9.5/10

Shadow of the Colossus - Test

Après un éblouissant ICO, injustement passé inaperçu par manque de mise en valeur de la part de Sony, l'équipe de développement de Fumito Ueda prend le contre-pied de la tendance actuelle de développer des suites et nous a concocté un nouveau jeu très différent.

Pourtant dès les premiers pas dans le jeu, le parti pris esthétique fait indéniablement penser à son prédécesseur avec un grain de l'image très particulier, des paysages immenses, des couleurs très douces. La bande-son est aussi très épurée, les chevauchées du héros sont subtilement parsemées de sonorités de la Nature : des gazouillis d'oiseau, le vent qui s'engouffre dans un précipice ou faisant frémir la végétation, l'eau s'écoulant dans une petite rivière à la lisière d'une forêt. Nature avec un N majuscule tellement le jeu est un hommage à sa beauté, sa pureté mais aussi à sa domination, l'homme passant parfois pour le décor.


Voyage, voyage

Oui, Shadow of the Colossus, ou SOTC, fait partie du cercle d'élite des jeux qui font voyager les rêveurs que nous sommes tous dans une contrée loin, très loin dans laquelle poésie, contemplation, apaisement et pureté se mélangent de manière harmonieuse. Des sensations que j'avais presque oubliées depuis ICO et Shenmue. Seulement SOTC va encore plus loin dans la démarche en proposant un gameplay complètement novateur et en parfaite adéquation avec le parti pris artistique.

Vous incarnez Wanda, un jeune garçon, qui pour sauver sa dulcinée va demander l'aide d'une divinité résidant sur une terre interdite. Le héros est accompagné de son fidèle destrier, Adro, indispensable pour traverser les vastes étendus à la recherche des Colosses. En effet, Wanda a passé un marché avec Dormin et doit terrasser seize Colosses en échange de la résurrection de sa bien-aimée. Dès la première cinématique, on est impressionné par le travail sonore effectué sur les voix, notamment celle de Dormin qui représente à merveille la grandeur de son essence divine. La mise en scène est parfaitement maîtrisée, des angles de vue au choix des mélodies, et inspire douceur, poésie et mélancolie.

A partir de là, le schéma de jeu est immuable : on traverse le monde à la recherche d'un Colosse à l'aide de son fidèle destrier (l'épée du héros indique alors la direction vers laquelle aller en reflétant la lumière du soleil et en la condensant en un seul rayon lumineux). Une fois celui-ci trouvé, une longue bataille s'ensuit pour l'abattre et on revient au point de départ prêt à en découdre avec un autre. Quoi, c'est tout ? Eh bien oui c'est tout. Il n'y a d'ailleurs pas d'ennemis intermédiaires, les seules créatures à tuer étant les Colosses. Et pourtant on ne s'ennuie pas une seule seconde pendant les huit heures que constitue cette épopée.


Un cavalier qui surgit hors de la nuit

Tout d'abord, les phases d'exploration sont de purs moments de détente, on admire les paysages, la caméra se plaçant d'ailleurs subtilement en contre-plongée derrière le héros pour mieux laisser apprécier au joueur les superbes décors, on s'extasie lorsque l'on découvre de nouveaux lieux tous plus enivrants les uns que les autres : bosquet, clairière, gouffre, cascade, plaine désertique, ruines...

Un autre point important est l'importance du cheval que l'on a vraiment l'impression de dompter, on ressent ses réactions toutes extrêmement crédibles. Il ne suffit pas juste d'appuyer sur un bouton pour le faire avancer, il faut aussi s'adapter à son comportement si bien que l'on a parfois l'impression d'avoir affaire à un véritable étalon. Les animations du cheval et du cavalier sont d'ailleurs incroyables et variées. Quand on a déjà fait un minimum d'équitation, c'est encore plus frappant et on se surprend parfois à observer Adro pendant quelques secondes pour s'extasier devant son comportement ultra crédible.
Techniquement le jeu est aussi très maîtrisé durant ces phases avec des effets de lumières, d'ombres et de particules sublimes au même titre qu'une bande son uniquement composée de bruitages naturels invraisemblablement réalistes. Jamais le bruit du vent ou de l'eau n'a été aussi crédible dans un jeux vidéo.


David contre Goliath

Passons maintenant au gros morceau du jeu : les combats contre les Colosses. Au premier abord, on se dit que seize ça fait beaucoup mais c'est sans compter sur l'imagination des développeurs qui ont réussi l'exploit d'en faire autant de morceaux de bravoure épiques, intenses et uniques provoquant leur lot de sensation et de surprise.

De manière générale, le combat contre un Colosse se déroule en plusieurs étapes : premièrement on cherche le moyen de lui monter dessus, c'est souvent la phase la plus longue car chaque Colosse a une tactique d'approche bien particulière faisant un minimum travailler sa réflexion et sa logique. Ensuite, s'ensuit l'étape éprouvante de l'ascension du Colosse qui mesure bien souvent des dizaines de mètres de haut. Et enfin, on plante son épée à plusieurs reprises dans son point faible symbolisé par un artefact brillant.
Alors là, que dire, à part, qu'on est vraiment impressionné par l'imposante carrure de ces véritables niveaux ambulants. En effet, certains demandent 45 minutes pour être défaits, leur mort devenant alors un soulagement, tellement les sensations sont intenses, on en ressent presque de la fatigue. Ils sont superbement animés, magnifiques esthétiquement et surtout incroyablement vivants. Il faut les voir se débattre lorsque l'on est agrippé dessus, pousser des cris d'agonie lorsque l'on plonge violement l'épée dans leur chair dans une gerbe de sang noirâtre et s'écrouler lentement une fois leur dernier souffle expiré. D'ailleurs, il se dégage une certaine tristesse lors de la mort de chaque créature dont l'essence vitale est absorbée par le héros.
La musique se dévoile alors avec des morceaux épiques souvent magnifiquement composés prenant de l'ampleur au fur et à mesure de la joute et retombant lentement une fois la bête achevée. Les effets spéciaux nous en mettent plein la vue sans être trop abondants et chaque combat est un exploit technique pour une Play2 qui doit croire que son dernier moment arrive lors de chaque rencontre avec un Colosse.
Il y a énormément d'autres choses à dire à propos des Colosses mais le mieux est que vous les découvriez par vous-même tellement le plaisir de jeu est décuplé par ces découvertes.

Un dernier mot sur le héros, véritable être humain prêt à tout pour sauver son amour qui, pour sauver une vie ne va pas hésiter à en sacrifier une dizaine. Il n'y pas vraiment de gentil ou de méchant dans l'aventure, rien n'est manichéen, d'où la tristesse qui s'empare du joueur lors de la mort des Colosses, faisant doucement retomber la frénésie du combat. La relation entre Wanda et Adro est aussi très touchante, Adro jouant un rôle très important dans l'aventure.
Pour finir, la fin est sûrement la plus magnifique qu'il m'ait été donné de voir dans un jeu vidéo, servie par les compositions les plus belles de l'aventure.


Conclusion

En conclusion, Shadow of the Colossus est un incroyable concentré d'émotions et de poésie. Il serait complètement impensable pour tout fan de jeux vidéo de passer à coté, tellement c'est un pur bonheur de parcourir un jeu aussi riche, original, dépaysant et maîtrisé de bout en bout.
Il vient définitivement d'accéder au panthéon des meilleurs jeux de cette génération de console.

A découvrir

F.E.A.R. - Test

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2 commentaires

  • Perco

    28/03/2006 à 23h18

    Répondre

    Bravo, superbe critique pour un jeu litteralement hors du commun, et pour cause, il est integralement novateur. Mais au dela de la nouveauté, c'est une experience, une ambiance, un plaisir et des sensations hors du commun pour un jeu vidéo...

    Il n'y a pas grand chose a rajouter, je pense que cette critique et celle que j'ai faite dans les critiques des internautes (et sur mon site) suffiront a vous convaincre que SotC est une bombe, et meme plus, il est a mon sens au dela de ce qui se fait dans le domaine. Un chef d'oeuvre.

    Bon j'arrete les superlatifs vous allez vous endormir...

    PS : Le cheval s'appelle Agro...

  • Anonyme

    08/12/2009 à 21h24

    Répondre

    Shadow of the Colossus, c'est la claque je je flanquerais à tout ceux qui oseraient me dire que le jeu vidéo ne sera jamais de l'art. Parce que ce jeu là est une perle rare.


    Shadow of the Colossus est un jeu d'aventure au scénario très simple au début : Vous incarnez Wanda, un jeune homme qui veut faire revivre sa bien aimée et qui se rend en terres interdites pour le tenter. Là-bas, un dieu lui dit d'abattre seize colosses. Wanda, en echange de la promesse que le dieu fera revivre sa bien aimée, s'élance avec son seul compagnon, sa cheval Agro, dans les vastes plaines qui entourent le temple.


    Déjà, première remarque : Shadow of the Colossus est le plus beau jeu de la playstation 2 après Final Fantasy 12. Chaque détail graphique est crucial, les effets de lumière et de mouvement sont spectaculaires et la gestuelle des deux protagoniste est très précise.


    Côté bande-son... c'est à tomber raide. Ne pas chercher bien loin : vous ne trouverez jamais mieux en matière d'OST vidéo-ludique, même dans les consoles next-gen. La musique de Kou Otani, lyrique et grondante, ne passe que pendant les affrontements contre les imposants colosses. Les déplacements de Wanda ne sont en revanche ponctué que par les bruits de sa monture, et de la nature. Et c'est à tomber raide, franchement. Non seulement la bande-son est gérée parfaitement et minutieusement, mais... quelle bande-son ! Les musiques de Kou Otani sont un chef d'oeuvre en elle-mêmes !


    Le gameplay est très simple. Souvenez-vous d'Ico, les développeurs n'avaient pas cherché à compliquer le Joypad, là, c'est pareil. La prise en main est immédiate. Vous aurez deux jauges à gérer : celle de la vie et celle de l'endurance, enfin la barre de vie du colosse. Vous l'aurez compris, le HUD est des plus légers.


    Petit souci de durée de vie par contre : si l'aventure est magistrale, elle est bouclable en 10 ou 12 heures. Mais vous y passerez surement 16 si vous voulez posséder les barres de vies et endurance parfaite, et 20h si vous voulez découvrir chaque moindre recoin de ce monde si vaste. Comptez aussi 1h que vous passerez à retourner admirer le paysage magnifique de Shadow of the Colossus quand vous aurez compris que la fin est proche.


     


    Shadow of the Colossus est le jeu parfait en tout points. Je ne vous ai pas parlé de l'ambiance, elle ne se décrit pas, elle se sent. C'est là que réside l'oeuvre d'art dans ce jeu : la détresse du héros est communiquée au joueur par un ensemble de détails qu'on ne remarque même pas. Chef d'oeuvre technique, chef d'oeuvre de créativité, je lui met 19/20, moins 1 point pour sa durée de vie limitée.

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