9.5/10

Okami - Test

À l'occasion de la sortie d'Okami sur Wii, revenons sur ce véritable joyau vidéoludique qui fut malheureusement un bide lors de sa sortie sur PS2 il y a un an.

Ce qui est d'autant plus dommage que son succès critique fût lui unanime, le jeu s'étant vu récompensé par les plus hautes notes dans la presse spécialisée. Grâce à son portage sur la boîte blanche de Nintendo, espérons qu'il saura conquérir aujourd'hui un public plus large.


Okami
raconte comment il y a cent ans le sinistre démon à neuf têtes, le terrible Orochi terrorisait le paisible pays de Nippon, jusqu'à ce que le grand guerrier Nagi, aidé de Shiranui, un loup blanc envoyé par les dieux, ne le terrasse et ne le scelle à jamais dans son repaire grâce à l'épée magique Tsukuiomi.
Le pays retrouva la paix et les habitants du petit village de Kamiki érigèrent une statue à la gloire de Shiranui, le loup sans qui jamais le démon n'aurait été vaincu.

Aujourd'hui, le village s'apprête à célébrer son festival dans la joie, mais voilà qu'une silhouette se profile devant l'antre où est retenu le mal et libère Tsukuiomi de son socle, permettant à Orochi de souffler à nouveau son haleine méphitique sur le monde.

Et pour contrer à nouveau le mal, c'est carrément la déesse Amaterasu, mère de toutes choses, qui s'y colle. S'incarnant à travers la statue de Shiranui, c'est donc sous la forme d'un loup (petite astuce, en japonais le terme Okami veut dire à la fois dieu et loup) que vous allez devoir à nouveau confronter Orochi lors d'une longue et mémorable aventure riche en affrontements et en rencontres, dans un conte poétique qui n'est pas sans rappeler les films d'Hayao Miyazaki, la trame d'Okami touchant en effet à des préoccupations au centre de l'œuvre du réalisateur de Mononoke Hime, notamment le rapport de l'homme à la nature.


Okami
est un Zelda like qui surpasse souvent son modèle, ce qui n'est quand même pas rien.
Il en reprend ainsi les codes ; une quête à travers un vaste monde dans lequel on trouve de nombreux villages à aider et où il faudra basher de gros boss vilains pas beaux dans des donjons aux cheminements tortueux et truffés d'énigmes à résoudre pour continuer son chemin. Mais là où le sympathique taiseux aux oreilles en pointes de Nintendo utilisait un ocarina magique ou une baguette de musicien lui permettant de contrôler les vents, Amaterasu, c'est-à-dire vous, allez devoir apprendre à… dessiner.

Je sais, dit comme ça, ça a l'air bizarre, et c'est là qu'il faut parler de ce qui fait la grande particularité du jeu, autant sur la forme que sur le fond, et cette particularité c'est son style graphique.

En effet, Okami a été pensé comme une estampe animée, aussi est ce par le dessin que vous allez influer sur les événements. Car tout cabot que vous soyez, vous êtes quand même un dieu et votre arme porte le nom de « pinceau céleste ».

Chaque fois que vous presserez la touche B l'image se figera et prendra un aspect papier à dessin sur lequel vous coucherez divers symboles qui déclencheront un pouvoir. Par exemple un trait horizontal vous permettra de trancher obstacles et ennemis, tandis qu'un cercle tracé dans le ciel fera apparaître le soleil, un croissant fera venir la nuit, une boucle fera se lever le vent...


C'est en tout 13 techniques de peinture différentes (plus quelques-unes cachées) qui vous permettrons de vaincre le mal et de ramener la joie et la beauté dans le pays de Nippon. Bien sûr, ces techniques, il va vous falloir les gagner, tout comme l'argent et les divers artefacts qui vous permettront de développer vos capacités et vous rendre plus puissant. Amaterasu ne comptera pas que sur le pinceau céleste pour venir à bout du danger, elle devra aussi apprendre à maîtriser différentes techniques de combat enseignées dans différents dojos moyennant finance.

De plus chaque action bénéfique (lorsque vous aiderez un protagoniste par exemple) ou ennemi vaincu vous octroie des orbes de puissance que vous pourrez utiliser pour booster certaines compétences, à la manière d'un Devil May Cry ou d'un Viewtiful Joe.

Les décors du jeu incitent eux en permanence à la rêverie. De subtiles touches comme les feuilles de cerisiers emportées par le vent ou la végétation qui fleurit dans le sillage d'Amaterasu sont autant des détails qui font comprendre à quel point les créateurs du jeu ont fignolé leur bébé. La séquence de « la cascade fleurie » qui se déclenche chaque fois que vous avez décontaminé une zone de ses éléments malins est un pur moment de poésie visuelle qu'on n'a pas souvent l'habitude de voir dans un jeu vidéo.

Le level design est à l'image de cette perfection graphique, que ce soit dans les donjons, toujours excitants à traverser, ou à l'extérieur où une foule de détails donnent une impression de vie saisissante (végétation en mouvements, animaux vivant leur vie), tout est pensé pour le plaisir des yeux et le dépaysement le plus complet ; pour un peu on s'en retrouverait presque à hurler à la lune.


Cette impression de vie est renforcée par les différents protagonistes croisés tout au long de l'aventure et qui composent une galerie de personnages parmi les plus sympathiques jamais croisés dans un jeu. Que ce soit Issun, sorte de micro lutin colérique au caractère bien trempé, qui sera votre guide pendant le jeu, ou le grand guerrier Susano, descendant direct de Nagi et grand poltron qui ne peut rien faire s'il ne s'est pas d'abord arsouillé au saké, ils sont tous hauts en couleurs et donnent une réelle crédibilité à cet univers. Un des choix artistiques des créateurs à d'ailleurs été de les faire s'exprimer dans un langage "yaourt", fait d'onomatopées incompréhensibles mais qui leur donne une dimension émotionnelle unique.

La bande-son n'est pas non plus en reste, on peut même dire qu'elle est l'un des éléments les plus important du jeu. Tour à tour épique, mélancolique ou comique, elle puise son inspiration dans la musique traditionnelle nippone et souligne parfaitement l'ambiance unique et sublime du pays de Nippon et des événements qui s'y déroulent.

Vous l'aurez compris, tout dans Okami a été soigné jusque dans les moindres détails pour une aventure qu'on quitte le cœur lourd une fois passé le générique de fin, mais qu'on peut recommencer illico en mode new game+ pour le plaisir de retrouver des lieux devenus familiers et relever à nouveau le challenge en poussant le potentiel d'Amaterasu au maximum.

D'une esthétique raffinée mais jamais gnan-gnan, riche et profond sans jamais être lourd et pompeux, allègrement rempli de moments d'anthologie, Okami est LE chef-d'oeuvre de feu le studio Clover, à qui on doit notamment Viewtiful Joe, Killer7 ou Godhand, des jeux toujours décalés, au gameplay novateur et surtout toujours extrêmement fun.


Malheureusement jugé pas assez rentable par son propriétaire Capcom, le studio ferma ses portes à l'issue de la réalisation de cette ultime bombe, et c'est grâce au studio américain Ready At Dawn que vous pouvez aujourd'hui (re)découvrir ce soft d'exception dont la maniabilité par rapport à celle de la PS2 est encore sublimée par l'utilisation de la wiimote, accessoire parfaitement adapté au type d'interaction demandé par le jeu (quoi de plus naturel en effet que de pointer le viseur sur l'écran et de dessiner "à main levée" la technique de peinture appropriée).

Et les points noirs me demanderez-vous ? Comme nul jeu n'est à cent pour cent parfait on pourra arguer de quelques problèmes de repositionnement de caméra à certains moments (une doléance courante pour ce type de soft), mais vraiment rien qui puisse venir entacher le plaisir que procure cette aventure hors du temps. La durée de vie est au rendez-vous (comptez 30 à 40 heures pour arriver à la fin), le jeu est exigeant sans être d'une difficulté insurmontable et l'histoire est toujours riche en rebondissements. De plus quelques mini-jeux comme la pêche (là encore, Zelda n'est pas loin) viennent apporter une distraction bienvenue à l'histoire et permettent de gagner des items toujours sympas. À noter aussi qu'une fois le jeu terminé vous débloquez une tonne de bonus permettant d'apprécier le travail fourni par les développeurs pour concrétiser ce projet (notamment la B.O dans son intégralité, ce qui ne représente pas moins de quatre CDs pleins à craquer de thèmes que vous fredonnerez bien après le générique de fin).

A moins donc que vous ne soyez partisan que de gros jeux qui tachent ou que vous ne supportiez pas ce qui touche au Japon, n'attendez pas et foncez sauver le monde de Nippon ! Vous trouverez là-bas de quoi réveiller votre âme d'aventurier et découvrirez un univers unique que vous ne voudrez plus quitter.

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5 commentaires

  • Anonyme

    03/06/2008 à 14h38

    Répondre

    Des graphismes moins fins que sur PS2... dû à un encrage plus épais ?


    J'avoue ne pas comprendre "l'encrage plus épais" ?


    L'ensemble des autres remarques sur le jeu rapporte des graphismes plus fins au contraire.


    Mais ce n'est toute fois pas ça qui me ferra passer à côté de ce jeu splendide  

  • naweug

    04/06/2008 à 12h10

    Répondre

    Disons de ce qu'on en a vu, ça semblait moins fin que sur PS2. Par encrage, je parle des contours noirs qui semblaient plus épais. Je rappelle que ce ne sont que des premières impressions .


    Mais ça reste sublime quand même ! 

  • Luz

    04/06/2008 à 12h16

    Répondre

    Ouais ca à l'air plutot jolie comme visuel

  • Anonyme

    25/06/2008 à 10h46

    Répondre

    Orochi ne possède que huit tête

  • Mandark

    27/07/2008 à 15h13

    Répondre

    Tu as raison! J'admet, j'assume et d'ailleurs je laisse en l'état. Bien observé. Je devais penser au chat à neuf queues, va savoir... .

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