8.5/10

Still Life - Test

Des lieux glauques à souhaits, des ambiances sonores inquiétantes, un taré de serial killer en bonne et due forme, des victimes atrocement mutilées, une faune humaine tourmentée et macabre, des paroles crues...

Des lieux glauques à souhaits, des ambiances sonores inquiétantes, un taré de serial killer en bonne et due forme, des victimes atrocement mutilées, une faune humaine tourmentée et macabre, des paroles crues... Ce n'est pas étonnant que Still Life soit destiné à un public adulte. Les concepteurs du jeu ont parfaitement compris que les sombres univers à la sauce Seven ont l'approbation d'un public toujours disposé à jauger sa résistance aux piments de l'angoisse. Et l'angoisse, dans le nouveau jeu d'aventure de Microïds Canada (L'Amerzone, Post Mortem, Syberia), prend quelques aises sans pour autant nous rendre paranos.

Tout commence par une cinématique d'introduction stylisée où les images furtives d'un peintre anonyme se déchaînant sur une toile s'entrechoquent avec les flashs stroboscopiques d'un mystérieux assassin faisant de même mais sur des victimes de chair et de sang. Dans une galerie d'art de Chicago, un coup de téléphone : une agente du FBI est appelée sur les lieux du crime. Elle s'appelle Victoria McPherson. Fille d'une riche famille, en conflit permanent avec son supérieur, elle planche sur une sordide affaire de meurtres en série commis sur de jeunes femmes. Les preuves sont minces et les indices laissés apparemment par le tueur la laissent dans le flou. C'est à vous de l'aider à élucider cette histoire...

D'emblée, ne vous attendez pas à ce que l'originalité de l'intrigue de Still Life vous provoque une embolie cérébrale. Les bases de l'enquête sont des plus orthodoxes, à l'image de son meurtrier, témoin d'un manque flagrant d'imagination de la part des scénaristes de Microïds. En effet, notre charmant psychopathe a un goût prononcé pour les couteaux bien aiguisés, le port du masque, de la cape et du haut de forme foncé. Il est consciencieux dans son travail de charcutage et prend toujours le temps de faire dans le crime sophistiqué. Il rappelle inéluctablement le Jacko d'éventreur (personnage sur lequel Microïds a sorti un jeu), le fantômas d'opérette ou le célèbre John Doe (pas l'amnésique tombé du ciel, mais celui qui se croit investi d'une mission divine). Et pour couronner le tout, le tueur que vous cherchez à coincer via Victoria appartient à la famille des «copycat», ces criminels qui s'inspirent d'autres Criminels. En l'occurrence, les références de notre méchant copieur remontent jusqu'à un serial killer qui aurait sévi à Prague, dans les années 30. Et justement, en parlant de ce drame, vous savez qui était le détective privé chargé de l'enquête ? Gustav McPherson, le pépé de Victoria (et accessoirement le personnage principal du jeu Post Mortem) ! Etrange coïncidence, révélée dès la fin du premier chapitre et qui plonge finalement le joueur dans une aventure pas si convenue que cela où passé et présent sont au coeur du récit.


Tout au long des sept chapitres de Still Life, vous allez incarner tour à tour deux personnages, Victoria et Gustav, dans leurs époques et leur enquêtes respectives. Microïds avait déjà touché du doigt ce télescopage d'époques dans une jolie séquence de Syberia 2 (le rêve de Hans). Ici, nous avons droit à un développement très astucieux et accrocheur du concept qui permet au joueur de vivre deux expériences, intimement liées par le sang et par l'enquête. Cela permet aux concepteurs de nous offrir deux univers distincts et caractéristiques : Chicago et Prague. Le moteur graphique utilisé est le même que celui de Syberia 2, c'est dire la qualité esthétique engagée sur ce nouveau titre. Les ambiances sont richement détaillées et dépaysantes d'une époque à l'autre. C'est un régal de parcourir Prague, ville délabrée, oppressante et mystérieuse, où il n'est pas rare d'être surpris par des animations subtiles du décor, tels qu'une silhouette passant derrière une lointaine fenêtre, ou le balancement hypnotique de la végétation. Plus branché high tech, mais tout aussi glauque dans certain de ses tableaux, Chicago détonne parfaitement avec Prague, surtout du côté de l'extraordinaire Galerie d'Art, superbement modélisée et mise en lumière. C'est dans ce lieu bluffant qu'il est d'ailleurs possible d'assister à une exposition pertinente (et à son interprétation analytique amusante par rapport au contexte du jeu où la peinture joue un rôle influent). En somme, visuellement, c'est à tomber ! Seul reproche (qui pourrait s'appliquer à la plupart des réalisations appartenant au genre), toutes ces magnifiques ambiances manquent cruellement de civils. L'aspect «no man's land» sert l'ambiance inquiétante du jeu, mais on se sent vraiment tout seul dans les décors, ce qui empêche une immersion plus importante. Les quelques citadins, justement, parlons un peu d'eux. Leurs modélisations ne sont pas renversantes et manquent de finesses (de bonnes textures ne font pas tout^^). Les animations corporelles et faciales sont bien rendues et réalistes mais certaines articulations (lipsing) pèchent d'un manque de fluidité si bien que les personnages concernés donnent souvent l'impression d'avoir un kilo de marshmallow dans la bouche lorsqu'ils parlent. Heureusement que le doublage français est excellent et colle à la personnalité de chaque protagoniste !


Tout se joue à la souris. Même le défilement des dialogues où un clic sur le bouton gauche développe les discussions (nécessaires) relatives à l'enquête, et un clic sur le bouton droit, montre celles (optionnelles) concernant la vie privée et autres digressions des personnages. Le système est ingénieux et favorise le triage d'informations recueillies au fil des entretiens pour la résolution de cette laborieuse investigation. Si l'enquête avance à tâtons, les énigmes et puzzles sont faciles (pour peu que vous soyez habitués au genre, ou subordonnés par la chance) et leurs originalités ne cassent pas des briques. Seulement deux ou trois d'entre-elles ont mobilisé tous mes neurones et grignoté beaucoup de mon temps. Mais je dois dire pour ma défense que je ne suis pas un fin cuisinier (!?) et que le maniement d'outils de crochetage n'est pas mon domaine. Still Life propose également de grands moments qui m'ont surpris par leur semblant d'interactivité. A Chicago, l'ordinateur a une importance capitale pour faire des associations d'idées ou contrôler certains mécanismes spécifiques. A Prague, c'est l'observation minutieuse des photographies prises sur les lieux de crimes qui vous apportera indices et révélations. Le système de l'interface est intelligent et permet, là aussi, de rendre ce jeu de point'n'click plus attrayant. Pour vous aider dans vos enquêtes, vous disposez de l'attirail classique de l'aventurier : l'éternel journal de bord (dialogues importants, prises de notes automatiques), une pochette de documents (rapport de police, article de presse), et un inventaire, dans lequel vous entreposerez les objets que vous pouvez examiner sur toutes leurs coutures (objets 3D), combiner ou utiliser à des moments précis du jeu. Des symboles apparaissent en haut de l'écran à chaque fois qu'il se passe quelque chose de primordial : utiliser un objet, mise à jour du journal, nouveau repère sur les cartes. Le joueur ne risque pas d'errer pendant des heures à la recherche de ce qu'il doit faire. La simplicité du gameplay et le sentiment d'être un peu trop guidé risque de rebuter les joueurs qui aiment bien se torturer les méninges. Les autres, plus tolérants, prendront un réel plaisir à se laisser couler dans cette courte et intense aventure.

Etant un fervent admirateur de la série Syberia, et attendant avec impatience le prochain bébé de Microïds, je suis rentré dans le jeu avec une certaine excitation, même si le sujet et l'ambiance choisie ne correspondaient pas à mes habitudes de joueurs. Au final, j'ai apprécié la tonalité générale, la maturité des situations, les références littéraires et cinématographiques, certains cadrages bien pensés et l'humour sous-jacent qui allège considérablement le propos sombre de Still Life. Un jeu d'aventure avec une atmosphère captivante et de nombreuses cinématiques de belles factures, trash et nerveuses qui adoptent avec talent le style cinématographique actuellement dans l'air du temps. Les accompagnements musicaux participent à la qualité générale de ce jeu de pistes, au scénario un peu maigrichon et dont le dénouement vertigineux en surprendra (ou consternera) plus d'un.

To be continued...

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NB : Les développeurs ont mis en ligne Still Life : Prélude, une aventure indépendante où le joueur incarne seulement Victoria McPherson à travers l'interface [flash] de son ordinateur avec l'aide duquel vous devez résoudre d'autres mystères.

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