7/10

Yakuza 3 - Test

Troisième volet des aventures de Kazuma Kiryû et premier de la série à débouler sur PS3, Yakuza 3 séduit autant qu'il déçoit. Un titre à réserver aux amateurs de tatouages dans le dos.

Kazuma Kiryû en a assez vu et sa décision est prise : pour lui le quartier tokyoïte de Kamurocho et le monde du crime organisé, c'est terminé ! Sa principale ambition ce sera dorénavant de s'occuper d'un orphelinat à Okinawa et de venir en aide aux enfants qui, comme lui, sont sans famille. Une tâche dont il s'acquitte avec une force de cœur et un sens de la justice qui forcent le respect. Oh bien sûr, ce n'est pas toujours facile de raccrocher les gants quand on est toujours une légende du milieu et il a parfois maille à partir avec les voyous locaux, mais l'un dans l'autre Un vrai papa poule!
Un vrai papa poule!
tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Hélas, on ne fuit pas si facilement son passé, et une sombre histoire politico-maffieuse de projet de construction immobilière impliquant certains de ses anciens alliés et visant à transformer le littoral d'Okinawa en resort touristique, et donc menacer la tranquillité de son orphelinat, vont forcer Kiryû à retourner jouer des poings à Tokyo.

Yakuza 3 fait logiquement dans la continuité chronologique des deux épisodes précédents (et que ceux qui voudraient tenter l'aventure sans avoir pu jouer à ces derniers se rassurent, le jeu propose dans les menus un récapitulatif vidéo de l'histoire depuis le premier Yakuza). Le hic c'est que le titre joue aussi la carte de la continuité directe de la formule qui a fait le succès de la série sur PS2, et que même avec un habillage next gen on ne peut s'empêcher de faire la grimace devant un moteur graphique et un système de jeu qui commencent à faire long feu,  maintenant que l'on est passé à la vitesse supérieure technologiquement parlant.

Les affaires reprennent
Les affaires reprennent
Pour ceux qui ne connaitraient pas la saga Yakuza, il s'agit de jeux basés sur un concept « open world » situé à mi-chemin entre GTA et Shenmue. Yakuza emprunte en effet au premier son côté scenario de film de gangsters ainsi que son système de missions principales et annexes répétables à l'infini tant qu'on n'en est pas venu à bout, et au second son moteur graphique, la description réaliste de quartiers japonais et un système de combat basé sur des enchainements inspirés de jeux de tape (pour info on doit la série Shenmue à Suzuki Yu, créateur d'une autre illustre série : celle des Virtua Fighter). Car oui, malgré tout le décorum et le background fouillé des personnages de l'histoire, Yakuza 3, au même titre que ses ainés, reste avant tout un beat them up déguisé. Comprenez par là que les ¾ des phases jouables du jeu vous demanderont de fracasser du vilain, que ce soit les petites frappes, qui ont un sérieux problème soit avec la couleur de votre chemise soit avec la façon dont vous les avez regardés, ou les cadors de la pègre qu'il faudra savater sauvagement pour faire avancer l'intrigue. Et malheureusement ces phases laissent en 2010 un petit arrière goût doux-amer. Car même si c'est toujours un vrai Un vrai festival de gueules
Un vrai festival de gueules
plaisir de pouvoir, comme avant, enfiler les combos de bourres-pifs violents et expérimenter au fur et à mesure du jeu les nouveaux coups appris avec l'expérience, l'ensemble s'avère maintenant d'une raideur horripilante et donne le sentiment que le passage à la génération supérieure n'est ici synonyme que de lissage de textures. Si il y a peu à redire en ce qui concerne les cinématiques réalisées avec le moteur du jeu (les visages des protagonistes sont criants de vérité, avec mention spéciale au rendu des regards, qui par moments a vraiment de quoi filer des cauchemars à David Cage. A vrai dire il n'y a que les coupes de veuch qui pêchent, avec leur aspect « coiffe de Playmobil ») et la mise en scène est plus qu'inspirée. Manque de bol une fois les cut-scenes terminées et le contrôle rendu au joueur c'est une autre histoire. Kiryû se déplace comme un automate, ne peut toujours pas enjamber un malheureux muret de 30 cm et doit esquiver des PNJ à l'animation plus ou moins (et plus moins que plus d'ailleurs) soignée. Pareil pour ce qui touche à l'aspect « open world » du soft. Une fois encore des murs invisibles limitent cruellement la progression au sein d'un décor qui tire toute sa richesse de la promesse de longues heures de déambulations, et dont on a à l'arrivé fait le tour en moins de 20 mn. Frustrant, tout comme cette première partie de jeu qui a vraiment tendance à n'en plus finir et où il faut passer son temps à courir derrière les mômes de l'orphelinat pour résoudre des conflits de cour d'école, alors que pendant ce temps-là ça chauffe à Tokyo ! Mais le plus dur à digérer reste indubitablement le rythme de déroulement du jeu, mettant en place un permanent décalage entre l'urgence des situations à gérer pour rester dans le fil de l'histoire principale et toutes les actions annexes qui ont une fâcheuse tendance à ralentir Super Ouch!
Super Ouch!
cette dernière. Cette dichotomie malheureuse, acceptable dans le principe, rate un peu le coche pour ce qui est d'immerger le joueur au cœur de l'intrigue et du coup on doit choisir entre suivre le fil principal pour rester sous pression et lâcher du lest pour bénéficier de tout ce que le titre a à offrir en parallèle, quitte à se sentir complètement déconnecté du scénario.

Alors bien sûr il y a quand même largement de quoi s'amuser dans Yakuza 3. Entre aider les braves gens du cru à régler leurs problèmes, la quête des innombrables clés de cadenas de consignes remplies de bonus et les nombreuses distractions qu'offrent les endroits « funs » pour décompresser, comme le billard, les fléchettes,  les jeux de hasard, les spectacles de pole-dancing, le bowling, le golf ou bien même le privilège de siroter un excellent 25 ans d'âge au bar du coin (un bonheur encore trop rare dans les jeux), il y a amplement de quoi faire pour tuer le temps et se laisser gagner par l'ambiance de Kamurocho et Okinawa. Mais avec un système de jeu qui n'a pas évolué d'un iota depuis 2006 et un moteur graphique qui n'aura subit qu'une refonte de rendu de textures, il est clair que Yakuza 3 ne plaira avant tout qu'aux aficionados des 2 opus précédents et aux amateurs de films de pègre japonaise (ajoutons à cela que le titre n'est jouable qu'en version originale sous-titrée en anglais pour finir d'expliquer qu'il est définitivement et avant tout à réserver à un public friand du genre). Mais à sa décharge le jeu se permet tout de même de mettre en scène un des personnages les plus classe et impressionnant du monde du jeu, j'ai nommé Kazuma Kiryû ! Et pour lui faire face il y a une belle brochette de Même de dos, Kiryû a la classe!
Même de dos, Kiryû a la classe!
gueules (aux magnifiques tatouages) qui raviront les amateurs de films de genre et que l'on prendra plaisir à tanner tellement le soft réussit toujours à exacerber le côté « now it's personal ! » des affrontements. Et même si ils demeurent inextricablement clos, les environnements de Yakuza 3 toucheront droit au cœur tous les amateurs du pays du soleil levant (ne serait-ce que pour la plage située devant l'orphelinat, à Okinawa).

Yakuza 3 n'est donc pas un mauvais jeu, loin s'en faut, mais il est destiné avant tout à un public conquis d'avance par son contexte et qui ne chipotera pas devant l'évident retard technologique affiché par le moteur et les mécanismes du jeu.   

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