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Mars War Logs

Personne ne l'a sans doute remarqué, mais depuis quelques années, les développeurs Spiders sont souvent évoqués dans nos pages critiques Krinein. Qu'il s'agisse de leurs portages console des jeux d'aventure Gray Matter et le Testament de Sherlock Holmes, ou de leur collaboration avec Cyanide pour Of Orcs and Men, cela fait effectivement un petit moment que nous suivons d'un œil ce studio français dont les travaux n'ont pas encore convaincu notre exigence tatillonne. Après leur sympathique mais ultra light Faery : Legends of Avalon - petit jeu de rôle exclusivement disponible en téléchargement (et dont nous attendons toujours la suite...) - ils nous reviennent avec un second projet du genre interne : Mars War Logs. Comme son titre l'indique, ce nouveau jeu de rôle prend place sur la Planète Rouge. De la science-fiction, tendance cyberpunk, dans laquelle le mystérieux Roy Temperance (incarné par le joueur) et son jeune coéquipier de fortune, Innocence Smith, vont tout d'abord tenter de s'évader d'un camp de prisonniers de guerre, avant d'être embarqués dans un vaste conflit entre corporation pour le contrôle de Mars...


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L'aventure débute par une longue cinématique réalisée avec le moteur graphique maison, et qui d'emblée annonce la couleur : Mars War Logs va donner dans la bricole et l'absence d'envergure : décors monotones et cloisonnés, étrange gestion des ombres, textures brouillonnes, mise en scène maladroite, manque de caractère des personnages, nombreux clones, doublage anglais (sous-titré français) de qualité variable. Par la suite, l'impression se confirme. Trop proche de ce que des prédécesseurs ont déjà exploité (Red Faction : Guerilla, parmi d'autres), malgré de beaux effets de lumières, le titre peine à marquer les esprits tant son identité visuelle paraît fade. C'est d'autant plus dommage que le background imaginé par les développeurs repose sur de bonnes et denses idées. Ce qui n'est malheureusement pas le cas des environnements semi-ouverts, rappelant le mauvais souvenir des maps linéaires de Of Orcs and Men. Les zones étant découpées en mini secteur, les développeurs ont eu la curieuse idée d'introduire des cinématiques d'ouverture de porte / saut d'obstacle qui interviennent chaque fois que le joueur désire transiter d'un point à un autre. Du coup, il faut constamment zapper ces séquences inutiles pour ne pas se taper encore plus de temps de chargement, déjà nombreux sans cela. Côté technique et ambiance, le jeu s'en sort mieux : jolis effets de lumière et animations réussies, quelques conversations environnementales, possibilité de discuter avec certains figurants.


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En tant que jeu de rôle, Mars War Logs n'échappe pas à la règle de la quête secondaire fedex, ses sempiternels et soporifiques aller-retour en guise d'ombre casseuse de rythme. En contrepartie, quelques missions annexes ont des alternatives de validation. Mais l'option est assez rare. La mission principale est segmentée en sous-missions. L'intérêt du système est de permettre d'accomplir les objectifs dans l'ordre de son choix. Ce qui est un vrai plus. Le contexte de lutte des classes sur « Mars la Rouge » n'aidant pas, la trame scénaristique n'est pas bouleversante à première vue. Mais au fil de la progression, l'intrigue aborde des sujets difficiles (viol carcéral, esclavagisme, prostitution, patriotisme), sans toutefois aller au fond des choses. Certaines répliques tombent d'ailleurs comme un cheveu sur la soupe, à l'image des romances expéditives offertes au joueur et d'une inconsistance ridicule, à consonance machiste. En dehors de ces égarements, l'histoire demeure accrocheuse d'un bout à l'autre du jeu. Les dialogues sont régis par du choix multiple, avec impact sur le devenir de certains personnages / coéquipiers, et de façon plus modérée sur les petites détails de l'histoire générale. Ces choix n'ont pas de bouleversantes conséquences à la The Witcher 2 (et son fameux chapitre 2). Mais le replay value permet d'éclairer différemment les motivations des personnages. Roy peut également gagner des traits de caractère (gain d'xp supplémentaire, meilleur prix chez les commerçants, nouvelles recettes de craft, etc) et gérer sa réputation auprès de la population. Par exemple, s'il multiplie les bonnes actions, les commerçants lui feront des prix. Le fait d'être un pourri de première lui permettra de réussir plus facilement ses intimidations auprès de ses interlocuteurs. Pratique pour ne pas engager un combat.


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Trois arbres de compétences sont disponibles pour modeler son personnage. Un pour le combat brut : puissance corps-à-corps, vitesse d'attaque, esquive, défense, etc. Un pour les attaques plus vicieuses : infiltration, amélioration de tir, pièges et bombes. Un pour les pouvoirs magiques. Comme il n'est pas possible de tout débloquer, les dilemmes seront nombreux. Les combats se déroulent en temps réel, avec pause tactique "ralentissement du temps". Dynamiques et complets, ils se constituent essentiellement de rixes au corps à corps. Jusqu'à la fin du premier chapitre, du moins. Les mécanismes de gameplay sont similaires aux compétences du sorceleur dans The Witcher 2 : une esquive (roulade), une parade et sa contre-attaque (gérée par un timing), deux sortes de contre-gardes (coup de pied et coup de coude), une technique d'aveuglement (balancer du sable à la gueule de l'adversaire). En plein combat, Roy peut utiliser une arme à distance (le pistolet à clou), balancer des explosifs, poser des pièges, boire des potions pour remonter ses jauges (vie et essence magique). Enfin, jusqu'à deux coéquipiers peuvent accompagner le joueur. Outre le fait qu'il soit possible d'engager la conversations avec eux pour en apprendre un peu plus sur le background, Roy peut également leur donner quatre types d'ordre, comme passer en mode défense ou attaque la cible la plus proche. Malheureusement, ces adjuvants statiques se révèlent peu efficaces face aux packs d'ennemis et se retrouveront rapidement mis hors combat. Le tir ami étant actif, certains n'hésiteront pas à balancer la sauce sur la tronche de l'adversaire même si vous vous trouvez sur la trajectoire. Il faudra donc parfois lutter non seulement contre l'ennemi, mais aussi contre la balourdise des coéquipiers.


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L'intelligence artificielle adverse, quant à elle, s'adapte toujours aux assauts du joueur. Il faut donc varier les enchaînements pour sans cesse la surprendre. Chaque type d'adversaires a des points forts et faibles qu'il faut prendre en compte pour être le plus efficace possible. Par exemple, les chiens de Mars sont sensibles aux attaques dans le dos. Les Taupes mutantes ou les humains dotés d'une paire de lunettes ne craignent pas les tentatives d'aveuglement. Au même titre que Of Orcs and Men, Mars War Logs offre la possibilité aux joueurs de faire un peu le ménage en douce avant de rentrer dans le lard. Une bonne partie de l'arbre de compétences Renégat est spécialement dédié à l'infiltration : exécution one shot, planquer le cadavre, course en pleine furtivité, etc. Mais dépenser des points dans cette branche risque de décevoir ceux qui emprunteront cette approche, peu souvent exploitable à 100% tant les rondes d'ennemis ou leur disposition sur la carte sont serrées. Un bon timing sera de mise pour pouvoir vider une salle sans encombres ou passer sous le nez des patrouilles.

Enfin, le jeu comporte du loot et du craft. Roy ramasse du matériel sur ses adversaires ou des conteneurs (en surbrillance), ou en achète auprès des commerçants. Avec, il peut améliorer ou fabriquer des items (armures, armes, munitions). Le recyclage est également de mise.


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Petit budget oblige, Mars War Logs n'est certes pas au niveau des grosses productions qui peuvent sortir des entrailles d'un mastodonte tel que Bioware, ni même des guns de mercenaires Obsidian ou des indépendants CD Projekt. Avec les moyens du bord, Spiders est pourtant parvenu à limiter la casse. Ambitieux sur le papier, les créateurs de Mars War Logs n'ont sans doute pas réussi à retranscrire visuellement tout ce qu'ils avaient à l'idée. Cela dit, le résultat est plus qu'encourageant pour la suite. Avec une durée de vie d'une quinzaine d'heures pour tout explorer, le soft se paye le luxe de n'être proposé qu'à une vingtaine d'euros seulement (exclusivement en téléchargement sur PC pour le moment). Une bonne affaire pour ceux qui aiment le genre.

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