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Shiness : The Lightning Kingdom

Shiness : The Lightning Kingdom, reprend beaucoup des codes des RPG de la belle époque, dans un univers graphique très japanime. Ce jeu des studios Enigami a suscité un certain engouement à son échelle parmi les joueurs les plus agés avant sa sortie. Coté mécaniques de jeu, c'est de Grandia II dont le jeu s'inspire tout particulièrement. Coté graphisme, Shiness possède clairement un charme unique et apporte, dirons-nous, une fraîcheur dans le monde vidéoludique actuel, avec son design animalier très coloré.

Alors que l'age d'or du RPG à la japonaise semble derrière nous depuis belle lurette, enterré par des Call of Duty, des Assassin's Creed et des Witchers, un jeu comme Shiness : The Lightning Kingdom relève de la madeleine de Proust. Un jeu qui renvoie à une époque où le J-RPG, aujourd'hui à la traîne, faisait figure de pionnier. La qualité graphique d'un jeu (console, j'entends) se mesurait alors en nombre de polygones, et l'industrie du jeu vidéo était de manière générale beaucoup moins cynique qu'aujourd'hui. Le studio français Enigami, à l'origine de Shiness, est composé pour la majeure partie de gamers de l'ère Playstation 1 et 2, soucieux de créer un jeu rendant hommage à cette génération de jeux qui a vu la transition de la 2D vers 3D, menée avant tout par le jeu vidéo japonais qui a su le mieux en tirer parti. Le public cible a désormais la trentaine et a vécu la vague déferlante de la démocratisation des animes et les mangas en France.

Ainsi ce n'est pas une surprise de voir que Shiness, un jeu reprenant beaucoup des codes des RPG de cette époque et un univers graphique très japanime, a suscité un certain engouement à son échelle parmi les joueurs les plus âgés avant sa sortie. Coté mécaniques de jeu, c'est essentiellement de Grandia II dont le jeu s'inspire tout particulièrement. Coté graphisme, Shiness possède clairement un charme unique et apporte, dirons-nous, une fraîcheur dans le monde vidéo-ludique actuel, avec son design animalier très coloré. Shiness vise très juste, en plein dans le coeur des jeunes trentenaires.


Votre équipe au complet, chacun représentant un élément magique.

Shiness se déroule dans un monde heroic-fantasy, où la magie remplace en grande partie la technologie. Chado et son ami Poky sont de jeunes wakis, des espèces d'hommes raton-laveurs, qui décident partir à l'aventure, loin de leur village. A vrai dire Chado possède depuis peu la capacité de parler un esprit de la nature appelé shiness, que lui seul peut voir. Au cours de leurs voyages, ils feront nombre de rencontres et se retrouveront mêlés malgré eux à une situation qui les dépasse. Il faut bien reconnaître qu'au niveau de l'histoire et des personnages, Shiness tient ses promesses. Nous sommes dans un monde un peu kitsch, typique des JRPG, avec ses propres codes et clichés, et l'on pourra même rajouter que l'influence principale du scénario provient plutôt de jeux tels que Grandia II, où la bonne humeur, l'optimisme, parfois la naïveté du héros mènent assez largement l'ambiance générale du jeu. Et il faut bien dire que, tout en restant un cliché, cela apporte une bonne bouffée d'air frais face au type de héros tourmenté qui est en vogue actuellement.

Là où Shiness déçoit assez vite, c'est sur deux points particulièrement lourds de conséquence. Le premier est le système de combat, crucial pour tout RPG. Depuis l'invention du genre avec Final Fantasy (ou Ultima pour une approche plus Donjon et Dragons donc pas vraiment applicable ici), le système de combat au tour par tour a été perçu comme une des faiblesses propres à ce style, obligeant d'une part à interrompre la phase d'exploration pour entrer en phase de combat, et d'autre part comme un élément d'une lourdeur inélégante, que les prochains RPG chercheront à atténuer autant que possible dans le meilleur des cas, et à se débarrasser pour les plus radicaux d'entres eux. Un bon nombre de RPG se sont contentés d'atténuer le principe de tour par tour avec de nouvelles mécaniques plus souples (l'Active Time Battle des Final Fantasy VI et VII par exemple, où le système dynamique de Grandia II), d'autres ont cherché avec plus ou moins de succès à le supprimer purement et simplement (le système inspiré des MMORPGs de Final Fantasy XII, ou encore la liberté de mouvement absolue d'un Star Ocean). Malgré tout, un bon nombre de RPG grand public utilisent encore le système combat en tour par tour (Bravely Default et sa Suite Bravely Second sur 3DS pour ne nommer que ceux-là), prouvant qu'il est encore parfaitement en mesure de remplir son objectif pour qui sait l'utiliser. Mais encore aujourd'hui, et durablement, le vent est sur ce front favorable à l'innovation, parfois à tort.


Le premier gros donjon du jeu.

Cette petite digression montre bien l'importance du choix du système de combat dans un RPG. Particulièrement ambitieux, Shiness vise l'un des graal inatteignables dans le domaine, avec un système de combat style jeu de baston, et avec le moins de rupture possible entre la phase de combat et la phase de recherche. Ainsi chaque combat ne transitionne pas à proprement parler vers une zone de combat : le lieu d'exploration se transforme plutôt en une arène fermée. Et plutôt que d'écrire votre attaque avant de regarder vos personnages faire, à vous de taper les enchaînements à base de coup de poing, coup de pied, esquive et roulade. Des techniques spéciales et des magies (utilisables également en dehors de combat pour accéder à certaines zones) sont également à votre disposition.

Une mécanique naturelle qui vise à enchaîner les combats de manière naturelle, et quasiment sans effort à la manière d'un jeu d'action. Mais rien que là le but visé n'est pas vraiment atteint. Même si la transition entre combats et exploration est amenuisée, elle existe encore. Et malgré le côté jeu de combat, ils restent assez rébarbatifs, pour ne pas dire galère par certains moments. La faute à des ennemis qui se protègent beaucoup trop souvent, rallongeant parfois jusqu'au les combats avec le moindre ennemi de base. A cela s'ajoute une caméra complètement inerte, inadaptée au dynamisme des combats, rendant l'action inintelligible, ou en obligeant le joueur à la recentrer toutes les 30 secondes. Enfin, les arènes pouvant se créer dans tout lieu où existent des ennemis, il arrive parfois qu'un combat ait lieu dans une zone de plate-forme, où un autre lieu rendant le combat infaisable ou occasionnant des bugs (personnage coincé derrière un rocher, chutes en série dans un précipice...).


Un certain souffle épique traverse le soft à certains moments. Qu'il est dommage qu'il faille autant ramer pour y arriver.

Et nous en arrivons au deuxième gros problème de Shiness. Malgré un univers assez engageant sur le papier, la progression générale du jeu se fait de manière laborieuse. Le jeu est relativement beau et foisonnant, mais l'univers en 3D temps réel est source de confusion, la faute à une intrigue et des mécanismes de jeu pas assez bien expliqués, alors que le jeu est souvent plutôt carré dans ce qu'il vous demande de faire et comment y arriver. Où aller, pourquoi, comment ? C'est souvent en suivant la flèche sur la mini-map que l'on avance dans le jeu, par défaut d'éléments visuels suffisamment précis pour comprendre quoi faire. Faut-il, ou peut-on, escalader le toit de cette maison au fond du marécage, ou bien n'est ce qu'un élément de décor ? Rien ne permettant de trancher dans un sens ou dans l'autre, il faudra bien une vingtaine de tentatives pour avoir notre réponse (elle est négative). Un exemple assez représentatif de la progression dans Shiness : elle se fait par tatonnement, sans réellement que le jeu ne mette en exergue la manière de trouver des solutions ou quel chemin prendre.

Autre dommage collatéral de la conception approximative des décors en 3D : les sauts, particulièrement pénibles et très souvent sollicités.

Ainsi, Shiness demandera une certaine patience pour avancer. La patience réservée aux jeux qui ont un potentiel, mais qui souffrent d'une exécution médiocre, rendant chaque pas plus douloureux que le précédent, jusqu'au moment où l'on se dit que tout cela n'en vaut plus la chandelle. Je vous invite toutefois à redoubler de persévérance, car le charme de Shiness ne se limite pas à ses personnages et à son histoire. La bande-son du jeu est notamment digne d'une écoute approfondie, et ses énigmes, basées sur les talents uniques de vos personnages, assez originales et inventives. Toutefois, avec son système et sa finition en l'état, la trentaine d'heures qu'il vous faudra pour finir Shiness pourra vous paraître longue.


Malgré une première partie assez dirigiste, le jeu devient vous lache vite dans la nature.

 

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