails et par la complexité de leurs âmes, peut-être un peu convenues (pour le genre) mais jamais caricaturales. Le plus impressionnant demeure le travail de précision opéré sur l'héroïne principale. Loin des bimbos à la Lara Croft, April Ryan est une jeune femme de pixel séduisante (f'in, chacun ses goûts et ses frustrations, hein !), avec un physique agréable et un caractère bien trempé. D'ailleurs, je vous avertis avant que vous ne vous preniez de sa répartie en pleine poire : évitez de trop balader le curseur de votre souris sur cette créature. Ce n'est pas évident de rendre un personnage virtuel si attachant. Or, les petits gars de Funcom pourraient sans problème prétendre au Prix Frankenstein (Comment ? Ce prix n'existe pas ? Hum... ça viendra, ça viendra...).



Pour vous donner une meilleure idée de l'ambiance générale, un rapide coup d'oeil sur le site officiel du jeu devrait convaincre certains d'entre vous à prendre un aller simple pour visiter Stark et Arcadia en compagnie d'April Ryan. Et histoire d'en rajouter une couche (c'est pénible d'être un fanatique myope des fois !), je vous dirai que The Longest Journey n'a pas usurpé son patronyme et offrait réellement aux joueurs un des plus beaux et longs (entre 50 et 60 heures de jeu) voyages ludiques du point'n click. Un peu trop bavard par moment mais rempli d'un humour sympa, le tout agrémenté de nombreuses cinématiques de belle facture, sur une histoire à rebondissements multiples et avec des personnages qui restent longtemps en mémoire, cette réalisation était en son temps une performance technique et esthétique avérée. Aujourd'hui, le temps a évidemment égratigné les perfections de ce jeu, mais la magie et l'émerveillement persistent encore, preuve de cette passion qui a animé ses démiurges.


Certaines machines XP ont des problèmes d'installation avec le jeu. Si jamais vous faites partie des heureux gagnants, et que vous possédez la version Française, allez sur cette page (ici) pour télécharger le patch.

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3 commentaires

  • hiddenplace

    22/07/2006 à 15h33

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    C'est avec une petite larme que j'ai fini il y a peu ce magnifique jeu qu'est [i]Longest Journey. Je n'ai pas grand chose à ajouter à la critique du piti mogwaï, qui a été écrite, il me semble, sous la même émotion que celle que j'ai ressenti moi-même à l'issue de ce joli et très long voyage.

    Long, c'est le moins qu'on puisse dire, je crois que je n'avais jamais joué à un jeu d'aventure aussi foisonnant, aussi rythmé, et, surtout, aussi long. Mais pas long dans le sens "quand est-ce-qu'il se finit ce jeu?!", mais long dans le sens "je suis devenue April Ryan". Dans la critique, Gyz ne mentionne pas le nombre de chapitres de cette aventure, je me garderai de le dévoiler aussi... mais vous n'êtes pas au bout de vos surprises

    Le personnage de cette jeune fille est très attachant, et si même un garçon (en l'occurence, Gyzmo) a pû se glisser dans la peau de cette étudiante en art, c'est que le voyage est réellement immersif. Moi-même je me suis très souvent et réellement identifiée à April: étudiante en art (comme moi il y a peu^^), se pose des questions existentielles sur ce qu'elle fait (comme moi encore un peu aujourd'hui), n'aime pas les gros machos lourdauds (comme moi tout le temps ), curieuse (comme moi un peu trop^^), aime combiner les objets improbables à ses moments perdus (comme moi? ) et s'attache facilement à toute sorte d'animaux et de créatures étranges (comme moi ) qui ponctuent son chemin.

    A cela s'ajoute, comme l'a bien souligné Gyz, le fait que les paysages, d'un jeu datant pourtant d'il y a plus de 6 ans, sont d'une beauté surprenante. Le contraste est fort entre la merveilleuse et onirique Arcadia et le très réel Stark, lui-même très contrasté : de petit quartier cosy de banlieue (la résidence) à désolation anticipatrice (le quartier du métro). Tout cela contribue à ce que ce voyage nous emmène loin, très loin... alors que le dépaysement n'est qu'à une volée de clics.

    Le scénario, digne d'un très long film d'aventure comme l'a dit Gyzmo, ou d'un palpitant roman d'apprentissage, m'a par moment rappelée L'histoire sans fin, une de mes références chéries, sortie tout droit de mes meilleurs souvenirs d'enfance.
    Je suis d'accord sur le fait que dans les deux mondes, les gens aiment raconter leur vie... ça tombe bien, moi aussi. Et ça aide à faire avancer les énigmes (parfois un brin coriaces, il faut l'admettre^^) Mais comme dans la vraie vie, quand le monologue de l'interlocuteur en face devient bourdonnement anesthésiant, je m'évade vers des pensées plus passionnantes (j'espère que ceux qui ont déjà eu de longues conversations avec moi ne seront pas vexés ) Et c'est aussi ce que fait April Ryan (enfin, moi^^) au fil de certaines rencontres. Eh oui, on ne peut pas être attentif à la fois aux décors minutieux, aux quelques notes discrètes et ravissantes de la musique ambiante, et à toute bribe et anecdote passionnante de chaque personnage, il faut faire des choix^^

    Avec toutes ces petites pépites, comment aurais-je pu ne pas être moi aussi transportée par un tel voyage?
    C'est donc presque mélancolique que j'ai vu défiler les derniers crédits du "générique" de fin. Et ma dernière mention spéciale va aussi au travail très respectable des doubleurs français: douceur de voix d'April, mais aussi de plein d'autres personnages secondaires qui m'ont donné envie d'écouter leurs élucubrations inspirées...

    Ma prochaine étape s'appelle Dreamfall[/i]. Et même si j'ai lu la critique, plus réservée, de Gyzmo à son sujet, j'ai quand même très très très hâte.

  • Anonyme

    24/11/2008 à 10h00

    Répondre

    Euh... J"ai téléchargé une démo, tout le monde dit que le jeu est super bien... Mais (je parle du "vieux" The longest journey, sur PC, hein!) pourquoi il est classé -16 ?? Ya des truces violents ou juste des insultes et des gros mots?? (Comme c'est grave -_-' )


    Voilà, merci de me répondre...

  • hiddenplace

    24/11/2008 à 18h16

    Répondre

    Personnellement je n'y ai rien vu de choquant ou de violent... Peut-être effectivement une ou deux blagounettes pas forcément adressées aux enfants (mais en fait je ne m'en souviens pas^^), mais rien qui ne justifie le -de 16 ans... encore une restriction américaine, non ?

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