6.5/10

So Blonde - Test

Que peut-on attendre d’un jeu qui vous place aux commandes d’une blondinette moderne, superficielle et en apparence décérébrée - échouée qui plus est sur une île perdue d’un autre âge ?

Que peut-on attendre d'un jeu qui vous place aux commandes d'une blondinette moderne, superficielle et en apparence décérébrée - échouée qui plus est sur une île perdue d'un autre âge où règnent des pirates crasseux et imbéciles ? A vrai dire, tout sauf du dépaysement et de l'originalité. L'incomparable saga des Monkey Island et plus récemment le second opus de Runaway ont déjà organisé le nécessaire pour nous habituer à ce type de circuit touristique anachronique. Et l'on ne compte plus les éternels archipels oubliés qui ont déjà servi de toile de fond à près de 80% des jeux d'aventure. Alors bon… Lorsqu'un studio de développement invite les joueurs à plonger dans une mer tiède pendant que le mercure atteint les 45° à l'ombre, le courage de se jeter dans un tel bouillon fait défaut, indéniablement. La peur de choper une méchante et vieille insolation aurait d'ailleurs était en sus si derrière l'entame peu accrocheuse de So Blonde, la plume généralement tordante de Steve Ince n'avait pas été de la partie. Car question humour et décalage, cet appât de prestige en connaît un rayon, comme le prouvent ses savoureux scénarii sur la saga des Broken Swords.


Cette fois-ci encore, le bonhomme s'en sort avec dignité, ne se contente pas des clichés nunuches à la mode et sauve du naufrage les locataires et rescapés de l'île… avec plus de gaucherie que d'ordinaire. Si les réflexions de Sunny peuvent être marrantes au début, elles ne décollent pour ainsi dire jamais par la suite. Même si ses neurones se mettent quelques fois à luire, l'ampoule étincelante ne tient pas longtemps, sans cesse rattrapée par le côté Obscur de la futilité. Sur le fil, et en permanence donc : à deux doigts de griller. En fin de compte, l'humour bon enfant et trop sage de So Blonde ne peut lutter contre les perles absurdes et subtiles de Guybrush dans Monkey Island ou du Stobbart des Broken Sword. Cependant – comme une poignée de critiques l'a laissé croire, il serait incorrect et malhonnête de soutenir que Sunny n'évolue pas au cours de son périple à rebondissements. Ce personnage caricatural n'est certes pas malin (son entourage encore moins) mais gagne au final un peu en maturité et balance aux encoignures deux trois répliques blindées en culture générale. Bien sûr, cette Eve Angeli en puissance n'a malheureusement pas l'envergure naïve et poétique de notre chanteuse philosophe et fausse blonde nationale favorite. Elle n'en devient pas moins attachante… et peut-être un peu trop cul cul la praline pour certains.


La modélisation 3D et le rendu cartoon des personnages sont techniquement en dessous d'un Runaway. A des kilomètres, même. Les traits de Sunny et compagnie sont un chouilla brouillons pour être agréables à contempler. L'animation, quant à elle, se limite au strict nécessaire. Les protagonistes traînent le pas : un vrai calvaire lorsqu'ils se déplacent entre deux actions ! La plupart du temps, ces êtres faits de polygones donnent l'impression de vouloir remettre au goût du jour le fameux popping des Electric Boogaloos. Le tout en moins péchu et sous Lexomil. Loin sont les expressifs et divers mouvements de Brian Brasco dans The Dream of the Turtle ! D'ailleurs, l'attirail artistique déployé pour les protagonistes 3D est en décalage par rapport aux environnements 2D surchargés de multiples fioritures. A condition de ne pas être allergique aux dessins fouillis et chatoyants, les décors de So Blonde – pardonnez-moi l'expression : en ont dans le caleçon ! Suffisamment, en tout cas, pour rivaliser avec les jolis paysages hispaniques de Pendulo. Un volcan qui fume, une cascade d'eau qui rugit, une végétation qui frétille, des tissus soulevés par le vent. Quelque soit l'endroit où le regard se porte, la vie fourmille… même si certaines pseudo animations ne sont pas une réussite, faisant plus bricolage maladroit qu'autre chose (feuilles de palmier ; voiles de navire). L'activité environnementale reste toutefois au beau fixe : papillons de lumière, lucioles du tombeau, nuée de zozios, ailerons de squales paradent entre ciel traversé de gros cumulus et mer chatouillée par l'écume. Les architectes de l'île iront même jusqu'à transformer petit à petit certains endroits ou à les immerger dans une pénombre romantique.


Mais le clou titanesque du spectacle constitue le flot considérable d'éléments graphiques disparates glissés parmi les décors. De mémoire d'homo pointeur cliqueur, jamais (oh grand jamais !) un jeu d'aventure n'avait outrepassé les frontières de l'excès dans ce domaine. A la manière du duo Arleston et Tarquin dans la bande dessinée Lanfeust de Troy, et dans la lignée des clins d'œil d'un Runaway, les illustrateurs de So Blonde se sont amusés à gorger chaque tableau de références à la culture populaire : cinéma, peinture, musique, jeu vidéo, architecture, télévision, littérature… jusqu'à plus soif. Très vite, le joueur comprend que dans le périple qui lui est proposé s'inscrit un jeu de pistes plus ou moins rigolo, dont le but est de repérer et d'identifier ces copieuses sources d'inspiration. Evidemment, le challenge est purement anecdotique et n'influe pas sur la trame principale. Les plus nostalgiques trouveront cette attention divertissante, avec à la clé l'émergence de bons souvenirs. Les autres qui ne comprendront pas l'intérêt de la démarche n'auront qu'à passer leur chemin et se concentrer sur les énigmes de So Blonde. Celles-ci – de conception très traditionnelle, ne mettront toutefois pas au défi votre perspicacité, mais plutôt votre patience. Entre les allers-retours permanents et la bougeotte des personnages non joueurs (jamais à leur place habituelle lorsqu'on a besoin d'eux !), Sunny passe sa journée à crapahuter, un peu au pif, à la recherche du script (invisible) à déclencher pour se sortir d'une impasse. Ces pérégrinations hasardeuses et répétitives sont un classique du jeu d'aventure. Le problème de So Blonde est que chaque changement de tableau est bouffé par un temps de téléchargement longuet. Additionnées les unes aux autres, ces “salles d'attente” représentent à elles seules une bonne heure de (non-)jeu ! Sur la petite quinzaine nécessaire pour voir les différentes fins, cela peut devenir fâcheux. D'autant qu'en début d'aventure, une carte de l'île rejoint les nombreux objets de l'inventaire de Sunny. Mais pour des raisons apparemment techniques, cet item n'a pu profiter du fast travel prévu à la base. Dam !

A défaut de bons puzzles nécessitant une logique implacable, So Blonde est ponctuellement interrompu par 16 mini-jeux qui, lorsqu'ils ne sont pas visuellement abominables (la séance du bras de fer), tirent leur inspiration des nombreux badinages pixelisés qui ont fait les beaux jours des petites consoles Game and Watch à cristaux liquides tout au long des années 80. Ces parties rafraîchissantes, graphiquement typé et à la difficulté légère – à condition d'avoir de bons réflexes, ne sont pas des passages obligés et peuvent donc être zappées. Cela dit, seule la réussite de ces jeux débloque une “fin alternative”, au même titre que la résolution des quelques quêtes annexes cachées.


Côté ambiance musicale et sonore, maintenant : pas de quoi sauter au plafond. La besogne est correcte, l'exotisme au rendez-vous. Sur le papier, le casting vocal indiquait la participation des doublures françaises de Cameron Diaz, Antonio Banderas ou Sylvester Stallone (entre autres). A l'arrivée, le jeu des comédiens ne réussit pas toujours à convaincre… faute en partie aux dialogues “moyen de gamme” bazardés avec emphase et théâtralité. Quelques intonations de Sunny sonnent parfois faux. L'adolescente est censée être d'origine américaine, mais à plusieurs reprises, des répliques sont prononcées avec un accent “Marc Olivier Fogiel” des plus irritable – en plus d'être géographiquement saugrenu. A ce propos, les inflexions de certains habitants de la petite île sont vraiment improbables (Maria, la sœur des triplés) et cosmopolites, ce qui est tout à fait étonnant pour des insulaires coincés au même endroit depuis plusieurs siècles... Oh di dou dah ! Le “syndrome Jane Birkin” aurait-il encore frappé ?

Ces temps-ci, les point'n click ont le vent en poupe. Pas un mois ne se passe sans qu'un nouveau jeu d'aventure ne soit en vue ou ne sorte tout frais sur les étalages. Cette multiplication presque virale pourrait avoir de quoi enchanter les passionnés. Or, de nombreux softs se sont lamentablement cassés les dents sur le clavier des joueurs, tirant par la même occasion un peu plus le genre vers le fond. Que voulez-vous, ma pauvre Lucette ! L'adage est ainsi fait : Quantité ne s'accorde pas toujours avec Qualité. Ce qui nous amène par ricochets à conclure sur le So Blonde. Loin d'être le hit d'été que l'on pouvait attendre – les brunes, Lio et ses prunes seront aux anges, le jeu se démarque de ses acolytes sur bien des aspects. En face des temps de téléchargements abusifs, du contexte usé jusqu'à la corde et le caractère caricatural de l'ensemble, le level design soigné – plus fouillé qu'un Runaway, les mini-jeux sympas, et le mètre carré de références font la différence. Le tout développé en seulement 1 an. Bel exploit de la part des français Wizarbox – dans les rangs desquels figurent tout de même les responsables du portage Xbox de l'excellent Arx Fatalis. Il reste encore beaucoup de choses perfectibles. Les incohérences au niveau du déroulement de l'histoire sont trop nombreuses. Mais si une seconde aventure de Sunny était annoncée, là, tout de suite, je ne dirais pas non pour la seconder. En tout bien tout honneur, il va sans dire...

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