7.5/10

The Bridge - Test PC

Toujours en quête d'un petit bijou vidéo-ludique à partager, récent ou non récent, réflexion de préférence, je suis tombée sur le candidat idéal : The Bridge, développé entre autres par un studio au nom presque onirique : The Quantum Astrophysicists Guild. J'adore !

Vous connaissez Escher ? Plus précisément Maurits Cornelis Escher ? À défaut, vous connaissez peut-être sans le savoir ses dessins fascinants, que l'on trouve au hasard dans des recueils ou jeux d'illusion d'optique, des ouvrages de mathématiques ou même de philosophie. Le plus connu est cet escalier impossible qui monte et descend tout à la fois. On peut rester des heures à l'observer cet incroyable escalier, à rechercher l'astuce. Le brillant artiste comptant autour de 2500 œuvres à son actif, il est difficile d'en faire le tour. Mais là n'est pas mon propos puisqu'un jeu vidéo le fait à ma place.

Respectant l'univers lithographique du génial Escher, The Bridge est entièrement en noir et blanc et fait évoluer les joueurs-euses dans un univers 2D fait de bâtiments à l'architecture impossible. Dans chaque bâtiment, on doit faire sortir un petit bonhomme ressemblant de près à Escher, en lui faisant atteindre une porte pour passer au niveau suivant. L'axe principal de la mécanique de jeu est que l'on peut faire tourner ces lieux à 360° et donc faire marcher le petit bonhomme sur les murs, les plafonds, et avec un peu d'adresse même le faire voler.


Revoir la façon de se déplacer dans l'espace.

Les mécanismes associés à ce principe de base du jeu s'accumulant très vite, presque trop vite d'ailleurs, on mesure tout le génie et aussi toute la difficulté du jeu. Ces mécanismes vont de la clé à récupérer, à l'interrupteur à activer, en passant par une ou plusieurs horribles boules tueuses géantes, des vortex d'aspiration, des inverseurs d'univers et des voiles modificateurs de l'orientation du sens de la gravité pour le personnage uniquement (pas pour les objets). Clou du jeu, vient s'ajouter dans le second mode - plus difficile - un deuxième bonhomme qui avance en miroir avec le premier mais n'est pas placé au même endroit.

Ainsi, vite, très vite, nos neurons atteignent la surchauffe tant toutes nos habitudes de déplacement volent en éclat. The Bridge nous fait revoir toute notre façon de concevoir l'espace, nous fait projeter dans notre imaginaire une nouvelle façon de se déplacer, et si l'on veut arriver au bout des niveaux, anticiper très très en amont ce que peuvent être les différents chemins qui s'offrent à nous. Donc, ça devient de la pure projection spatiale dans notre petit cerveau. Le défi est de taille, il est alléchant et il convainc nécessairement les plus mordus d'entre nous à la réflexion. Il convainc ausi par sa dimension artistique poussée comme si The Bridge était lui aussi une lithographie en noir en blanc du maître. Le début de chaque niveau de plus introduit par la sonorité d'un crayon qui dessinne le petit homme à guider fait d'ailleurs largement son petit effet pour nous immerger. C'est donc sans suprise que l'on découvre que The Bridge a obtenu presqu'une vingtaine de prix à l'époque de sa sortie en 2013. 


Quand tous les mécanismes s'accumulent, c'est rude

Néanmoins, si je recommande vivement ce titre aux plus mordus de la réflexion, réciproquement, je crains qu'il ne rebute les autres et également les moins aguerris du fait de quelques lacunes d'importance. Comme je le disais plus haut, The Bridge va vite, trop vite. Il ne prend ainsi pas assez le temps de nous laisser nous familiariser avec les différents mécanismes. Notre cerveau est pourtant capable de plasticité commes disent les scientifiques, donc il peut aller très loin si on lui en laisse le temps. Mais il faut une phase d'adaptation, presque pédagogique. C'est pourquoi les meilleurs jeux de réflexion sont ceux qui trouvent la bonne dose de progressivité et prennent le peine de proposer un tutorial, au départ mais aussi à l'introduction de tout nouveau mécanisme. C'est là que le bât blesse pour The Bridge. Il est allé vraiement trop vite, et cela d'autant plus qu'il mélange assez rapidement tous les mécanismes entre eux, ce qui est pourtant très bien sur le principe. 

Preuve en est, alors que j'ai flanché sur le dernier tiers du dernier niveau du 1er mode, à cause de ce foutu voile qui n'est pas du tout expliqué, eh bien bizarrement, j'ai réussi le dernier niveau du second mode, qui est un mode miroir - appelé reflété - du premier mais en plus difficile. Pourquoi ? Très probabelement parce que j'avais fini par bien cerner les tenants et aboutissants du fonctionnement du voile, lequel change l'orientation de la gravité mais pas pour tout. On regrette également que certains niveaux du monde reflété nécessitent plus d'adresse que de réflexion, ce qui fut bien lassant une ou deux fois.


Des niveaux faits uniquement d'adresse, dommage. On se serait cru dans le jeu du perplexus.

Quoi qu'il en soit, on se prend au jeu, et c'est avec joie qu'on découvre qu'il y a un deuxième mode car on en redemandait. Avec 48 niveaux en tout, The Bridge offre une durée de vie très respectable surtout pour un jeu indépendant.

Enfin, je salue un outil extrêmement utile prévu par les développeurs : un système de retour en arrière qui permet de revenir à des moments clés quand on s'est trompé ou loupé sans être obligé de tout recommencer. En serions-nous capables d'ailleurs ? On peut néanmoins bien sûr recommencer le niveau ce qui s'avère parfois plus efficace sauf pour les niveaux nécessitant de l'adresse avant tout.

Conclusion

The Bridge est incontournable pour les mordus de réflexion tout en offrant au passage une superbe dimension artistique aussi brillante qu'envoûtante. S'il vous a échappé en 2013, corrigez le tir en profitant des soldes sur Steam ou Epic. À réserver cependant aux plus aguerris par son niveau élevé de difficulté et son manque de progressivité.


Et pour la fin haute en couleurs, atteindre le petit carré blanc du milieu.

Partager cet article

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

    0 commentaires

    Participer à la discussion

    Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

    Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

    Krinein jeux vidéo c'est des tests de jeux vidéo et de l'actualité. Le dernier Mario sur Nintendo 3DS, le dernier Zelda sur Wii U, le dernier Assassin's Creed sur Xbox One, le dernier Infamous sur PS4, vous attirent ? Lisez ce qu'on en pense !

    Rubriques