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Stacking - Test PC

Si par hasard vous vous intéressez au design, à la déco et à la couture ces dernières années (sait-on jamais), vous aurez remarqué que les poupées russes, appelées aussi matriochkas, sont redevenues des objets et des motifs très à la mode. Et bien contre toute attente, le monde du jeu vidéo n'a pas échappé à la vague, et le créateur Double Fine productions (Brütal Legend, Happy Action Theatre) s'est servi de cette base somme toute improbable pour nous proposer un puzzle game tout aussi singulier. Le concept tient en une ligne : emboîtez-vous. Non non, rien de graveleux. Juste une idée intrigante qui, déployée parmi une peuplade de centaines de poupées dans des décors pleins de surprises et de détails loin d'être anodins, se révèle originale, et surtout immersive. Nous avons testé ici la version PC sortie en mars dernier, mais le jeu est initialement paru sur XBLA en février 2011.


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Le contexte s'avère tout aussi intéressant : nous sommes au cœur de la Révolution Industrielle. Probablement fin XIXème/ début XXème siècle, à la vue des décors du jeu, très marqués par l'Art Nouveau. Le tout petit héros que nous incarnons, Charlie Blackmore, est le dernier matriochka d'une famille de sept poupées gigognes. A cette époque, les enfants aussi vont au charbon, et tous les membres de sa tribu, ainsi que des dizaines d'autres marmots, ont été capturés pour être exploités par le super vilain ponte, le Baron. Pour délivrer chacun de ses frères et sœurs, puis ses parents, il traversera quatre grandes aventures au sein d'immenses (à ses yeux de tout petit) décors typiques de l'ère industrielle : la Gare Royale, un paquebot doré qui rappelle le rutilant Titanic, un gigantesque double zeppelin, et enfin un luxueux train à trois étages. Il lui faudra rencontrer des dizaines d'autres poupées et se faufiler derrière elles pour s'emboîter dans celles dont la taille est tout juste supérieure à la sienne (impossible de s'imbriquer de plein fouet, ce qui peut nécessiter certains subterfuges pour y remédier). Il pourra ainsi faire la manipulation à loisir, ou à rebours s'il souhaite changer de corps à nouveau, jusqu'à sept tailles différentes en fonction du niveau abordé. Chaque poupée, en fonction de sa dimension et de sa famille (on croisera ainsi des dynasties de magiciens, de gens du cinéma, de musiciens etc...), possède des aptitudes propres, qui elles-mêmes selon l'interlocuteur, auront une conséquence différente. Ajoutons à cela une extension sous la forme d'une mission bonus indépendante pour Charlie, Le roi vagabond disparu, et nous voilà face à une pléiade de personnages et d'atmosphères atypiques et à une bonne poignée d'heures de jeu et d'exploration.

Le premier objectif du jeu consiste en une résolution plus ou moins rapide de plusieurs défis en traversant chacune des aventures, tout cela afin d'accéder à l'étape ultime : la lutte finale avec le Baron. La durée de vie du jeu serait ridiculement courte si l'on s'en tenait à cette ambition : moins de 10 heures de jeu si l'on décide de traiter les énigmes d'une seule façon à chaque fois. Mais le réel plaisir réside dans la fouille passionnante non seulement des décors, de chaque petite fantaisie qu'ils recèlent, mais aussi de la diversité des personnages qui peuvent s'avérer déroutants, si l'on a la curiosité de les faire progressivement interagir entre eux. Le temps de jeu s'élève alors à une vingtaine d'heures en regard de cette curiosité et de cet appétit du moindre détail. Il est même possible, à une certaine étape, de combiner les propriétés de deux poupées (en les utilisant rapidement l'une après l'autre) pour obtenir des résultats assez inattendus, permettant parfois de résoudre une énigme différemment. Ainsi, le menu récapitulatif des défis nous annonce entre trois et six solutions différentes à élucider pour chacun (mais tout à fait facultatives, une seule réponse est suffisante pour avancer), ce qui permet d'ailleurs de débloquer certaines poupées uniques jusqu'alors non emboîtables. Certaines possibilités de résolution sont plus ou moins délicates à accomplir (argh, la lutte finale avec le Baron qui demande d'être très réactif, ou le problème des Goules dans Le roi vagabond disparu qui donne du fil à retordre), mais généralement, une fois le principe découvert et digéré, la réalisation d'une épreuve reste une formalité. Au cas où l'on souhaite dans un premier temps filer droit et terminer toutes les aventures en démêlant les défis d'une seule façon, pas de panique : à la fin de chaque épisode, le décor reste ouvert à loisir afin de trouver les autres résolutions ou farces non élucidées. Autre tâche : parvenir à déterminer, grâce à la liste évocatrice rappelée dans le menu, les différentes farces réalisables par certaines figurines sur leurs congénères (mais souvent pas n'importe lesquels). Les intitulés peuvent aider à comprendre qui jouera un mauvais tour à quel autre, mais c'est parfois le hasard qui nous guidera, et un peu d'esprit facétieux. Une fois la farce commise le nombre de fois demandé, la poupée coupable sera assignée d'une petite insigne dorée, le plus souvent son accessoire fétiche.


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Au fil des pérégrinations, nous avons la possibilité d'incarner des personnages dits « lambdas », clonés en grand nombre et permettant de réaliser des actions plutôt communes (quoique?) et utilisables un peu partout : boire du thé, tousser, donner un uppercut, réparer, jouer à chat, porter des charges, chanter, donner un coup de sac à main, roter, voire plus si affinité. Oui oui, le niveau spirituel de certains des pouvoirs peut laisser pantois... il n'empêche que chacun d'eux a un intérêt bien particulier, il faudra parfois faire preuve d'un chouïa de bon sens, mais aussi d'un soupçon d'imagination pour en tirer toutes les subtilités. L'autre plaisir du jeu  : collectionner les fameuses poupées uniques. Au milieu des statuettes récurrentes, nous croisons donc des poupées spéciales, aisément repérables par leur accoutrement atypique, mais aussi grâce à l'aptitude spéciale d' « observation » de certaines poupées, qui les marqueront en surbrillance bleue au milieu de la foule. Une fois endossées, ces « guest stars » du jeu viendront plus tard grossir les rangs de notre planque secrète (dont l'accès est débloqué à la fin de chaque aventure) comme autant de trophées de guerre. Nous pourrons par ailleurs chercher à réunir les familles, un des objectifs qui amène bien souvent à l'étape suivante, ou tout simplement permet de les rassembler au même endroit, pour mieux les retrouver par la suite si besoin est.

Vous l'aurez compris, malgré un concept assez simple, Stacking réserve de nombreuses surprises et actions à opérer, parfois en mettant à profit son œil de lynx. Le nombre d'Easter Eggs est donc assez abondant, mais rien n'est jamais désespéré et tout reste très ludique, ce qui met le jeu à la portée d'un public très large, notamment grâce à la composition du décor. Chaque petite anecdote, qui au premier abord paraît totalement superflue et décorative, s'avère le plus souvent être un astucieux indice pour résoudre une énigme ou trouver le bon personnage au bon moment. Il faudra parfois incarner un bonhomme particulier pour déchiffrer ces indices, notamment dans Le roi vagabond disparu, et donc rester à l'affût et tester tout le monde. La difficulté est d'ailleurs amoindrie par le fait que les poupées adéquates sont fréquemment dans un faible rayon aux alentours du lieu d'un défi ; ainsi, en explorant, rencontrant et bavardant avec les uns et les autres, on décèle au moins la première solution, le tout assez rapidement. Le décor n'en demeure pas moins un véritable régal pour les yeux, grâce à son mélange de très grand et de tout petit, d'architecture classieuse de type Art Nouveau (le bateau doré et ses allures de Titanic) et de petits éléments dignes d'une maison de poupée ou d'un théâtre de marionnettes fait de bric et de broc (les bobines de fil éparpillées ou les vagues d'une mer houleuse, très « illustration pour enfants » en carton ondulé). On s'y promène comme dans un open world miniature qui prend de nouvelles dimensions selon que l'on adopte le point de vue du tout petit Charlie ou de la très grande poupée après six emboîtements. Les cinématiques type « film muet » ajoutent à cette tonalité désuète et pittoresque. L'excursion est accompagnée d'une discrète et très belle musique d'ambiance, achevant de nous immerger dans le contexte ; on pourra reconnaître au fil des aventures de célèbres musiques classiques : Chopin pour le petit air récurrent du jeu, mais aussi Brahms, Tchaïkovski, Vivaldi ou Mozart entre autres.


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Très dépaysant, rempli de petites énigmes ludiques et favorisant l'exploration de fond en comble, Stacking se révèle être un puzzle game tout à fait charmant. Il est accessible à un large public, notamment car les situations de blocage sont quasi absentes (grâce à la possibilité d'avancer sans l'exhaustivité des solutions) et que l'univers des poupées russes au pays des jouets doublé d'un contexte historique passionnant (la Révolution Industrielle et la lutte contre le travail des enfants) s'adresse à tous les âges. Un gameplay simple pour une trame intéressante, des décors à la fois documentés et mignons, des personnages singuliers : le cadre du jeu touche juste tout en étant immersif et réserve une très bonne durée de vie, divertissante et diversifiée. « Emboîtez-vous », qu'ils disaient. Ils avaient ptêt pas tort.

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