8.5/10

The Walking Dead : Saison 2 - Test

Il est inconcevable de ne pas toucher du doigt cette saison 2 de The Walking Dead, laquelle frappe extrêmement fort par son originalité, son essence hybride, son intensité émotionnelle et son immersion totale presque troublante. Explications...

The Walking Dead est un jeu à grand succès, alors qu'il sort complètement des sentiers battus et n'avait a priori aucune chance de plaire, au moins au public français largement plus sclérosé que les publics anglo-saxon et japonais. C'est qu'à nos yeux aguerris, The Walking Dead n'est pas à part entière un jeu vidéo et a tout d'un visual novel, invention japonaise, avec une touche de livre "dont vous êtes le héros", invention américaine, sans beaucoup de réelles phases de jeu. Quand le générique démarre après une petite phase d'introduction, on peut d'ailleurs voir écrit "interactive story by...". Les choses sont ainsi claires : ce jeu est une histoire interactive et beaucoup d'aspects fonctionnent comme une série télévisée. Le résultat en est-il par conséquent mauvais ? Point du tout, bien au contraire : The Walking Dead Saison 2, j'ai adoré et j'ai enchaîné tous les épisodes sans m'arrêter.


L'univers judicieux du comic et de la série .

Comment cela s'explique-t-il ? Avant tout, à l'évidence, avoir choisi de s'associer aux comic et série éponymes était nécessairement un point fort. Si sur Krinein, la série télé The Walking Dead n'a pas fait l'unanimité, elle est pour nombre d'entre nous absolument géniale avec son rythme effréné, son univers apocalyptique, ses personnages fouillés, la tension liée à l'obsession permanente de survie, une bonne dose de sang et de scènes marquantes. Quant au comic, il a tout autant ses mordus (au sens figuré bien sûr, pas d'inquiétude) et fait d'ailleurs encore plus l'unanimité que la série. Bref, tout cela donne du coeur à un jeu vidéo.

Deuxième point fort de The Walkind Dead, qu'avait souligné notre très cher Canette Ultra dans sa chronique de l'épisode 1 de la saison 1 : avoir su se démarquer de ce qui se fait habituellement dans les jeux de zombies (courir, shooter, recharger, explorer etc...). The Walking Dead a ainsi fait du complet hors-norme et du nouveau et cela plaît toujours : il propose au joueur un jeu avec une légère dose de point'n click, une dose un peu plus élevée d'action, mais pas plus que ça, et une énorme dose de dialogues où l'essentiel de notre rôle est de choisir différentes options d'action ou de dialogues, lesquels auront une incidence pour la suite. On se retrouve de ce fait dans un de ces fameux jeux aux scénarios alternatifs, comme les visual novels japonais, sauf que le concept semble y être poussé bien moins loin, car certaines lignes directrices et évènements se produiront quoi que vous choisissiez. Encore que, je ne vous cache pas que le doute est largement semé plus on avance dans l'aventure. On sent bien qu'à certains moments, certaines scènes ne se seraient pas produites. On  va même parfois jusqu'à se dire que ce ne sont pas les mêmes qui seraient morts si on n'avait pas pris telle ou telle décision. Ce doute permanent est des plus troublants, car on ne peut pas recommencer - en tout cas pas avant d'avoir fini - comme dans la vraie vie et l'on ne peut que continuer avec ses regrets. C'est très fort, vraiment très fort d'être ainsi pris au dépourvu par un jeu vidéo. Ainsi, on comprend bien que notre aventure sera unique et qu'elle sera à notre image, à nous personne unique, et que la petite Clémentine - que l'on peut d'ailleurs faire devenir vraiment mauvaise si on le souhaite - deviendra le reflet de notre personnalité. L'on caresse dès lors plus d'une fois l'idée de rejouer absolument au jeu pour savoir ce qu'il se serait passé si on avait fait un choix différent, sans parler de la fin qu'on refait immédiatement 5 ou 6 fois tant les dilemmes finaux sont cornéliens. Mais peut-être découvrira-t-on qu'en réalité, il n'en est rien et que peu de choses auraient sensiblement changé sur le reste de l'histoire. Dans les deux cas, on ne peut que tirer un gros coup de chapeau aux scénaristes pour toutes les variantes qu'ils ont créées, qu'elles soient grandes ou de détails, et pour être capables de raccrocher les wagons, c'est-à-dire d'arriver plus ou moins au même résultat avec des choix différents.


L'histoire se façonne à notre image, Clémentine c'est vraiment nous.

Bref, le concept de The Walking Dead est un choix hardi, sacrément original et terriblement envoûtant, ce qui n'étonne qu'à moitié vu la qualité du studio développeur et éditeur. À l'heure des jeux d'action en masse, cette touche bien différente séduit, et elle séduit beaucoup de monde, y compris les aficionados habituel de FPS, beat'em all, plates-formes etc... Il n'y a certes pas véritablement de nouveauté dans les différents aspects, c'est plutôt dans leur combinaison et leur dosage qu'il y a de la nouveauté, dans la place donnée au scénario alternatif et dans toute la place donnée à la personnalité du joueur pour faire de Clémentine le reflet de son être. Quel coup de force !

N'est-ce pourtant pas un peu léger que d'avoir juste à faire des choix de dialogues, taper et courir de temps à autres, et ramasser une bricole ou deux par-ci, par-là ? Eh bien c'est là qu'on voit le bon dosage effectué par les développeurs : non, il n'y rien de léger ni d'ennuyeux, car l'histoire avance vite, l'histoire surprend, certaines scènes auxquelles on est acteur complet sont très marquantes (cf la scène de "couture", vous comprendrez ce que je veux dire quand vous aurez joué) ; toute la tragédie de l'univers The Walking Dead est là, l'action revient de manière suffisamment fréquente, l'immersion est complète grâce à une bande-son impeccable, des graphismes très esthétiques à la frontière entre la BD et l'image de synthèse, des expressions de visage très travaillées, bref, une véritable mise en scène comme au cinéma, avec ce plus qu'on joue la personne comme si on y était et que l'univers de The Walking Dead finit par nous marquer et nous façonner dans les choix que l'on fait. C'est là encore très fort, et aussi presque perturbant. Le simple fait par exemple qu'il y ait un temps très limité pour choisir sa réponse ajoute une immersion et une intensité au jeu phénoménale. Cette minuscule idée était extrêmement bien vue, car, parfois, on se rend compte qu'avec un peu plus de temps, on aurait fait un choix différent, comme dans la vraie vie et après, on ne peut que regretter et essayer de rattraper le coup. Néanmoins, cet équilibre et ce dosage sont parfois précaires dans cette saison 2 : de temps à autres, heureusement pas trop souvent, il y a des petites longueurs et moins de suprises. Le choc de l'épisode 1 donne ainsi une certaine lenteur au deuxième, et cette lenteur revient parfois aussi dans quelques phases des troisième et quatrième épisodes.


Des expressions de visage saisissantes.

Certains regretteront aussi peut-être qu'il n'y ait pas vraie nouveauté dans le rôle donné au joueur et dans les mécanismes de jeu par rapport à la saison 1. Mais à nos yeux, peu importe ; on ne se lasse pas, car The Walking Dead est à la frontière entre le jeu vidéo et la série télé, comme avait voulu faire Alt-Minds d'une autre manière. Et cela reste, j'en suis persuadée, l'un des pans de l'avenir du jeu vidéo. Telltale Games ne s'y est d'ailleurs pas trompé : en misant sur moins de puissance technique (et pourtant le jeu est beau et les expressions de visage saisissantes), le studio a choisi de le rendre accessible (comme Alt-Minds) aux téléphone portable et tablette et à un maximum de supports : PSN (PS3, PS4, Vita), Xbla (Xbox 360, One), steam en plus des versions physiques et de leurs beaux coffrets. Et ce n'est pas par hasard quand même si le jeu est classé en saisons et épisodes, et si ceux-ci sortent en décalé... De même, à chaque fin d'épisode on a droit à un générique de fin et à une petite bande-annonce de l'épisode suivant, comme à la télé, sauf pour le dernier épisode - ce qui paraît logique car vu la démultiplication des variantes à la fin, cela ne devait plus être possible. Ce qui laisse à penser qu'il y a bien de grosses différences selon les choix ; c'est au moins sûr au dernier épisode et on se demande comment Telltale Game va pouvoir créer une saison 3 à partir de fins aussi éloignées les unes des autres qui existent (j'ai compté quatre fins complètement différentes pour ma part).

Bref, vous l'aurez compris, je vous recommande The Walking Dead : Saison 2, que vous soyez gros-se gameur-euse ou non, par son originalité, son essence hybride, son intensité émotionnelle et son immersion totale presque troublante. Notez néanmoins que pour environ 10H de jeu (2H par épisode en moyenne), 23 euros c'est un chouilla cher payé, même en supposant que vous rejouerez une deuxième fois pour essayer de nouveaux choix, mais ça les vaut largement vu la qualité. Si vous hésitez à cause du prix, téléchargez le premier épisode, il est gratuit sur iOS. 


Un lot inéluctable de morts.

Commentaire des épisodes

Episode 1 - All That Remains (11 chapitres) : très intense par un rythme très soutenu, des scènes marquantes et une introduction "coup de massue". Cependant, de manière absurde, un gros élément du scénario reste sans réponse. 

Episode 2 - A House Divided (12 chapitres) : rythme un peu plus lancinant qui crée parfois certaines longueurs ; épisode plus préparatif et de transition qu'autre chose.

Episode 3 - In Harm's Way (12 chapitres) : le rythme ne retrouve toujours pas la cadence du premier épisode ; néanmoins l'intensité émotionnelle et le suspense montent largement plus en puissance. En outre, les thématiques et les évènements les plus sombres et les plus noirs y apparaissent.

Episode 4 - Amid the Ruins (10 chapitres) : si l'intensité émotionnelle reste égale dans cet épisode, plus d'espoir et un certain soulagement arrivent après l'étouffement de l'épisode 3 ; le ton et les évènements restent néanmoins très tristes et tragiques. Chaque épisode, comme dans la série télé, apporte son lot inéluctable de morts inutiles, qui pouvaient être largement évitées si les gens étaient moins bêtes.

Episode 5 - No Going Back (10 chapitres) : à nouveau, le tragique, la tristesse et le glauque refont surface, avec un rythme beaucoup plus rapide à l'image de l'épisode 1. La conclusion finale est absolument déchirante, préparez vos mouchoirs. Pour ceux qui auront fait le "bon" choix, une lueur d'espoir aux accents de demi happy end sera ainsi bienvenue. Attention, nous ne sommes que 16,6 % à l'avoir obtenue, faites donc les bons choix.

Supplément : y a-t-il une bonne fin et des mauvaises fins à The Walking Dead ?

En général, dans les livres dont vous êtes le héros ou dans les visual novels type Zero Escape, il y a une seule vraie bonne fin, les autres fins n'étant que des "bad ends" ou impasses. Qu'en est-il de The Walking Dead : Saison 2 ?

La question est vraiment délicate et c'est une fois de plus là qu'on réalise toute la force du jeu. Il n'y a à l'évidence pas de mauvaises fins vu que les choix seront repris en compte pour la saison 3 et qu'on redémarrera donc d'où on en était (contrairement aux visual novels). On se demande d'ailleurs comment ils vont s'y prendre pour reprendre avec des fins aussi différentes. En outre, n'oublions pas que les choix étant à notre image, on ne peut en principe que les trouver bons et judicieux (sauf si c'est allé trop vite).

Cependant, pour avoir essayé quatre fins différentes, je dois bien avouer qu'il y en a une un peu plus joyeuse que les autres, un peu plus porteuse d'espoir (celle à 16,6 %) et qu'au moins deux fins sont vraiment mauvaises. Certes, l'on pourrait probablement en discuter des heures entières et il est possible que quelques clans se formeraient, au moins pour deux fins particulières. Mais nous ne le ferons pas maintenant, afin de ne pas vous gâcher le jeu. Rendez-vous dans quelques mois pour des débats passionnés.


Gardez espoir, une fin au moins est un peu heureuse.

Informations complémentaires

- Les choix de la saison 1 sont pris en compte pour la saison 2 , si vous avez changé d'ordi, essayez donc de récupérer les fichiers de sauvegarde.

- Avoir joué à la saison 1 n'est pas exigé, les choix sont alors générés au hasard ; un petit récapitulatif vous fait en outre le résumé de la saison 1. Très bien vu. 

- Des taux en pourcentage de l'ensemble des joueurs vous indiquent quels choix ont été faits sur des situations importantes ; c'est très amusant ; on s'aperçoit d'ailleurs que la majorité des gens prennent les chouettes décisions. Seuls entre 20 % et 30 % font des choix pas gentils, ce qui ne veut de toute façon pas dire qu'ils sont méchants (beaucoup doivent essayer la rejouabilité, d'autres prennent du recul avec la notion de "morale" quand il s'agit d'un jeu vidéo, ce qui se conçoit parfaitement).

- Il y a 4 unités de sauvegarde sur steam, ce qui permet de jouer en famille avec chacun sa partie, mais aussi et surtout d'essayer toutes les fins et tous les choix, sans bousiller les choix initiaux, ou ceux que l'on veut garder pour la saison 3. Donc, excellente option.

- Possibilité de rejouer chapitre par chapitre à la fin du jeu. Excellent aussi pour la rejouabilité et les essais de variantes.

Configuration minimale requise

Windows

Système d'exploitation : Windows XP Service Pack 3
Processeur : Core 2 Duo 2 Ghz
Mémoire vive: 3 Go de Ram
Carte graphique : ATI ou NVidia card w/ 512 Mo
Disque dur : 2 Go d'espace libre
Carte son : compatible Direct X 9.0 

Mac

Système d'exploitation : Snow Leopard (10.6.X)
Processeur : 2.3 Ghz Intel
Mémoire vive : 4 Go de Ram
Carte graphique : 512 Mo NVidia ou ATI 
Disque dur : 2 Go d'espace libre 
Fonctionne très bien avec Mac mini même si pas recommandé par l'éditeur

A propos de l'auteur

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