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The Cave - Test PC

D'un côté, Ron Gilbert, concepteur de l'excellent moteur SCUMM et des deux premiers Monkey Island, retranché dans l'ombre (de Telltale Games, entre autres) depuis sa dernière création, Total Annihilation (1997). De l'autre, Double Fine Productions, studio de développement de Tim Schafer, responsable de Psychonauts (2005) Brütal Legend (2009) ou Stacking (2011). Ensemble, les voilà de retour sur le devant de la scène vidéo-ludique avec un projet commun d'aventure : The Cave. Le principe est le suivant : aidez un petit groupe d'explorateurs à sonder les gouffres d'une caverne (allégorique) pour révéler au grand jour les péchés qui rongent leur âme respective. Pour ce faire, le joueur devra former un trio de spéléologues parmi les sept personnages disponibles dès l'introduction de l'aventure, façon Maniac Manson (1987) – jeu d'aventure mythique, première conception de Ron Gilbert chez LucasFilm Games (devenu plus tard le fameux LucasArts).


The Cave, vers le temple tibétain

Même si les commandes du jeu ont avant tout été pensées pour une manette, la prise en main de The Cave avec un clavier et/ou une souris est à la portée de tout le monde. A quelques petits soucis près : sauts hasardeux et chutes malheureuses, sélection d'items trop proches les uns des autres compliquée. En tant que jeu de plate-forme, The Cave octroie à ses personnages un panel de mouvements plutôt étendu : ils nagent, marchent, courent, sautent, grimpent à des cordes et des échelles, poussent ou tirent divers objets, interagissent avec des éléments du décors (vannes, leviers, interrupteurs). On ne meurt jamais dans The Cave. On ne se bat pas non plus. En tant que jeu d'aventure fortement influencé par les vieux LucasArts, The Cave n'est pas avare en énigmes et laisse traîner de nombreux items à combiner entre eux ou sur des zones interactives. Deux différences de taille avec ses ancêtres de pixels sont toutefois à signaler. Tout d'abord, la gestion d'inventaire passe à la trappe : on ne peut ramasser qu'un objet à la fois et se le trimbaler jusqu'à avoir trouvé son utilité. Les conséquences directes de ce choix sont de nombreux aller-retour en perspective. D'autant que les personnages ne se déplacent pas en même temps comme dans un Trine, mais individuellement. Ensuite, les énigmes tarabiscotées sont aux abonnées absentes : simplissime ou trop classique sur ce point, The Cave table son challenge sur le passage d'obstacle suivant un timing (cf. le vent et le lotus ; l'aventurière et les trappes du sarcophage), ou l'exécution complémentaire d'une action entre deux personnages (cf. le puits du tableau de la Voyageuse dans le Temps). Par extension, certains mécanismes de gameplay ne sont pas suffisamment clairs, comme le fait de pouvoir passer d'un personnage (en train d'effectuer une action) à l'autre.


The Cave, niveau complet de la Scientifique

Chaque énergumène possède une histoire personnelle à découvrir dans un tableau spécialement dédié, et à travers des indices (sous formes d'artworks) disséminés tout au long du périple. Les sept personnages disposent d'une compétence unique. Ainsi, le Chevalier s'enferme dans une bulle d'invincibilité pour passer à travers les flammes ou monopoliser l'attention d'un adversaire. L'Aventurière dispose d'un grappin, lequel lui accorde un accès privilégié sur certains passages. Le Moine a un don de télékinésie pratique pour déplacer de petits obstacles ou mettre la main sur des objets éloignés. Sur le papier, ces pouvoirs laissent rêveur quant aux multiples possibilités offertes aux joueurs. Dans les faits, ils ne révèlent uniquement leur utilité que dans les décors propres au background de chaque personnage. Le level design de The Cave n'est malheureusement pas à la hauteur des espérances. En plus d'imposer les mêmes tableaux intermédiaires (mine, zoo et île) pour chaque nouveau trio formé par le joueur, les développeurs n'ont pas jugé bon de mettre en place des chemins alternatifs suivant les spécificités du personnage embarqué, ou des énigmes à résolutions multiples. Le potentiel labyrinthique de The Cave faisant défaut, le joueur se retrouve avec une descente finalement trop linéaire et restreinte. Du coup, cette visite ultra guidée et sa carence de surprises jouent en défaveur d'une belle durée de vie, pour le coup modeste. Quantitativement, le titre peut tenir en haleine entre huit et dix heures celle ou celui qui voudra presque tout découvrir. Au prix d'une solide redondance (tableaux intermédiaires à refaire) : comptez cinq heures grand max pour boucler le premier passage, environ deux heures supplémentaires pour un nouveau run et un peu moins d'une heure trente de plus pour accéder à l'histoire du dernier personnage. Et ce, uniquement en débloquant l'une des deux fins possibles. Car accessoirement, le jeu introduit également un dénouement alternatif politiquement correct pour chaque personnage. De quoi multiplier artificiellement le replay value par deux. Pour une poignée d'artworks supplémentaires ? Peu engageant.


The Cave, sanctuaire des échelles

Pourtant, les artistes de Double Fine Productions ont esthétiquement fait un travail fantastique qui fait qu'on ne se lasse pas de revoir les mêmes décors deux fois d'affilée. Profondeurs poussiéreuses d'une mine, sommet éblouissant d'une pyramide égyptienne, manoir inquiétant, sable et cocotiers d'une île quasi déserte, jungle préhistorique : même en ayant pour contexte celui d'une « caverne  souterraine », The Cave enchaîne les ambiances dépaysantes au détour de chaque tableau composant sa structure à l'aspect graphique soigné. Ses décors 2.5D et son design cartoon se combinent à merveille, si bien que la découverte de cet univers agréable à l'œil file l'envie d'en révéler tous les secrets. La faute à l'écriture et sa drôlerie, discrètes, mais efficaces. Esprit caustique et humour noir de Ron Gilbert obligent, ces background sont loin d'être mignons tout plein. La psychologie des antihéros de The Cave est non seulement volontairement caricaturale, mais n'hésite pas à se fondre dans une tonalité plutôt glauque et détonante par rapport à la direction artistique rigolote, jusque dans ses animations. Et si les références pleuvent de partout, du distributeur de grog (Monkey Island) aux voyages dans le temps (Day of the Tentacle), si la voix off de la caverne fait un travail extraordinaire (vost), la plume hilare de Gilbert ne semble cependant pas avoir eu suffisamment de place pour s'exprimer pleinement et chatouiller les zygomatiques. Le propos, pas très gai et peut-être lié au décès du papa de Ron, n'empêche pas The Cave d'être divertissant. Mais quelque part, le malaise rôde. Ce qui participe également à modeler le charme si particulier de ce titre.

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1 commentaires

  • Akashinai

    22/02/2013 à 08h18

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    Joué et fini sur WiiU. Moi j'adore, c'est vraiment mon genre (Une sorte de Zack et Wiki avec un petit univers dark).
    Un peu court peu être, mais on peut refaire le jeu avec de nouveau personnage (et ca change un peu le jeu et l'histoire donc il y a un vrai intérêt)

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