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UnderGarden (The) - Test XBLA

Petit joyau vidéo-ludique, simple et modeste dans sa prise en main, mignon par son design empreint de nature et de sophistiqué, reposant par son ambiance musicale et sonore, The UnderGarden ravira les adeptes des jeux zen et plutôt contemplatifs.

Vous avez dans les pattes une journée effroyable, que vous rêvez d'oublier ? Votre cocotte est sur le point d'exploser ? La goutte d'eau est toute prête à faire déborder le vase ? Et bien ce qui va suivre tombe à point nommé : d'eau il est justement question. Enfin l'eau, on l'oubliera finalement assez vite, au profit de ce qui la peuple et l'ornemente. The undergarden, littéralement « le jardin sous-marin », est un lieu difficilement identifiable et localisable. Situé au fond des océans, ou l'on pourrait croire... sur un sol lunaire (au vu des petites créatures qui le foulent) ? L'imagination fait son chemin, on peut juste assurer que nos déplacements à sa proximité se font en apesanteur. Mais il laisse peu de doute que le lieu est fascinant et luxuriant, débordant d'une flore à la fois très semblable aux véritables paysages marins de notre réalité, mais aussi parsemé d'une végétation imaginaire mêlant des excroissances joyeusement organiques et colorées, et des assortiments arborescents de loupiottes qui ressemblent à s'y méprendre à... de jolies guirlandes de Noël.


Appartenant de manière parfaitement assumée à la vague toujours croissante de casual gaming, The undergarden, développé par Artech Studio, sera ici visité sur la plateforme Xbox Live Arcade (XBLA), mais s'est vu transposé également sur PC. En regard de son graphisme plutôt rond et kawaii, avec son petit personnage principal au croisement de gizmo, d'un snorky et d'un télétubbie (en moins neuneu et aux couleurs moins criardes), on penserait ce titre destiné uniquement aux plus jeunes. Or, le jeu s'avère beaucoup plus nuancé qu'il n'y paraît, malgré un concept qui tient en une ligne. Concept qui défie toute concurrence en matière de zenitude et de botanique virtuelle : en substance, il s'agit de se charger de pollen et de faire pousser toute la végétation sous-marine croisée sur son parcours. Pour corser l'entreprise et gagner un peu plus de points, notre petite créature doit également transporter jusqu'à l'issue du tableau de minuscules musiciens qui lui ressemblent étrangement, afin de reconstituer l'orchestre complet et le faire jouer en parfaite synchronisation. Il lui faut aussi débloquer et faire fleurir de grosses fleurs bonus (jusqu'à sept ou huit par tableau), plus difficiles à atteindre, ainsi qu'un cristal caché qui s'obtient souvent via plusieurs petites étapes intermédiaires. Ajoutons que l'on pourra progressivement customiser notre créature au gré des accomplissements, et l'habiller de nouvelles « peaux » écaillées, d'oreilles aux différentes formes et couleurs, et de coiffes amusantes. Enoncé ainsi, on crierait rapidement à l'escroquerie enfantine et linéaire. Mais ce serait sans compter tous les obstacles et petites fantaisies glissés sur notre périple (ceux-là même qui le rendent aussi beaucoup plus joli).


Pour mieux comprendre le principe du jeu, il faut savoir que la maniabilité est plutôt aisée, et devient rapidement machinale au bout d'une courte pratique. Notre petit bonhomme se dirige très simplement à la manette, en flottant nonchalamment au gré des massifs fleuris comme une abeille butinerait son champ de fleurs. Un simple clic  permet un projection plus rapide vers l'avant, ou de pousser certains obstacles qu'on ne peut déplacer en mode normal. L'action principale engagée  par notre protagoniste consiste, en résumé, à transporter. Des fruits et des musiciens essentiellement. Et ce sont ces « fardeaux » poétiques qui permettent en fait de progresser jusqu'à la fin des niveaux : les fruits permettant pour certains de produire un poids de gravité ou d'apesanteur et de débloquer des mécanismes, pour d'autres de faire exploser des murs de pierre, ou encore d'illuminer des zones de brouillard ou de créer du courant électrique. Une difficulté toutefois : la production de fruits n'est pas éternelle, et sur chaque fleur, il faut compter un nombre limité de fruits interactifs, et en tenir compte dans la progression de nos actions. Ainsi utiliser toutes les bombes ou tous les fruits lanternes sans raison et sans but nous portera inconditionnellement préjudice et conduira peut-être même à recommencer le tableau, impossible à terminer le cas échéant. La connaissance des niveaux, leur réitération pour certains, sont donc nécessaires pour obtenir toutes les grosses fleurs, le cristal, les musiciens, et parfois tout simplement parvenir jusqu'au bout. L'acheminement des différents éléments peut se faire  en individuel ou en petits paquets, en créant un ou plusieurs filaments lumineux à l'aide d'une bulle plus ou moins étendue. Ce principe de la bulle et de transport d'objets rappellera à certains, ainsi d'ailleurs que le concept général du jeu, le très charmant jeu Soul Bubbles, sur DS (que l'on vous conseille vivement au passage). La poussée des fruits sur les arbrisseaux n'est enclenchée que si la floraison de toute la flore alentour est complète. Pour cela, le petit héros doit toujours être chargé de pollen, le joueur s'en assure en observant la jauge ronde en bas au centre de l'écran. Si ce n'est pas le cas, il faut alors trouver sur les murs des galeries une petite boule verte à ventouses, qui par son contact approvisionne progressivement le bonhomme. Attention, le positionnement de ce petit réservoir est souvent stratégique, et il convient de réfléchir et ruser en amont pour économiser ses réserves s'il n'y en a aucun dans le coin. L'usage du pollen et son ravitaillement sont d'autant plus délicats que le jeu est parsemé de petites entraves : des sphères blanches tantôt statiques tantôt mobiles viennent corser certains déplacements, elles « dépollénisent » le personnage et rompent le filament qui lui permet le transport d'objets. Dans le même esprit, des sortes de créatures rondes et flasques (semblables à des méduses) peuvent, outre la rupture du lien,  nous barrer le passage et nous projeter au loin. Au rayon des obstacles parfois sources d'arrachage de cheveux : la présence par endroit de vents contraires qui dirigent le petit personnage en sens unique (jusqu'à lui faire perdre du temps par moment en lui imposant des détours involontaires), mais que l'on peut parfois braver grâce au clic de projection lorsqu'ils ne sont pas trop forts.


Le transport des musiciens n'est quant à lui pas anodin : si l'on transite un ou plusieurs d'entre eux, la diversité des fleurs et des mini arbres fruitiers croisés se transforme, offrant à nos sens une croissance fulgurante et une farandole de fleurs luminescentes accompagnées d ‘une symphonie douce et délicatement rythmée. En effet, chaque petit ménestrel dispose d'un instrument dont il tire des notes d'une sérénité touchante : une petite contrebasse apaisante, des percussions tintinnabulantes, des carillons féeriques, ou encore un violon caressant. Le tout reste toujours parfaitement synchronisé, même lorsque les membres de l'orchestre sont séparés, l'objectif étant de les réunir pour savourer toute la finesse de la partition finale. Vous l'aurez compris, l'ambiance musicale de The undergarden est une des grandes qualités  de cette expérience si simple en apparence. A cela s'ajoute le visuel général qui se dégage du jeu, ce mélange de baroque et de bioluminescence presque surnaturel, chatoyant de formes complexes et de couleurs harmonieuses, et qui émerveille  et restitue la flore océanique en la magnifiant davantage (si c'est encore possible). La rétine est d'autant plus flattée par le rapport constant de la lumière produite, qui jouxte l'obscurité profonde qui inonde la plupart des fonds marins. De ce fait, l'éclosion de toute la végétation permet d'une part d'illuminer rapidement les zones d'ombre, mais aussi de mieux évaluer la progression déjà réalisée dans le tableau (progression dont on a également un aperçu dans les jauges en bas de l'écran : celle de gauche pour la floraison, celle de droite pour l'avancée géographique). Seule ombre dans ce déploiement rayonnant : la superposition visuelle des deux plans qui constituent chaque niveau (où l'on se téléporte successivement grâce à un tourbillon lumineux à mi-parcours) induit une confusion entre les éléments et obstacles appartenant à l'un ou l'autre : on pense ainsi être menacé dans son périple alors qu'il n'est pas lieu de l'être, et vice versa (ce qui est plus fâcheux).

Petit joyau vidéo-ludique, simple et modeste dans sa prise en main, mignon par son design empreint de nature et de sophistiqué, reposant par son ambiance musicale et sonore, The undergarden ravira les adeptes des jeux zen et contemplatifs. Son public balayera plusieurs âges, pour peu que l'on ne soit pas allergique en prime à une certaine dose de réflexion et d'anticipation, sachant que les quinze niveaux qui constituent le jeu présentent bien évidemment une difficulté croissante, les derniers atteignant des seuils particulièrement corsés et demandant de s'y reprendre à plusieurs fois. Une belle surprise en somme, et un genre que l'on espère retrouver sous d'autres formes toutes aussi poétiques et prenantes à l'avenir.

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