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Project Gotham Racing 2 - Test

La production de jeux de course automobile sur PC et consoles dépasse toutes les limites, y compris celles de l'absurde, avec parfois 5 ou 6 titres directement concurrents édités la même année sur la même machine. Project Gotham Racing 2 se démarque au moins sur un plan : Microsoft a visiblement décidé d'en faire le jeu phare de la Xbox pour les fêtes de Noël. De ce fait, les développeurs anglais de Bizarre Creations, qui se tuent à la tâche sur ce jeu depuis plus d'un an, se sont retrouvés avec une pression énorme : Comment faire d'une série qui comptait une communauté de fans fidèle mais restreinte un hit imparable ?

Project Gotham Racing, premier du nom sorti sur Xbox en même temps que la console, faisait suite à Metropolis Street Racer sur Dreamcast. La recette de ce jeu de course, radical dans sa conception et passionnant jusqu'à l'obsession, repose sur quelques éléments qui sont devenus autant de marques de fabrique. Le joueur participe à une série d'épreuves se déroulant sur des circuits fermés situés dans des villes réelles, représentées de façon photo-réaliste (tout comme les voitures). La conduite est plutôt typée arcade, avec des accélérations, freinages et dérapages extrêmes et une prise en main immédiate, mais les voitures disposent d'un modèle physique (transferts de masse, adhérence, aspiration...) évolué et réaliste qui rend le gameplay valable sur la durée. Enfin, et c'est là toute l'originalité de la série, les épreuves proposent plusieurs types de challenge (course, chronos à battre, nombre de voitures à dépasser dans un temps imparti, vitesse moyenne à respecter...) qui sont à la fois sanctionnés par une évaluation classique (classement, décompte de temps...) et par des points de style appelés Kudos. Ceux-ci s'obtiennent en faisant preuve de virtuosité au volant, mais sans tamponner le décor à tout va (dérapages contrôlés au frein à main, dépassements audacieux, sauts, virages sur deux roues...). Pour progresser dans le jeu, c'est à dire débloquer de nouveaux circuits et de nouvelles voitures, il faut se montrer très rapide tout en pensant en permanence à faire des Kudos. Etre à la fois efficace et frimeur, en quelque sorte. Ce compromis fait tout le sel de MSR et PGR, deux jeux qui ont peut-être le tort de se montrer quelque peu élitistes : Les épreuves y deviennent, à mesure que l'on progresse, toujours plus difficiles, et beaucoup de joueurs ont décroché avant la fin.

Avec Project Gotham Racing 2, on pouvait compter sur les gens de Bizarre Creations pour pousser la Xbox dans ses derniers retranchements et nous proposer le plus beau jeu de course du moment. Depuis un an, des captures d'écran ahurissantes se promènent sur le net, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles ont su attiser les curiosités. Avec 10 villes (Florence, Yokohama, Sydney, Edimbourg, Hong-Kong, Moscou, Chicago, Stockholm, Barcelone, Nurburg) auquel s'ajoute le circuit Nurnurging (qui fait plus de 20km), 102 voitures choisies avec soin (de la Clio Sport à la Ferrari Enzo, avec quelques modèles vintage au passage), il y avait de quoi faire passer PGR2 pour une superproduction à même de conquérir le grand public. Mais comme si cela ne suffisait pas, le principe de jeu a été revu pour qu'un maximum de joueurs puissent y trouver leur compte.

La difficulté est en permanence réglable, du très facile au quasi-infaisable : Avant chaque épreuve, le joueur choisit la médaille qu'il compte obtenir (métal, bronze, argent, or, platine). En fonction de ce choix, l'objectif à atteindre sera plus ou moins élevé. S'il réussit, il obtient un bonus de Kudos, plus ou moins important selon le type de médaille, qui vient s'ajouter aux Kudos engrangés pendant la course en exécutant des figures diverses (celles-ci sont bien plus nombreuses que dans PGR1). Ensuite, ces Kudos sont convertis en « jetons Kudos » qui permettent, au garage, d'acheter des voitures. Les épreuves sont divisées en catégories de véhicules. On commence sur des voitures compactes (Clio, Seat Leone), puis on passe aux cabriolets sportifs du style Audi TT Roadster, aux coupés (M3, Audi S4), aux 4x4 (Porsche Cayenne...), au GT etc. jusqu'aux monstres mécaniques comme les TVR Tuscan ou Ferrari Enzo. Si on s'est contenté de petites médailles, on aura accès à toutes les catégories, et c'est en cela que le jeu se montre plus accessible que son prédécesseur, mais les voitures les plus prestigieuses resteront bloquées. Pour parader au volant des bolides de 600 chevaux que les publicités du jeu promettent, il faudra accumuler l'argent ou l'or, et c'est une autre paire de manches ! Les sensations de conduite d'une voiture à l'autre diffère suffisamment pour que l'on ait envie de toutes les posséder, et n'importe qui s'étant essayé au jeu admettra qu'il prend toute sa dimension lorsqu'on s'échine à obtenir une médaille, grapiller quelques centièmes en optimisant ses trajectoires ou remporter une course. Pas de risque, donc, que l'accessibilité du jeu aux débutants soit un facteur de démotivation pour les experts. Quand aux médailles de platine, elles sont là pour départager les joueurs les plus acharnés, et sont souvent accompagnés d'objectifs qui semblent a priori insurmontables (mais les développeurs nous garantissent le contraire).

En dehors du mode solo, qui avec plus de 400 épreuves est tout simplement gigantesque, le jeu dispose de ce qui est à l'heure actuelle le mode Xbox-Live le plus abouti qu'on ait vu dans la mesure où il fait littéralement corps avec le mode solo sans nuire à son intérêt et sa durée de vie. Si le joueur est connecté pendant qu'il joue, ses performances sont en permanence comparées avec les meilleures enregistrés afin de tenir à jour son « classement Kudos mondial », et s'il bat un record, celui-ci sera immortalisé. Il est par ailleurs possible de télécharger les replays des courses record pour chaque épreuve. Le but est de créer une émulation entre les joueurs du monde entier, afin qu'ils repoussent les limites de ce qui est à la base possible sur chaque épreuve. Et ça marche, semble-t-il, car moins d'une semaine après la sortie du jeu aux USA, des replays estampillés « médaille de platine » étaient déjà enregistrés pour la totalité des courses ! En dehors de cet aspect championnat, le jeu permet comme il se doit de disputer des courses en ligne contre 7 autres joueurs (on peut aussi le faire hors-ligne en connectant plusieurs consoles, ou encore jouer à 4 en écran divisé), et le garage comporte dors-et-déjà des places libres pour de futures voitures à télécharger. On murmure même que de nouveaux circuits, voire de nouvelles villes pourraient être ajoutées par la suite, mais n'en exigeons pas trop, car nos amis de Microsoft ont récemment inauguré le « contenu téléchargeable payant »...

Graphiquement, Project Gotham Racing 2 est une bombe qui laisse loin derrière toute concurrence. Gran Turismo 4 aura fort à faire pour s'imposer comme le nouveau standard graphique à sa sortie dans quelques mois. Les villes sont si opulentes et magnifiquement restituées que le jeu présente, et c'est tout à fait voulu, un certain intérêt touristique. Quand aux voitures, elles sont criantes de vérité, reflètent tout ce qui les entoure sur leur carrosserie, et sont conduites par des pilotes que l'on peut voir passer les vitesses ou pencher la tête dans les virage. Un pur régal. Le jeu tourne en 30 fps (contre les 60 constatés en général dans les jeux de course), un choix assumé pour éviter tout ralentissement, et ça marche : La fluidité est parfaite, l'impression de vitesse en vue intérieure est monstrueuse (plus rien à voir avec le premier PGR), et la vitesse d'animation ne faiblit jamais, malgré les innombrables effets graphiques présents à l'écran. Il faut juste se dire qu'esthétiquement, c'est le photo-réalisme qui est recherché, et non le spectaculaire. Les couleurs ne sont donc pas spécialement vives, et les effets lumineux sont omni-présents mais difficiles à discerner. Certains reprochent même au jeu d'être un peu triste, d'autant que les villes sont totalement dépeuplées, pour que toute la puissance d'affichage soit dévolue aux décors (c'est une constante de la série). Signalons enfin, histoire de montrer que le jeu peut difficilement être pris en défaut sur le plan technique, qu'un affichage 16/9 et un réglage de luminosité sont disponibles, et que les temps de chargement sont insignifiants grâce à une utilisation intensive du disque dur de la Xbox.

Côté son, on a droit à des bruits de moteurs enregistrés sur les modèles réels et magnifiquement rendus en Dolby 5.1. Comme d'habitude dans les PGR, on entend durant les courses des radios FM localisées qui diffusent une collection de tubes rap, techno, pop ou metal. On se demande un peu pourquoi Microsoft à dépensé des fortunes pour les licences de ces quelques 200 chansons, car les courses sont si intenses qu'on y fait guère attention. Quoi qu'il en soit, il est possible de les remplacer par une bande son personnalisée stockée en mp3 sur le disque dur.

Au vu de cette impressionnante série de spécifications, on ne peut nier que Project Gotham Racing 2 se présente comme le mètre étalon du jeu de course sur Xbox. Toutes les fonctionnalités ludiques de la machine sont exploitées, la durée de vie se chiffre en centaines d'heures et la réalisation est au top, au point qu'on en vient à se demander pourquoi de nos jours tous les jeux ne sont pas réalisés avec le même professionnalisme. On peut lui trouver des défauts, bien sûr, ou ne pas adhérer à sa jouabilité pour lui préférer l'aspect simulation de Gran Turismo, Sega GT, ou du futur Race Driver 2. Les amateurs de customisation et de réglages mécaniques seront aussi frustrés, ces deux aspects étant ici totalement absents. Néanmoins, à moins d'être réfractaire aux jeux de course en général ou de condamner systématiquement toute approche photo-réaliste dans un jeu vidéo, on ne peut qu'être impressionné par ce jeu, sans oublier qu'au delà de sa perfection technique il s'impose, et il est important d'insister sur ce point, comme un monument de sensations fortes et de fun, aussi bien en solo qu'entre chauffards virtuels.

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