5.5/10

Martin Mystère : Opération Dorian Gray - Test

Lire le test de Martin Mystère

Dans les années 80, l'auteur de BD italien Alfredo Castelli s'inspire du Allan Quaterman de HR Haggard pour créer un héros au patronyme ultra pertinent : Martin Jacques Mystère ! Aidé de sa petite amie Diana Lombard, et de Java, homme du Néanderthal découvert lors d'une expédition en Himalaya, ce personnage polyvalent expert en archéologie est embarqué dans toute une série d'aventures plus ou moins exotiques où ses compétences scientifiques sont mises à l'honneur autour des grands thèmes qui passionnent l'humanité. Après une adaptation en dessin animée pour bambins, c'est au tour du merveilleux monde du jeu vidéo de mobiliser Martin Mystère en lui confiant une nouvelle mission.

Le professeur Eulemberg, vieux scientifique de renom, a été retrouvé mort dans la chambre de sa magnifique demeure. Bien qu'il n'y ait ni empreintes suspectes, ni objets de valeur manquant, ses apparentes étranges recherches font penser que derrière le décès inexpliqué du monsieur se dissimule un meurtre. La police, toujours à la ramasse dans ce genre d'affaire, fait alors appel au seul homme susceptible d'éclairer la situation : Martin Mystère !

Les fans de Martin trouveront probablement cela excitant, mais je n'ai pas accroché aux débuts laborieux de ce jeu d'aventure point'n click. En effet, curieux choix que de faire commencer la partie dans le célèbre appartement cosy de l'aventurier, à la recherche de la clé du placard à fringues, du numéro du garagiste et d'un téléphone portable, avec un passage en revue des tonnes de détails décoratifs uniquement là pour «camper» l'environnement du personnage et ses aventures passées. De plus, voir son héros (design et textures fidèles au Martin de papier) rentrer en collision avec le mobilier, parler de biais à son interlocuteur ou faire du moonwalk lorsqu'on double clique nerveusement dans une direction pour le faire avancer, c'est surprenant au début, et on comprend finalement que le jeu manque de finitions. Au bout de vingt minutes, la tête labourée par la pénible musique jazzy de l'appartement qui n'arrange en rien le plaisir de la découverte, je me suis dis que j'allais vite laisser tomber pour aller me lire un bon Oscar Wilde. Et puis, j'ai finalement décidé de ne pas céder à la tentation et de dépasser mon préjugé...

Dès fois, je me dis que c'est bien de succomber !
Un jeu d'aventure qui se dit receler du mystère et qui au final nous a fait palpiter pour quasiment rien, cela laisse un arrière goût de supercherie. L'enquête de Martin, d'abord basique puis lorgnant du côté de la fantastique civilisation Maya, est bien construite, c'est indéniable. Malheureusement, son histoire se contente de réchauffer tout un tas de personnages encore plus clichés que le bestiaire coutumier de la série Martin Mystère, de la bimbo siliconée au mexicain qui lézarde, sans oublier - bien évidemment - les méchants qui n'ont de cesse de vouloir immortaliser leur méchanceté ! Tout ceci n'est pas à prendre au pied de la lettre et si l'humour reste un des principaux attraits du jeu, l'ensemble est dénuée de réparties. Malgré quelques surprises scénaristiques qui là encore font écho à d'autres jeux vidéos (The Nomad Soul, pour ne citer que lui), j'ai trop souvent baillé aux corneilles à m'en décrocher la mâchoire jusqu'à l'ultime séquence, cerise maigrichonne et sans goût. Sans compter les voix anglaises qui n'ont aucune pêche et c'est affalé dans un sofa que je m'imaginais très bien les acteurs bazarder leur doublage.

Et s'il n'y avait que le son ! Du côté des animations, ce n'est pas la panacée. Les personnages ont quelques problèmes à se mouvoir. Ils ont des mouvements intéressants et fluides mais dans les longues scènes dialoguées, leurs gestes tournent en boucle et finissent par saouler plus qu'autre chose. Ajouter à cela l'impossibilité de faire avancer votre Martin plus vite. Oh ! Je ne demande pas un sprint avec un record mondial à la clef. Mais une petite course bien comme il faut, pour quelqu'un qui doit enquêter dans l'urgence, ça aurait bien vu. Evidemment, je chipote : il est possible de passer rapidement d'un tableau à l'autre en double cliquant sur la zone de sortie (symbolisée par la classico-porte), mais aussi, faute à une programmation expédiée à la va-vite, l'option ne fonctionne qu'une fois sur deux, voire une fois sur trois (ou quatre).

Les décors, quant à eux, sont rarement vivants et lorsqu'ils le sont (petit brouillard lointain, petite branche caressée par le vent, petit bateau bercé par l'eau), c'est parfois mal composé. Et si les environnements sont très fouillés et leur effet «peint à la main» fort agréable, j'ai tout de même ressenti beaucoup de peine face à ces arrière-plans à la qualité médiocre et pixelisée. Je ne parle même pas de la compression vidéo des cinématiques qui, bien mises en scène dans des vignettes élaborées à la manière d'une bande dessinée, sont troubles, picotent les yeux et gâchent leur visionnage. Par contre, les effets de lumières (ombres portées) sont bien gérés et lorsque votre personnage passe devant un spot de couleur, il reçoit sa lumière. Cela gomme l'impression d'à-plat que provoque le mélange décor 2D /protagoniste 3D. Arf ! Décidément, je ne m'en sors pas. J'ai beau essayé de lui trouver des qualités, on en revient toujours un peu aux défauts.

Ah, si : il reste les énigmes !
C'est vrai que certaines d'entres elles réclament un grand sens de l'observation, allant même jusqu'à prendre en considération le packaging du jeu lui-même ! Cela dit, tout reste logique. Il suffit de penser à explorer méticuleusement les tableaux et tenter différentes combinaisons d'éléments (objets /objets ; objets /zones) pour se sortir des petites difficultés du jeu. Mais ce n'est pas aussi simple car de nombreux items en tout genre viendront saturer votre inventaire (bonjour les poches sans fond^^), sans pour autant avoir une quelconque utilité dans le jeu. Car beaucoup de zones sont «scriptées». Entendez par-là que votre curseur rencontrera souvent des parties du décor à examiner (symbole de la loupe) ou avec lesquelles interagir (symbole du mécanisme). Les commentaires de Martin and co vont bon train, tantôt instructifs, tantôt drôles. Mais face à ces nombreuses données supplémentaires (et volontairement superficielles par rapport à la trame principale du jeu), on se sent rapidement noyer et la panique face à certains puzzles n'est jamais loin. Ce brouillage de pistes ne plaira pas à tout le monde mais permet au jeu de prolonger sa durée de vie, assez courte.

Le passage de Martin Mystère en jeu vidéo s'opère donc sans véritables audaces. La pilule des nombreuses petites erreurs techniques aurait pu passer si les concepteurs avaient proposé une aventure digne de leur personnage. Au lieu de cela, le scénario tout de même sympathique repose trop sur le «conventionnel» et le fait que le Dorian Gray d'Oscar Wilde (vous savez, ce jeune homme captivé par le fantasme d'immortalité) y soit associé n'arrange en rien l'affaire. Il y avait pourtant matière à réaliser un épisode mémorable plein de rebondissements, avec un vrai traitement intelligent sur l'une ces grandes hantises de l'Homme, en y intégrant des données culturelles intéressantes et salvatrices comme a su si bien le faire Castelli dans sa version BD.
Mais au milieu de ses nombreuses références (tout domaine confondu), Martin Mystère : Opération Dorian Gray ne trouve pas l'étincelle de son originalité dans un genre qui s'est déjà illustré par bien d'autres titres plus inventifs. C'est dommage pour un héros de cette trempe qui a tant alimenté l'imagination de ses lecteurs dans ses fantastiques pérégrinations crayonnées.

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2 commentaires

  • kenji

    09/09/2005 à 11h59

    Répondre

    J'ai jamais entendu parler de ce jeu
    En meme temps chuis pas fou de point and click

  • gyzmo

    09/09/2005 à 12h05

    Répondre

    ni de la BD?

    le jeu est sorti récemment (fin août) et - pour ne rien vous cacher - ne restera pas dans les annales du point'n click.
    Artematica, les concepteurs, seraient prêt à bosser sur une suite...
    youpi

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