8.5/10

Splinter Cell - Test

Qui maintenant peut prétendre ne pas connaître Tom Clancy, ce romancier américain passé maître dans le récit paranoïaque pré-guerre mondiale, bourreau de travail ultra-documenté très porté sur les conflits informatiques internationaux. ? Même si l'auteur vous est inconnu, il est pourtant probable que vous ayez déjà apprécié un de ses scénarios à l'écran, ou même en jeux vidéo. A La Poursuite D'Octobre Rouge, Jeux De Guerre, La Somme De Toutes Les Peurs, ça ne vous dit rien ? Dans le mille.
Si Clancy a autant de succès (traduit en maintes langues, plusieurs milliers d'exemplaires vendus), c'est certainement qu'il le mérite. Il n'y a qu'à poser ses yeux sur les innombrables descriptions des moyens militaires contemporains utilisés par ses protagonistes, pour comprendre que l'homme aime le souci du détail. Et l'on peut frémir devant la lucidité dont il fait preuve dans l'étude des comportements humains et de la diplomatie internationale, transposition fictive de ce qui pourrait arriver ou même de ce qui arrive. Un sentiment certes décrédibilisé par un certain nationalisme américain, adoucissant les malversations des pouvoirs publics pour les élever au rang de sauveur providentiel.
Et comble du bonheur, ses récits peut-être un brin pessimistes trouvent formidable cadre en jeux vidéo, en rehaussant la catégorie shoot 3D d'un bon gros brin de tactique. Jusqu'à présent cadenassé sur les opérations commandos par équipe, Clancy décide de passer avec la nouvelle ère technologique à la vitesse supérieure : Le jeu d'Infiltration - Espionnage pur et dur. Les plus nantis d'entre vous me diront que ce n'est pas une réelle nouveauté, et se précipiteront de me citer un certain Metal Gear Solid 2. Et à cette judicieuse remarque, je ne pourrais que vanter ces chers héros que sont Solid Snake et Rayden, tout en clarifiant les choses : Splinter Cell n'est pas un assimilé de Metal Gear Solid. Si je vous disais qu'en plus, la compétition entre ces deux monstres aura certainement du mal à se désigner un vainqueur .. ?

Vous êtes Sam Fisher, super-espion américain dévoué à Echelon 3, une cellule de la National Security Agence qui n'existe pas. D'ailleurs vous n'existez pas non plus. Et c'est mieux comme ça. Imaginez simplement être capturé dans une ambassade chinoise alors que les tensions internationales entre la Chine et les USA se détériorent. Je vous le donne en six lettres, G.U.E.R.R.E ! Votre première mission en tant que ninja diplômé sera de retrouver la trace de deux espions visiblement moins diplômés que vous, perdus en plein milieu d'une guerre informatique en Géorgie. Le début d'une course contre la montre qui révèlera bientôt des caractères internationaux de très grande envergure...

Exit les opérations coordonnées à plusieurs, équipés de MP5, M16, Benelli et autres PSG-1, place au one-man-show très calibré infiltration. En l'occurrence, une opération intégralement menée en solo pour notre fringuant Sam Fisher, robuste athlète mal rasé très difficile à impressionner. Pour vous faire une idée, les concepteurs lui ont collé la voix de Michael Ironside en Vo, et celle de Schwarzenegger (pas de faute ?) en VF. Passons. Comme beaucoup d'autres expérience vidéo-ludiques, l'entraînement au maniement de sa marionnette fait office d'introduction aux ficelles du jeu. Et vous allez être servis ! Sans être exhaustif, Fisher peut courir, marcher sur la point des pieds, aussi bien debout que baissé, il peut s'accrocher à des corniches, des gouttières, des échelles, descendre en rappel, longer les murs, sans oublier mon petit préféré, le grand écart entre deux murs certifié aware par Jean-Claude himself. Pfiu. Il fallait un bon tutorial pour espérer assimiler ces indispensables mouvements qui seront la garantie d'une mission nette et sans bavure. Et bien non seulement l'intégralité des possibilités de Fisher seront passés en revue d'une manière claire et simple, mais en plus l'entraînement vous fournira l'essentiel du B.A.BA de l'espionnage. En d'autres termes, comment éviter de foutre en l'air une mission d'importance internationale en alertant la moitié du quartier par votre incompétence.

Car Splinter Cell est un jeu d'infiltration. Autrement dit, il devient primordial de surveiller non seulement votre visibilité, mais aussi les bruits que vous produisez et les indices que vous laissez derrière vous. Ce qui implique une vue à la troisième personne, pour garder un certain contrôle de la caméra et bien gérer les alentours. Deux règles sont alors à apprendre par coeur : Vos ennemis ont des oreilles, et vos ennemis ont des yeux.
Pour éviter le tapage sonore, rien de plus simple en pratique : marcher lentement, surtout sur des bris de verres, et s'abstenir de tirer trop près des gardes, à moins d'avoir l'intention de le coucher pour de bon. A défaut de stick analogique, qui aurait permis de doser la rapidité de Fisher, le contrôle de la vitesse se fait à la molette de la souris. Précis et efficace.
Pour vous dissimuler au regard de l'hostilité de votre environnement, cela devient une autre paire de manches. Ce n'est pas pour rien que Fisher est habillé en noir, il va falloir côtoyer les ombres. C'est ainsi qu'une petite jauge de furtivité vous alerte de votre degré d'invisibilité, par rapport à l'éclairage infligé à votre planque. « Lorsqu'elle est tout à droite, vous êtes un vrai sain de noël, à gauche, vous êtes un fantôme. », ce sont grosso modo les mots de Lambert, votre supérieur hiérarchique. Si vous restez trop longtemps en pleine lumière, il y a de fortes chances pour qu'un garde nonchalant ou une caméra bien placée repère quelque chose. Il devient alors intelligent de construire son chemin en éliminant les points de lumières indésirables, grâce à votre bon vieux USP silencieux. Une ou deux balles, et l'électricien de service pourra revenir changer les ampoules ou les caméras.
Vous pensez que vous ne verrez rien dans le noir, si vous vous bornez à vous fondre dans l'ombre.. ? Mais vous êtes un super espion, nom d'un James Bond ! Et votre masque en devient un allié très précieux ! Car il est équipé de vision infrarouge (pour voir presque comme en plein jour) et de lentilles thermiques (pour repérer les sources de chaleur). Vous pensez qu'un ennemi vous attend derrière une porte.. ? Mais vérifiez avec la mini caméra dont vous ne vous séparez jamais, cella que vous glissez en dessous du pas de porte pour porter un oeil attentif sur la pièce qui vous attend derrière, et en infra-rouge s'il vous plait ! La porte est bloqué.. ? Bon sang, personne ne vous a appris à crocheter les serrures ? Saisissez vos outils, et déglinguez moi cette poignée vite fait !
Mais être invisible ne suffira parfois pas, et l'idée d'éliminer le gêneur viendra immanquablement traverser votre esprit. Là-aussi, embarras du choix. La méthode douce, ramasser une bouteille ou une boîte pour la jeter au loin, et ainsi dévier l'attention de ce maudit garde. La méthode intermédiaire, se faufiler dans le dos de cette irritante sentinelle pour l'assommer puis planquer son corps derrière une poubelle. La méthode dur, coller une balle dans la nuque de l'exaspérant pied de grue qui d'un pas pourrait mettre le monde entier en danger. Notez qu'il est également possible d'attraper un ennemi pour le tirer dans un coin plus tranquille ou s'en servir comme bouclier humain, pour ensuite lui appliquer une petite méthode intermédiaire, voire l'interroger sous menace dans certains cas de figure, ou encore l'obliger à nous ouvrir une porte protégée d'un scanner rétinien.
Votre inventaire lui ira en évoluant. Si vous vous contenterez d'un pistolet de poing muni d'un silencieux et de votre mini caméra en premier lieu, votre sac à dos s'étoffera au fur et à mesure d'un fusil utilitaire (non seulement à balles, mais aussi capables de lancer des projectiles neutralisants, des grenades fumigènes, et même des caméras jetables), d'un brouilleur de caméra, d'u micro omnidirectionnelle très haute distance, de grenades à fragmentation, de crochets explosifs (plus rapide que votre serrurerie habituelle), etc. Tout cela trouve son utilité à un moment ou à un autre, et l'utilisation judicieuse de chacun de vos éléments sera le gage d'une mission de routine.

Dix destinations attendent Fisher dans sa lutte contre le terrorisme, chacune divisée en plusieurs objectifs reliés. Il n'est d'ailleurs pas rare de vous envoyer tête baissée dans la gueule de loup et de vous informer des conditions à remplir qu'une fois dans la place. Parfois même, un objectif bien rempli entraînera la modification du suivant ou en rajoutera à la liste, un nouvel élément que ne manquera pas de vous prévenir Lambert par l'intermédiaire de votre micro-oreillette. Ce diable de bureaucrate poussera même le vice jusqu'à vous interdire de vous faire repérer ou de tuer/assommer quelqu'un, sous peine d'annulation de la mission. Si par malheur Lambert décrétait la fin des haricots, plus qu'à récupérer sa dernière sauvegarde. Heureusement, comme tout shoot 3d qui se respecte, le traditionnel combo Chargement Rapide - Sauvegarde Rapide par l'intermédiaire de deux touches de raccourcis sera de la partie, et ne sera pas du luxe. Si l'on considère que quelques balles suffisent à vous étaler, mieux vaut se borner à passer les couloirs sans encombre, même s'il faut pour cela recharger plusieurs fois.
En cela, Splinter Cell constitue un challenge très intéressant, puisqu'il vous pousse à oublier la méthode bourrin (moi-vois, moi-tue) et privilégier la discrétion. Il n'y a souvent pas trente-six solutions pour accéder à la suite du niveau, très dirigiste dans son déroulement, mais vous gardez une certaine liberté de style pour y accéder. Et on se plait alors à essayer différentes techniques pour outrepasser telle ou telle difficulté, générée généralement par une configuration de l'environnement inadapté à votre sens du camouflage. Oui, Splinter Cell sait diversifier l'aspect des obstacles qu'il propose. En admettant une assimilation parfaite des rouages du jeu, et un sens de l'observation inouïe, le jeu peut paraître très court, mais la moyenne des joueurs devrait y trouver presque son compte.
Et votre lutte, vous la mènerez au travers d'un scénario typique du maître Clancy, contrebalancé entre politique, haute-technologie, sentiments humains, et menaces terroristes. Entre chaque mission, une petite vidéo s'attardera pour développer un chouia notre ninja de Fisher, et une série de flash infos type CNN vous informera de l'évolution de la crise.

Dernier aspect, et pas des moindres, la technique. Dire que Splinter Cell est simplement beau serait un immonde mensonge éhonté, tellement le jeu puise généreusement dans les entrailles de votre ordinateur (mis à part les vidéos, un peu obsolètes). Outre une modélisation précise des personnages, une animation très réaliste, et de superbes textures, les effets spéciaux (vision thermique, les incendies, etc.) et les jeux de lumière sont impressionnants de qualité, procurant une réelle immersion du joueur dans la peau de Fisher. Rien que l'animation des pièces de tissus flottantes méritent la plus profonde estime. En contrepartie, inutile de vous dire que la configuration conseillée est conséquente pour ne pas être ennuyé de ralentissements. Comptez un processeur supérieur à 1Ghz, 256 de Ram minimum, et une carte 3D 64 Mo.
Une excellente note également pour le doublage audio, remarquablement bien réalisé, bien que quelques terroristes se ridiculisent par leurs accents un peu trop prononcés.
Louanges également sur l'IA, qui vous donnera sérieusement du fil à retordre (je n'oublierais jamais les chiens de gardes). Au moindre bruit, vos ennemis effectueront une rapide inspection des lieux et plus particulièrement des coins sombres, et ils ne manqueront pas de donner l'alerte s'ils mettent à jour un petit cadavre suspect. Bémol cependant, le syndrome de la stupidité les touchera de temps en temps, oubliant de se demander pourquoi quatre cadavres se retrouvent empilés au même endroit ou pourquoi la sentinelle de garde a subitement quitté son poste. Et même dans une pièce très sombre, ils deviendront de vrais tireurs d'élites si une balle siffle trop près de leurs oreilles.

Conclusion, Splinter Cell est sans conteste l'alternative attendue au Best-Seller Metal Gear Solid, d'une technique irréprochable quoique très gourmande, et d'un challenge bien pensé et prenant. Le côté infiltration prend nettement le pas sur les pulsions primaires qui animent d'habitude les shoot 3D, suffisamment bien fourni pour laisser un souvenir impérissable (surtout les dernières missions) à chaque joueur prenant la peine de s'y plonger. Une expérience empreinte de réalisme imaginée par la vision lucide de Tom Clancy, encore imparfaite et surtout trop trop courte !

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Shinobi - Test

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2 commentaires

  • circa.boarding

    06/04/2003 à 00h00

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    Bon splinter cell est le genre de jeu où il faut rester zen et pas y aller a la bourrin!! du côté du graphisme c'est la grosse claque, les effets de lumiere sont splendides et les mouvements de sam sont vachement reels! L'IA des ennemis est vraiment bien! le truc trop cool du jeu c est la panoplie de mouvements et de gadgets! La bande sonore est bien musique stressante, et le doublage est trop cool!!! Sauf certains terroristes qui ont un accent russe un peu trop poussé! la durée de vie est correcte! et le mod difficile est vraiment ...... difficile il faut s y reprendre plusieur fois pour réussir à passer certaine zones! et comme d'habitude un bon scénario a la façon tom clancy's!! si vous aimez les jeu d infiltration ce jeu est fait pour vous!!! A acheter à tout prix.

  • Anonyme

    09/02/2004 à 00h01

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    Splinter Cell....

    Dire que je l'ai revendu pour le réacheter en version classique (Xbox) pour pouvoir jouer aux trois niveaux supplémentaires (disponible sur le XboxLive)... et pourtant je n'ai pas l'impression d'avoir perdu du pognon... tellement je me régale... désolé pour Konami, mais Metal Gear Solid 2 est vraiment bien bien bien léger à côté de splinter Cell, et vu comment s'annonce le deuxième Opus, il faudrait que l'équipe de konami mette les bouchées doubles... Arf

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