A DECOUVRIR
7/10

Frankenstein, ou le Prométhée moderne

1816. Mary Shelley a tout juste 19 ans lorsque, trompant l'ennui d'une journée pluvieuse, elle accepte le défi de son ami Lord Byron et entame la rédaction d'une histoire d'horreur. Byron accoucha d'une histoire de vampirisme, sobrement intitulé Le Vampire. Terminé par son secrétaire, « le Vampire », en dépit de ses piètres qualités littéraires, posera les bases modernes du mythe des saigneurs de la nuit. Mary Shelley, elle, s'intéressa au pouvoir de la science. Prise au jeu, elle terminera son histoire et laissera s'échapper en 1818 ce qui restera avec Dracula l'une des figures emblématiques du genre : la créature de Frankenstein...

Trop vite catalogué comme fleuron de la littérature gothique, Frankenstein est une oeuvre sombre et déroutante, aux allures de drame fantastique. Tout commence par une nuit glacée aux abords du pôle où un navire découvre un homme dérivant. Mourant, au bord de la folie, il racontera la terrible épreuve durant laquelle, violant les sépultures et les lois de la science, il défia Dieu...
Car Frankenstein est avant tout l'histoire d'un homme, Victor Frankenstein, dont les fascinations médicinales causeront la perte. Obnubilé par ses recherches, il créera un laboratoire et entamera de macabres expériences, jusqu'à fatalement arriver à un projet viable : une créature humaine reconstituée à son image, à partir de cadavres pris au cimetière voisin. Mais c'est un monstre difforme qui émerge de cette expérience. Horrifié, Frankenstein abandonne le fruit de ses recherches. En proie au monde qui l'entoure, qu'il ne comprend pas et qui ne le comprend pas, la créature fera tout pour se venger de son « père », allant en désespoir de cause jusqu'à tuer ses proches. Les deux protagonistes se livreront une traque impitoyable, dans le but ultime de se venger mutuellement...

« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » clamait Rabelais quelques siècles plus tôt. Alors que l'Europe sort d'un siècle des Lumières prônant la science et la fin des croyances surnaturelles, Mary Shelley rappelle que l'avertissement rabelaisien ne doit pas être pris à la légère. Frankenstein ou le Prométhée moderne est un livre audacieux, cela aussi bien par son propos que par son style littéraire. Bien ancré dans son époque, Frankenstein bouleverse en effet le petit monde de la littérature fantastique anglaise. Là où tout n'était que créatures surnaturelles, Mary Shelley propose un monstre bien réel créé selon les principes de la science. Animée de bonnes intentions, la créature de Frankenstein ne deviendra mauvaise que par obligation, dans la quête désespérée d'un bonheur dont elle est privée. Critique des dérives de la science et de l'humanité, Frankenstein est également un pamphlet contre l'ordre social, où l'exclusion menace quiconque veut s'éloigner des normes. Mary Shelley, féministe autoproclamée, athée, à la jeunesse marquée de scandale et de reniement, s'exprime t'elle par la bouche de son monstre ? Certains détails de l'oeuvre le laissent penser, lors d'acerbes réflexions de la créature sur l'humanité et le monde qui l'entoure. L'Homme, placé au centre de tout par les philosophes des Lumières, devient un être orgueilleux, vicieux, incapable d'assumer ses responsabilités.
Paradoxalement, on retrouve dans le roman de Mary Shelley certaines des références qu'elle n'hésite pas à critiquer implicitement. Quelques traits de plume avec Rousseau, thèmes chers au romantisme et aux Lumières, clins d'oeil religieux et mythologiques ponctuent ainsi le roman. Et c'est hélas ce qui m'empêche de mettre plus que 7 à ce roman : du fait de son style littéraire, Frankenstein accuse le coup du siècle et demi qui nous sépare. Description de nature bucolique, étalage de sentiments, phrases parfois pompeuses, le roman perd beaucoup de sa force. On préférera ainsi une nouvelle plus récente de HP Lovecraft, Dr West, réanimateur, au sujet quasi-similaire, qui elle, n'a pas pris une ride.
Je parlais de Lovecraft tout à l'heure. Tout comme le Vampire de Polidori / Byron, Frankenstein eut en effet une influence non négligeable sur la littérature fantastique et d'horreur, certains y voyant même le roman fondateur de la science fiction. De même, comme tout les grands mythes avant ou après lui, Frankenstein passa au grand écran avec son lot de chef d'oeuvres, de nanars et de parodies. Le destin voulut que l'on s'intéresse davantage à la créature en elle-même qu'à son créateur. Qui, au nom de Frankenstein, n'a pas en tête le Boris Karloff couturé des films de la Universal ?
Certaines oeuvres cependant rendent à César ce qui lui appartient, en faisant du savant le personnage central. Citons par exemple l'intéressant Mary Shelley's Frankenstein, de Keneth Brannagh, assez fidèle au roman ou encore l'hallucinant Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey (et Andy Warhol), film complètement décalé, gore à outrance, riche en scènes trashs et effets de mauvais goûts.

Si Frankenstein a perdu de sa force, le message est encore d'actualité : greffes, clonage, membres artificiels... la science avance toujours et il n'y a que la fausse morale qui oblige les laboratoires à arrêter le clonage humain au stade cellulaire. Si Victor Frankenstein repose sous les eaux froides du pôle, son esprit ambitieux est toujours là...

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13 commentaires

  • Anonyme

    12/12/2007 à 19h40

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    je trouve que les rpopos du dernier paragraphe sont effrayants...j'ai moi-meme lu "frankenstein" et je ne le trouve pas si effrayant que ceci ...mais, ceci-dit, il a tout de meme sa part de pifjdhzfpib


     


     


    (amoureuse de mathieu amrhein)

  • Anonyme

    06/01/2008 à 22h19

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    ce livre est d'un ennui incroyable , même au 10ème chapitre je ne suis tjr pa dedan !!!!!

  • Anonyme

    28/01/2008 à 10h46

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    g adoré se livre meme si je ne le trouve pas super entrainant et dire qu'aux 10eme chap on est toujours pas dedans je comprend si on aime pas lire moi qui aime bien lire j'ai trop adoré merci mary shelley pour cette oeuvre genial


     


    Matboul 15 ans ,lycée herriot st savine


     

  • nazonfly

    15/05/2008 à 07h44

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    Je suis bien évidemment d'accord avec Lestat sur ce livre. S'il se lit toujours relativement bien, il a quand même vieilli, et les longues descriptions de la nature, les encores plus longs dialogues entre le "monstre" et Frankenstein apesantissent la lecture. Mais ça lui donne aussi un charme suranné . Et les idées qu'émet Mary Shelley sur la différence notamment (plus que sur le fait de jouer à Dieu) sont toujours autant d'actualité.


    Ce qui est rigolo dans ta critique Lestat, c'est que tu parles d'une créature humaine reconstituée à son image, à partir de cadavres pris au cimetière voisin, soit l'image qu'on se fait habituellement de cette créature. Pourtant, à aucun moment, je n'ai noté d'allusions à cette reconstitution dans mon livre. Problème de traduction (c'est toujours possible) ou influence de l'imaginaire collectif lors de la lecture?

  • riffhifi

    15/05/2008 à 08h17

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    Qui peut imaginer l'horreur de mes recherches, lorsque je pénétrais dans l'humidité infecte des tombeaux ou torturais des animaux vivants pour donner la vie à de l'argile inerte ?


    Je prenais les os dans les charniers et touchais de mes mains profanes les prodigieux secrets du corps humain.

    A priori, pas d'autre allusion...

  • Anonyme

    22/10/2008 à 21h50

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    Enfin une bonne critique, avec un avis recherché, un "décortiquage"... Merci.

  • Anonyme

    16/02/2009 à 11h50

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    Merci pour tous vos avis, je n'ai pas lu  le livre mais ca me semble pas mal

  • Anonyme

    02/11/2009 à 10h40

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    Ce livre est un énorme navet ennuyant. Il est nul et je le déconseille a tout le monde.

  • Anonyme

    18/11/2009 à 20h20

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    Loindes impressions, des clichés du livre d’horreur, etc., la découverte du livreest une belle surprise ! L’écriture est simple, et en même temps lyrique.Ce livre est également rempli de leçons de vie, notamment sur l’injustice,l’innocence, mais surtout la différence ! Ici, l’apparence physique estvictime de tous préjugés, et quelqu’un de différent peut finir rongé et se plongerdans la haine et la destruction.  Malheureusement,l’œuvre devint trop pessimiste : dès que quelque chose de positifpour l’histoire semble se présenter, il ne sera en fait pas réaliser, et l’onprend une sortie plus sombre encore. 

  • Anonyme

    30/11/2009 à 17h44

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    ce livre est simplement fabuleux et je ne comprend pas qu'on puise le trouver ennuyeux !!! pour l'aimer il faut simplement un peu reflechir ey essayer de comprendre les personnages ! mais c'est vrai ke si c'est trop dur pour certaine personne autant eviter de lire tout cours !!

  • Anonyme

    14/01/2010 à 12h38

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    C'est cool seulement pour ceux qui aiment avoir des frissons en se couchant...

  • Anonyme

    19/10/2010 à 14h54

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    Victor Frankenstein, lors de la créature du "monstre", il n'a pas du tout pris du recul par rapport à son projet et à tout ce que la créature pouvait causer comme problème.

  • riffhifi

    19/10/2010 à 21h23

    Répondre

    Oui, c'était une boulette. Quelle truffe, ce Victor Frankenstein.

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