7/10

Shadows of the Damned - Test

Le fruit de cette nouvelle collaboration entre Suda 51 et Mikami Shinji (auxquels s'est joint l'ex compositeur et producteur de la série Silent Hill Yamaoka Akira) lorgne hélas un peu trop du côté du gameplay de Resident Evil 4 pour espérer réitérer le coup de maître que fut Killer7, mais son ambiance absolument unique et un savoir faire plus qu'indéniable font que ce Shadows of the Damned emporte tout de même l'adhésion du joueur féru d'action, si tant est que le joueur en question soit un minimum versé dans l'humour grotesque et potache qui laisse des traces sur les murs.

Pour les chasseurs de démons comme Garcia Hotspur, la vie n'est pas toujours de tout repos. Déjà qu'il faut passer son temps à décaniller des créatures infernales, mais en plus quand il s'avère que l'une d'entre-elles est un VIP qu'il ne fallait pas toucher, les choses se compliquent et le seigneur des enfers en personne, le pas-bô Flemming aux trois paires d'yeux, débarque pour enlever Paula, la douce et tendre de Garcia, avec la sinistre intention de lui faire souffrir milles morts dans l'Hadès. Mais Garcia c'est quand même le héros et ni une ni deux il se lance à la poursuite du seigneur des ténèbres, direction les enfers, accompagné de Johnson, démon repenti qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui peut prendre plusieurs formes, notamment celle des différents flingues dont Garcia aura besoin pour dégager le chemin.

Resident pendejo


Garcia Hotspur et le démon repenti Johnson :
un duo qui ne manque pas de cojones !
Shadows of the Damned
est le fruit de la collaboration de trois têtes pensantes majeures dans le paysage du jeu vidéo moderne, et pour ceux qui connaissent un peu leurs précédents exploits il est même amusant de chercher qui est responsable de tel ou tel élément du soft.
Ainsi il saute assez vite aux yeux que le jeu doit sa jouabilité à Mikami Shinji, tant on a à faire à un gameplay qui rappelle furieusement et presqu'à la touche près Resident Evil 4. On dirige donc Garcia comme Léon Kennedy, et comme avec ce dernier la caméra se place au dessus de l'épaule quand il faut viser (avec quand même deux différences notables, on peut bouger en visant dans Shadows of the Damned, et il est possible de faire des roulades d'esquive à tout moment), et comme pour RE4 le héros est équipé d'armes assez classiques - un pistolet, un pompe et un pistolet mitrailleur - qui bien entendu pourront être améliorées.


L'enfer est certes pavé...
De même on sent comme un parfum de RE4 dans le level-design du jeu, linéaire mais très bien rythmé, avec son lot d'items et de gemmes à récupérer, que ce soit en dézinguant les démons ou les caisses éparses (et qui donnent accès à des gemmes blanches, que l'on échangera contre divers alcools - saké, tequila ou absinthe - permettant de se régénérer, et les rouges sont là pour les divers upgrades d'armes et de barre de vie. Et il y a même un démon-marchand itinérant !)
Pour finir ce rapide panorama des influences « mikamiesques », on citera les patrons forcément bigger than life, et leurs patterns d'attaques. Des boss pas spécialement difficiles à basher, soit dit en passant, d'autant plus que leur point faible est généralement et généreusement indiqué pour être sûr que le joueur ne va pas bloquer 107 ans (et à l'issue des fights on gagnera des gemmes bleues servant à modifier les soufflants).

Hell ain't no bad place to be


...mais pas vraiment que de bonnes intentions
Par contre pour ce qui est de la grande force du titre, à savoir son ambiance et son design, on peut avancer sans trop se tromper que c'est là l'œuvre du directeur exécutif Suda 51. Que ce soit le personnage de Garcia, sorte de Benicio Del Toro qui aurait fait un stage de savoir-vivre chez Roberto Rodriguez et distribuant du « cabron » et du « pendejo » à tours de bras, ou encore la démesure gentiment fêlée d'un enfer tout droit sorti d'un mix entre le film grindhouse et le giallo cher à Dario Argento et autres membres de la famille Bava, tout ici respire le gore outrancier, l'humour graveleux-décalé, et les sous-entendus scabreux et scato sont légion. Par exemple, les checkpoints sont marqués par un démon qui « défèque » les points de respawn. Certaines portes ou grilles sont bloquées par des sceaux qui ont l'apparence de faces de bébés grotesques à qui il faut violemment faire avaler des fraises ou des morceaux de cervelle pour qu'ils lâchent prise sur les serrures. Le démon Johnson (en argot anglais « johnson » veut dire « braquemart »), qui au repos est présent sous forme de torche, se transforme en gun démesuré du nom de « big boner » (grosse qu...) dont Garcia use d'une façon plutôt...suggestive. Tout au long du jeu on trouve des livres qui racontent de petites histoires...toutes plus irrévérencieuses et salaces les unes que les autres. Et la douce Paula, objet de la quête infernale de Garcia, n'en finit pas de mourir encore et encore, généralement de façon obscène, comme lorsqu'un démon libidineux surgit de ses entrailles, ouvrant littéralement la malheureuse en deux.

Come and taste my Big Boner !
Une ambiance barrée et décomplexée donc, dans un esprit qui ne surprendra pas l'habitué des précédentes créations du papa des No More Heroes, et qui fait réellement l'intérêt de Shadows of the Damned (bon, évidemment, âmes sensibles, passez allègrement votre chemin), tout comme la présence du troisième larron de ce trio infernal, Yamaoka Akira, qui signe ici une superbe bande son souvent « hispanisante » tout à fait en accord avec l'atmosphère du jeu (bien que l'on trouve ça et là des influences très Silent Hill, comme les sons des menus, ou la présence lancinante de riffs de guitare graves et la voix de Mary Elizabeth McGlynn au détour d'un charnier), et dont on pourrait aussi bien soupçonner qu'il ait apporté sa pierre à l'édifice du game-design quand l'ambiance se trouve chargée d'une certaine mélancolie morbide.

No rest for the wicked

Mais malgré cette somme de talent - qui, il est vrai, fait tout le sel de Shadows of the Damned - le jeu n'est pas pour autant et forcément un must-have.
D'abord parce-que techniquement il est perfectible à de nombreux niveaux. Graphiquement tout d'abord, car bien que dans l'ensemble ce soit assez réussi (notamment en ce qui concerne le jeu des couleurs), l'Unreal Engine commence un peu à accuser son âge. Et si l'ami Garcia ne manque certes pas de gouaille et de charisme, sa maniabilité se révèle quand même pas très souple.


Garcia a vraiment un gros Johnson !
Et si l'on fait abstraction des fortes personnalités de ses créateurs, Shadows of the Damned en tant que jeu d'action se révèle être juste dans la moyenne, et certainement moins impressionnant qu'un - par exemple - Resident Evil 4 dans le même genre.
Reste quelques idées qui fonctionnent et qui mettent bien la pression, comme le fait que régulièrement les ténèbres envahissent le décor, et que pour y survivre Garcia doit au plus vite trouver des totems (vivants) en forme de têtes de bouc sur lesquels tirer un jet de lumière pour dissiper la vague sombre (jets de lumière qui serviront aussi à dépouiller les démons de leurs carapaces de ténèbres et les immobiliseront quelques secondes par la suite), et quand il n'y a pas de têtes de boucs il s'agira de quitter la zone au plus vite tout en ramassant à la volée des cœurs pour éviter que sa barre de vie ne descende trop vite.


Suda 51 à l'E3. Un homme charmant !
Moins marquant et original que la précédente collaboration Suda 51/Mikami (Killer7), notamment donc pour cause de recyclage de gameplay, Shadows of the Damned n'en reste pas moins un bon défouloir bien fait (bien qu'un peu court - comptez entre huit et dix heures pour finir cette virée aux enfers) et surtout un titre à l'ambiance décalée absolument unique en son genre qui vaut à elle seule le détour, pour peu bien entendu que l'on soit friand des délires particuliers de l'ami Suda.

 

Les +

Les -

+ l'ambiance unique

- gameplay peu innovant

+ l'humour particulier mais jouissif

- moteur graphique qui atteint ses limites

+ l'aventure bien rythmée

- personnage un peu raide

+ la bande son canon

- un peu court

 

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