A DECOUVRIR
7/10

Sambre

De la province à Paris, du cimetière aux barricades (la Monarchie de Juillet touche à sa fin), deux amants que tout sépare, vont marcher contre leur gré sur la prophétie qu'un fou a voulu tisser pour eux. Une bande dessinée au souffle romantique.

La France en 1847, quelque part en province un notable est enterré par une journée venteuse et humide. Hugo Sambre se serait crevé les yeux à la suite d'un (trop) long séjour à Paris, une lente agonie l'accompagnant le long de son retour à la demeure familiale.
Prélude sinistre à une ambiance non moins sinistre. Car le reste de la famille Sambre croule sous le poids de ses crimes, présents ou passés: la veuve Sambre ne semble guère regretter son défunt mari, allant jusqu'à ouvrir sa couche à son neveu l'inspecteur Guizot (tiens tiens) une poignée d'heures après l'enterrement. Sa fille Sarah brûle de rancoeur contre une mère quasi adultérine et rêve de poursuivre l'oeuvre magistrale de son père, la rédaction du livre qui le berça vers une sombre folie -la Guerre des Yeux- récit d'une lutte acharnée contre une famille, une race dont les yeux sont rouges sang.
Enfin, Bernard, cadet de la famille Sambre, écoeuré par le cérémonial macabre, coupe court à la mise en terre de son géniteur pour faire un étrange rencontre sous un pont. Julie, fille de rien et braconnière aux pupilles rouges lui donne rendez-vous à la nuit tombée au cimetière communale.

Les premières planches de Sambre posent très rapidement l'ambiance à la fois malsaine et romantique qui va s'étoffer et gagner en puissance au fil des pages. Dans une famille ou tout est cynisme et faux-fuyant, un garçon pas tout à fait adulte, Bernard, s'éprend d'une étrangère aux yeux rouges, alors que son père avait travaillé toute sa vie à démontrer le danger d'une telle alliance. La Guerre des Yeux, poème prophétique, décrit la malédiction qui pèse sur le pauvre fou qui se laissera charmer par un regard de sang, regard épris d'un unique sentiment, la vengeance. Or Hugo Sambre serait mort après s'être crevé les yeux, noyé par la folie, aurait-il pu succomber à la prophétie qu'il avait lui-même écrit ?

Bernard Yslaire (ou Hislaire) est né à Bruxelles en 1957. Collé au dessin sur Sambre et au scénario avec Balac, la présence de ce dernier se fera très rapidement discrète pour laisser Yslaire seul aux manettes sur les derniers tomes. Sambre reste aujourd'hui l'oeuvre principale d'Yslaire dans la bande dessinée. Et il y a fort à croire qu'il y a mis beaucoup de lui-même. Si dans la plupart des séries, le premier volume est graphiquement faible (on citera au passage Thorgal, Ballade au bout du monde, les Chroniques de la Lune Noire), ce n'est pas le cas pour le tome 1 de Sambre, Plus ne m'est rien. Si le trait d'Yslaire reste assez classique, le travail des couleurs est somptueux et la mise en scène, quant à elle, montre une véritable inspiration. Le scénario est intéressant et révèle son intensité au fil des volumes. Le personnage de Bernard (personnage central de Sambre avec son amour, Julie) peut sembler antipathique, mais Yslaire arrive très vite à nous rendre ses défauts attachants. Cependant derrière les personnages, l'Histoire avance et sous le pinceau d'Yslaire, la France du 19ème est criante de vérité. Ses préjugés, sa misère, sa bourgeoisie font de Sambre un fort sympathique croisement entre Le Rouge et le Noir et Les Misérables.

Sur les cinq volumes prévus initialement, seuls quatre ont vu le jour (le cinquième Le Dernier des Sambre ne sortira probablement jamais). Yslaire a dû abandonner son grand-oeuvre avant son terme, détail amusant (pas forcément pour tout le monde) au regard du scénario.


De la province à Paris, du cimetière aux barricades (la Monarchie de Juillet touche à sa fin), deux amants que tout sépare, vont marcher contre leur gré sur la prophétie qu'un fou a voulu tisser pour eux. Une bande dessinée au souffle romantique.


Liste des albums :

Tome 1 - Plus ne m'est rien... (1986)
Tome 2 - Je sais que tu viendras... (1990)
Tome 3 - Révolution, révolution... (1993)
Tome 4 - Faut-il que nous mourions ensemble... (1996)
Tome 5 - Maudit soit le fruit de ses entrailles... (2003)

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2 commentaires

  • emmanuelle

    27/09/2003 à 00h00

    Répondre

    Je n'ai en fait lu que les quelques planches du tome 4, "Maudit soit le fruit de ses entrailles" qui est publié dans "Le Soir" ces jours-ci (septembre 2003). Ce qui me saute aux yeux, et qui est en contradiction avec toutes les critiques que j'ai pu lire au sujet de cette saga sur le net, c'est que les mentalités et l'ambiance culturelle de l'époque (184 n'ont pas fait l'objet d'une recherche minutieuse.
    En effet, un anachronisme m'est deja apparu dans ces quelques pages. (planche 2 Lorsque le precepteur du petit Bernard-Marie lui parle de l'évolution de l'homme comme venant du singe, il ne peut se référer qu'à l'ouvrage de Darwin, "De l'origine des espèces au moyen de la selection naturelle" publié en 1859. Cette théorie que l'on connait sous le nom de Darwinisme a été pendant plusieurs décénies violemment combatue par tous les milieux religieux et aristocratiques et il me semble impossible qu'un precepteur d'une telle famille comme les Sambre, ce soit rallié à une cause si insultante pour l'homme puisqu'il le disait déscendant du singe. De plus, cet ouvrage est publié en 1859 et pour que le petit Bernard-Marie ai été conçu avant 1848 (année de la mort de son père), il aurait alors tout juste 11 ans lors de cette publication, age qu'il semble avoir lorsque le precepteur lui en parle.
    Mais ce n'est pas tout; Ce précepteur appuie son explication sur un beau crane d'homme de Neanderthal ; crane qui comme on le sait a été découvert dans une vallé qui lui donna son nom en 1856.
    Comment diable ce precepteur aurait il entre les mains une copie de ce crane trois ans seulement après la découverte?
    Alors vous pouvez dire que les dessins sont beaux, que les couleurs sont bien choisies, que le scenario est interressant, que la psychanalise des personnages est profonde mais s'il vous plait, cessez de dire que l'Europe de 1848 y est "criante de vérité" ou si bien restituée car, que savez vous de cette époque pour pouvoir ainsi la reconnaitre?

  • Anonyme

    14/09/2009 à 19h41

    Répondre

    J'aime trop cette BD, j'en ai pleuré, les dessins sont  magnifiques, j'aimerai que cette histoire ne se finisse ...


     


    Vraiment une magnifique BD, j'en félicite Islaire...

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