9/10

Super Mario Odyssey : le test

C'est étonnant. Super Mario Odyssey est à Mario ce que Breath of the Wild est à Zelda. Un nouvel opus d'une licence que beaucoup ne suivaient encore que par nostalgie d'un temps ancien où tout était plus beau, plus simple, plus enfantin... qui renaît de ses cendres pour se sublimer et s'adapter à un univers ludique plus actuel, sans pour autant renier ses origines.

Le plombier moustachu n'a cessé de montrer sa trogne dans les jeux Nintendo. Si bien que l'on connaît tout de lui. Ou en tout cas, on le pensait. A chaque nouvel épisode, le type à la salopette parcourait des niveaux peuplés de petites bêtes et de quelques boss. Le tout avec une maniabilité un peu branlante, diront certains, la faute à une inertie assez surprenante et une vue en 2D franchement surannée.

D'ailleurs, ce Mario là est bel et bien une figure du retrogaming. On pouvait le ressortir du grenier, il sentait toujours la poussière et la naphtaline. Bien entendu, quelques tentatives de lui donner plus d'épaisseur, de dimension, ont été de beaux succès, mais sans doute aucune aussi efficace que la nouvelle.
Super Mario Odyssey sur Switch est une nouvelle page pour Mario, une façon de lui permettre d'enfin épouser une époque plus moderne, d'épousseter ses habits en ne le cantonnant plus seulement à son rôle habituelle de plombier qui saute dans des tuyaux en utilisant éventuellement une ou deux capacités un peu spéciales (le champignon, le jet de flamme, le tanooki, etc.).


Mario au Pays des grattes-ciel.

En donnant l'opportunité à Mario de pouvoir utiliser un chapeau "magique" - appelé Cappy - qui lui permet de prendre possession d'un certain nombre d'ennemis ou d'objets, le gameplay se transforme complètement, permettant enfin au sympathique mangeur de champignons de devenir plus grand que lui même, plus intéressant, plus épique.
Quand Super Mario Odyssey oblige le joueur à affronter certains boss dans la peau d'un tank ou d'une plante en pot, on sent enfin que Nintendo ose varier, voire dissoudre la licence, en espérant que son Mario en revienne bien plus solide et complet.

Finalement, quand des niveaux n'ont - a priori - rien à voir avec l'univers de Mario, aussi bien dans l'ambiance graphique que sonore, on ouvre grands les yeux plutôt que de s'offusquer. De l'aventure et de l'audace, voilà ce qui fait la force de l'Odyssey de Mario sur Switch.

Mais au delà d'un Mario enfin capable de se renouveler, c'est surtout une nouvelle façon de réussir à captiver un nouveau public et à redonner un peu d'envie au plus anciens. Mario Odyssey, c'est le Mario qui devrait permettre d'agrandir la base des fans de Mario. On sort enfin du classique jeu de plateforme un peu pépère où l'on subit ce qui se passe pour aller vers un véritable format aventure.
Avec bien sûr quelques limites, mais aussi beaucoup de belles choses à découvrir et à aimer.


Mario, pirate ayant trop forcé sur le rhum ?

La première des limites étant sans nul doute le scénario de Mario. Certes on ne joue pas à un Super Mario pour son histoire, qui consiste généralement à sauver la princesse Peach. Mais avoir un point de départ qui confine à la répétition tout en apportant un sentiment de déjà vu rassurant, c'est un peu désuet. On aimerait plus qu'une variation autour d'une Princesse Peach enlevée par le méchant Bowser qui veut un mariage pour ne plus être le vieux garçon qu'il est depuis longtemps.
Bowser pourrait bien sûr se précipiter vers l'église pour célébrer au plus vite le mariage, mais il est homme de tradition. Il veut le gâteau, le champagne, les beaux habits, la bague. Difficile pour lui de sauter le pas si tout n'est pas cérémonieux.
Pendant ce temps, Mario, à la traîne, réparera un vaisseau spatial en forme de chapeau à coup de lunes d'énergie qu'il trouvera dans les niveaux. En espérant arriver à temps pour sauver la princesse Peach des griffes du vilain.

Grâce à l'Odyssey (c'est le nom du vaisseau spatial !), l'aventure emmènera Mario à travers toutes sortes de pays, tous ayant des directions artistiques assez différentes, voire même carrément iconoclastes pour un jeu Super Mario.

Le gameplay est globalement celui d'un Super Mario en 3D à qui l'on aurait donné des contrôles de Switch. En effet, le lancer de chapeau est un sport indispensable dans cet épisode, et l'on peut tout à fait envoyer Cappy valdinguer simplement devant Mario ou l'on peut faire plus subtil - et c'est souvent plus efficace - viser les hauteurs, le bas, faire un cercle autour de Mario, etc. Pour tout dire, quand on joue sans la reconnaissance de mouvement, le jeu est de fait un peu plus dur.
Rien d'insurmontable bien sûr, mais on en vient à se demander si Odyssey n'aurait pas été conceptualisé pour une console Wii par Nintendo plutôt que comme un jeu switch.

Quoiqu'il en soit, l'aventure se parcourt en seulement quelques heures. Un laps de temps consacré à récupérer quelques lunes d'énergie, à voir des bouts de pays, à trucider quelques boss (jumeaux maléfiques des lapins crétins, Bowser, et quelques monstres plus étonnants dont je tairais l'existence).
La durée de jeu est franchement un peu courte car c'est bien dans les instants de l'aventure où Mario découvre de nouveaux environnements, de nouveaux ennemis, de nouveaux gameplay que l'on se plaît le plus. C'est la nouveauté qui subjugue, qui incite à toujours aller voir un peu plus loin ; les clins d'oeil aux jeux Mario de jadis sont amusants, mais ce n'est pas ce qui constitue l'attrait de Super Mario Odyssey. Ils restent cependant un bon moyen de ne pas s'aliéner les fans les plus émotifs de Mario.

Ces derniers ne seront pas en reste puisque ce jeu Mario conserve sa substantifique moelle : une fois le jeu terminé, tout ne fait que commencer. Mener à bon port l'Odyssey armé de sa Switch à travers tout un tas de pays et de boss, cela est plutôt d'une difficulté très aisée. Le genre qui ne devrait dissuader personne (il faut dire qu'il n'y a pas de vies limitées et beaucoup de point de sauvegarde de l'avancement). Mais ensuite, quand il s'agit de repartir explorer, toujours en compagnie de Cappy, les différents pays du jeu, on en vient à espérer l'existence d'une soluce. Comment va-t-on parvenir à récupérer 500 lunes ? Comment va-t-on ramasser tant de pièces que l'on pourra s'acheter des tenues de toutes sortes. Quelles chapimorphoses allons-nous pouvoir exploiter pour assouvir nos sombres desseins de collectionneur ?


Cappy et Mario jouent aux mimes.

Odyssey est comme tous les jeux Mario et on finit par sombrer dans ce sombre travers : on veut de plus en plus de pièces, de plus en plus de lunes, on veut trouver des passages secrets, éventuellement affronter les mêmes boss dans des versions évoluées. User sa console Switch à la recherche d'un nouveau contenu que l'on n'aurait pas encore : un chapeau, une tenue, de nouvelles indications sur la carte...

Puis, tout à coup, on se dit qu'on a passé bien assez de temps sur Super Mario Odyssey. La superbe aventure, amusante, un peu loufoque et surprenante de Nintendo que l'on a encaissée avec joie durant la résolution de la trame principale se meut en recherche laborieuses de lunes. En espérant avoir une récompense à la mesure de notre peine... une récompense qui viendra mais qui ne vaut certainement pas cette métaphore du détecteur de métal à la plage.

Ainsi, Super Mario Odyssey sur Switch est un jeu en deux volets. Le premier très plaisant, ravira tout le monde, y compris les plus hermétiques aux jeux Mario traditionnels, tandis que la seconde partie ne sera rapidement plus une sinécure pour qui aime la nouveauté. Un bel exemple de deux écoles du jeu vidéo : la collecte de pièces et de lunes comme challenges ardus contre l'exploration sans grande difficulté d'univers intéressants.

Dans tous les cas, chaque joueur y trouvera son compte. Que l'aventure soit longue ou courte, chacun s'y amusera.


Totalement cohérent.

A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

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