8/10

Secret Files : Puritas Cordis - Test PC

Deuxième mouture d'un premier épisode déjà très efficace et très divertissant, Secret files 2 : Puritas Cordis se sirote comme du petit lait, grâce à des ingrédients certes très semblables, mais toujours cuisinés avec amour.

Après nous avoir laissé sur un très bon souvenir il y a de cela trois ans, à travers une première aventure palpitante et  dépaysante entre la Russie et Cuba (Secret files : Tunguska), la baroudeuse Nina Kalenkov est de retour. Musclez donc vos bras et vos cerveaux, la collection d'objets sera de rigueur, et le trifouillage de méninges aussi. Cette fois-ci, Nina a droit a un traitement de faveur : son pèlerinage est transposé sur plusieurs plateformes : le PC (la raison d'être d'un point'nclick), la WII (chroniqué ici) et la DS. Intéressons-nous pour notre part à la version PC.


Nina aime voyager pour le plaisir, mais comme toute héroïne de jeu d'aventure, elle n'est jamais au bon endroit au bon moment. Ainsi, suite à  une série de catastrophes naturelles répétées aux quatre coins du monde, et embarquée pour une croisière qu'elle imaginait paisible et thérapeutique (elle vient de rompre avec son petit ami Max Gruber rencontré lors de la première aventure), elle se retrouve impliquée malgré elle dans la quête d'un pasteur, visant à enrayer les agissements d'une secte ressuscitée du XVIIème siècle : Puritas Cordis. Comme par hasard, le fameux Max, en Indonésie pour son travail de fouille archéologique aux côtés de son amie et collègue Sam Peters, se retrouve lui aussi confronté aux membres de la dite secte. Nous voilà donc embarqué avec ces deux personnages et quelques autres dans une série d'aller-retours entre la Mer du Nord, à bord d'un navire de croisière, et l'Indonésie, en passant par la France et l'Angleterre.

Et premier constat une fois le jeu bouclé et plié : le sourire est là. Le pincement au cœur aussi : les développeurs ont encore une fois gagné le pari d'immerger totalement le joueur dans l'expédition, et on regrette d'être déjà face à l'épilogue et à la page des crédits... Tunguska, le premier opus, avait lui aussi enthousiasmé les amateurs de point'n'click par ses ambiances exotiques, son scénario sympathique et prenant, et le côté décalé de ses personnages et de ses casse-têtes. L'intrigue de Puritas Cordis est haletante, constellée de plages de suspense et d'interludes absurdes ou étranges ; on languirait presque de se faire greffer la souris en prolongement du bras et le bloc-notes en prolongement du cerveau. Le défi est donc à nouveau relevé et remporté dans ce deuxième titre, grâce à une recette presque inchangée, un rythme parfaitement maîtrisé et un graphisme que l'on apprivoise avec plaisir.


La jouabilité, fidèle au point'n'click et comme dans le prédécesseur, est impeccablement aisée et intuitive. Un clic droit pour examiner ou observer une scène, agrémenté d'un petit commentaire parfois piquant et souvent renouvelé au fil du jeu. Un simple clic gauche pour interagir ou pour se déplacer, et grand gain de temps : le personnage joueur prendra lui-même l'initiative de courir si le point est éloigné, voire de quitter immédiatement le tableau si l'on double-clique sur la sortie. A un certain épisode du jeu, il est aussi possible d'utiliser une carte pour accéder rapidement aux divers lieux de villégiature, très pratique lorsqu'on sait que certains mystères se résolvent en plusieurs étapes, et plusieurs endroits. Cette économie de chronomètre est un point non négligeable du jeu, puisqu'elle empêche également l'ennui de s'installer, et même en cas de « blocage » face à une des nombreuses devinettes, la navigation entre les divers sites n'est jamais un calvaire. Autre anti-routine, l'alternance de plusieurs personnages joueurs, à raison de quatre protagonistes que l'on incarne plus ou moins durablement : Nina bien évidemment, Max, sa collègue Sam et l'évêque Parrey au début du jeu. Les dialogues, malgré leur opulence, sont toujours intéressants, sont indispensables à la résolution de certaines énigmes, et certaines lignes de conversation restent disponibles à loisir pour disparaître quand elles deviennent inutiles. Il est toujours possible de les contourner cependant d'un simple clic, tout comme les cinématiques. Cinématiques qui sont d'ailleurs plutôt rares, relativement classiques, mais de bonne facture toutefois. Elles contribuent surtout à assurer un rythme dynamique et soutenu au jeu.

Les casse-têtes, quant à eux, sont toujours aussi riches et nombreux. De la sempiternelle association d'objets à l'habituel déchiffrage de code, le joueur qui aime connecter ses synapses sera servi de manière plus ludique que tortueuse. Bien sûr, pour le plus grand plaisir de ce joueur, qui est aussi un collectionneur, il est toujours question de ramasser une multitude d'objets en apparence totalement inutiles partout où l'on va, de cultiver ses tendances kleptomanes à la moindre occasion, de troquer une broutille anodine contre un bidule quelconque mais pourtant indispensable. Les poches de Nina et de ses acolytes sont comme à leur habitude insondables, mais qu'importe, puisque le plaisir de jouer les MacGyver est là. Certains agencements d'objets, comme dans Tunguska, sont parfois totalement improbables, mais apparaissent néanmoins très logiques au bout du compte (bien que certaines expérimentations soient aussi le fruit du simple hasard, il faut l'avouer). Les énigmes permettant de débloquer les portes et les coffres sont toutes très abordables, elles demandent une dose raisonnable de bon sens, parfois d'esprit de déduction et d'autres fois d'un peu de culture (très) générale. Mais en cas de panne sèche ou même de petite fatigue, les procédés d'aide déjà mis en place dans le premier opus sont repris tels quels : la snoop key (une loupe faisant apparaître les zones et objets cliquables dans chaque tableau), ainsi qu'un petit tuyau sur l'énigme en cours, lisible dans le journal de bord. Sachez même que ces petites bouées de sauvetage/ tentations sont comptabilisées et affichées à la fin du jeu... mais personne ne vous en tiendra rigueur à part votre conscience, rassurez-vous !


Le journal de bord prend à nouveau la forme d'un carnet de notes, agrémentées d'observations manuscrites, de photos, de croquis et de coupures de presse. Il a ceci de commode qu'il est commun à tous les personnages incarnés, ou plutôt qu'il appartient davantage au joueur qu'aux protagonistes : il permet de rappeler de manière exhaustive et synthétique les faits marquants ayant eu lieu, les objectifs et les questionnements en cours. Idéal pour les amnésiques chroniques ou tout simplement pour ceux qui auraient abandonné le jeu trop longtemps. Puritas Cordis peut aussi se targuer du titre de point'n'click anti-stress, puisqu'il n'y a pas de quick time event, et nonobstant l'enjeu et la gravité de la situation (n'oublions pas qu'il s'agit encore une fois de sauver le monde, quand même), les personnages se baladent littéralement d'une aventure à l'autre. Malgré les quelques morts qui sillonnent le parcours de chacun, et malgré le timing serré inhérent aux péripéties, celui du joueur n'a de limite que la réussite de son entreprise.

Réalisés en 3D temps réel, les personnages arborent des traits ultra réalistes... peut-être un peu trop, avec une légère tendance à l'eugénisme et au clonage (les gardes, stewards ou autres quidams dans la rue présentent tous quasiment les mêmes lignes de visage, seules la chevelure, la couleur d'yeux et de peau diffèrent). Les animations ne sont pas toujours gérées avec succès, si bien que certains déplacements et postures tendent parfois vers l'étrange, et nous mettent en présence de poupées molles légèrement désarticulées. Les textures de vêtements et de matière sont diversifiées et assez bien traduites, mais encore une fois pas très bien intégrées, et paraissent parfois un peu rigides. Mais avec le recul, l'ensemble se tient bien, notamment car chaque personnage a une personnalité bien propre, et nous est attachant - Nina en tête, grâce à son humour pétillant alternant parfois avec une ou deux tirades un brin lourdaudes. Et surtout, malgré une animation pas toujours très esthétique, aucun d'entre eux ne rencontre de problème de gravité, ne se surprend à rater une porte, heurter les murs ou un objet saillant. Pas de bug d'intégration des bonshommes dans les décors donc, ce qui facilite bien évidemment la prise en main du jeu. Le doublage français rend bien justice aux pics d'ironie de Nina (malgré quelques pointes de surjeu par endroit), à la désinvolture de Max et à l'aspect farfelu des personnages secondaires. Ceux-ci apparaissent d'ailleurs un peu plus intelligents que leurs légendaires collègues des autres jeux, et on en vient même à regretter la disparition de certains au cour du périple, et de quitter les autres au terme du jeu. Mais ne désespérez pas, vous aurez peut-être l'occasion de prendre de leurs nouvelles quand même !


Les décors, comme dans beaucoup de récents point'n'click, sont en 3D précalculée, mais ressemblent à s'y méprendre à des tableaux en 2D : minutieusement détaillés, de la feuille d'arbre du parc au design très classe du navire de croisière. Les lumières et les ambiances, plus abouties encore que dans Tunguska (déjà très réussies sur ce plan) sont particulièrement paradisiaques, des rayons de soleil filtrant à travers les arbres aux lueurs tamisées de petites lampes d'intérieur. On regrettera cependant que l'imagerie de Paris aux yeux d'un étranger (les développeurs sont allemands) ne puisse absolument pas se passer d'une 2 chevaux et d'une Tour Eiffel, surtout lorsque l'intrigue se déroule du côté du Père Lachaise et de Ménilmontant... mais passé ce détail légèrement énervant, le cadre de jeu est tout bonnement magnifique.

Deuxième mouture d'un premier épisode très efficace et très divertissant, Secret Files 2 : Puritas Cordis se sirote également comme du petit lait, grâce à des ingrédients certes très semblables, mais toujours cuisinés avec amour. Trève de métaphore... le nouveau venu et le joueur qui avaient apprécié Tunguska devraient (re)prendre du plaisir (et sans doute davantage) à suivre Nina, Max et les autres dans cette nouvelle aventure, d'autant plus que la durée de jeu oscille entre 16 et 18 heures cette fois-ci. Malgré ce temps plus que notable passé en leur compagnie, on tendrait presque à réclamer un bout de route supplémentaire. Ce n'est pas pour tout de suite, mais ce n'est que partie remise, j'en suis sûre.

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