6.5/10

Yesterday - Test

Précédemment, sur Krinein :

The Next BIG Thing avait nécessité deux ans de développement et ne délivrait au final qu'une espérance de vie faiblarde - trop courte pour contenter les habitués du genre. Yesterday, produit encore plus vite par Pendulo, en aura-t-il suffisamment sous le capot pour nous tenir en haleine plus de 5 ou 6 malheureuses heures de jeu ? Dans quelques semaines, nous serons fixés...

S'il y a bien quelque chose que nous aimons à Krinein, c'est être surpris. Dans le bon sens du terme, il va sans dire. L'événement est assez rare, mais parfois, entre deux spéculations visionnaires, il arrive qu'un essai se transforme, pour le plus grand plaisir du joueur qui sommeille derrière le vilain critique. A l'heure du test, et sans suspens (au vu de la note), nous sommes sincèrement au regret d'annoncer que le dernier né du Studio Pendulo n'est pas parvenu à retrouver la magie toute relative de la saga des Runaway, ou gommer les défauts de The Next BIG Thing. Principalement, à cause de sa durée de vie (en cinq petites heures, l'aventure est pliée). Mais pas que.


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Trilogie oblige, Runaway s'éternisait en longueur, partant même dans tous les sens au fil de son histoire saucissonnée. The Next BIG Thing, en tant que oneshot délirant sur bien des aspects, n'était pourtant pas le plus original des voyages aux pays des Monstres et compagnie. Avec Yesterday, et son virage à 180° (glissant du burlesque au polar fantastique), Pendulo ne chamboule pas le cœur des gourmets du genre, mais élargit considérablement son éventail. Ce qui a de fortes chances de surprendre son public habituel. Car en substance, il est tout de même question de meurtres en série, de revirements de situation, de pacte avec le Malin, de tortures... entre autre choses ragoûtantes, et toutes proportions gardées. Sous ses airs d'histoire glauque avec un peu d'humour dedans – rassurons les âmes sensibles, Yesterday n'en reste pas moins un titre destiné à un assez large public. Même si le profil psychologique dérangé de ses personnages et la violence façon Tontons Flingueurs de certains passages peuvent surprendre, le soft ne baigne à aucun moment dans l'hémoglobine. Il est plutôt aseptisé à ce niveau. L'histoire est d'ailleurs mâtinée de nombreux clins d'œil auto-référentiels à la série des Runaway (un des personnages fait d'ailleurs une rapide apparition) et à The Next BIG Thing (petit commentaire empreint d'auto-dérision sur le succès relatif de ce dernier). Sur l'ensemble, les scénaristes nous font nager en eaux troubles sans pour autant oublier d'être drôle et second degré. Le tout, accompagné d'une bande originale remarquable et de doublages (exclusivement en anglais sous-titré français) de bonne qualité !


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Les seuls principaux défauts de la narration sont – une fois larguée la surprise scénaristique survenant en début de partie, son penchant pour le manichéisme, le convenu de sa conclusion (vue et revue dans des milliards d'autres productions) et la fausse joie d'incarner sur du long terme trois personnages. Pendulo, en axant sa communication sur cette dernière « richesse » appétissante, n'est malheureusement pas allée suffisamment au bout de son idée. En fin de compte, l'idée devient décevante, faute de matière à se mettre sous la quenotte. Dans les faits, Yesterday ne nous donne l'opportunité de jouer le tandem Henry et Cooper que durant le prologue. A peine de quoi titiller notre curiosité. Et nous déstabiliser. Puisque la suite de l'aventure se consacre entièrement au troisième et seul véritable héros de Yesterday, quel est l'intérêt, au moment de l'épilogue, d'inviter le joueur à sélectionner une des The End disponibles, chacune calée sur le point de vue des trois personnages ? Dilemme non dénué de fantaisie - passons sur la facilité d'intégrer le désormais classique choix multiple via plusieurs boutons (à la manière d'un Deus Ex HR, ou d'un Mass Effect 3), mais carrément à l'Ouest et artificiel pour clôturer en beauté une identification au personnage principal... D'accord, les tonalités sont dissemblables : de la plus inquiétante à la Happy End. Mais ni leurs durées courtes sur pattes, ni leurs mises en scène basées sur un schéma narratif identique, n'apportent un quelconque intérêt... A défaut d'être bouleversante, les uns trouveront l'option sympathique. Ceux qui sont plus regardants et préfèrent les intrigues fortes en caractère n'y feront sans doute pas attention.


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A propos de la cosmétique : inutile de prendre un train de retard sur la patte graphique made in Pendulo. Les artistes de ce studio espagnol sont toujours aussi balèzes pour construire un univers, des ambiances et une galerie de personnages. Bien que rapides à explorer, les six aires de jeu (composées d'environ 25 tableaux différents) n'ont pas été construits par dessus la jambe. C'est propre, net, fouillé, coloré, avec de jolis et légères distorsions architecturales. Dans Yesterday, cette marque de fabrique est bel et bien présente, comme nous le soulignions déjà dans notre preview (ici). Là où le bât blesse est que – sans doute coursé par des impératifs de temps, Pendulo est allé au plus simple, mettant de côté la richesse des animations (environnementales, expressions et lipsing des personnages). Et ce, jusque dans les cinématiques. Sous forme de vignettes animées – pas top raccord avec le propos sombre de l'aventure, ces dernières témoignent d'une certaine carence d'énergie de la part des développeurs lorsqu'il s'agit de mettre en mouvement leur histoire. Ces séquences hachées et leurs phylactères faisant cheap, il ne faut pas attendre de la mise en scène des dialogues qu'elle relève la barre. Le fait de quasi-systématiquement montrer les protagonistes (aux faciès déformés) dans des vignettes séparées, côte-à-côte et en face à face accentue cette impression de « fait à la va-vite ». Cela est d'autant plus dommage que certains échanges entre interlocuteurs sont représentés de façon moins pataudes.


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Au niveau du gameplay, la plupart des joueurs n'auront pas besoin d'une boussole pour se repérer. Le seul changement opéré par Pendulo est l'apparition de pop-up avec icônes d'interaction (une loupe pour examiner ; une bulle pour papoter ; un mécanisme pour agir) lorsque votre curseur de souris dépiste un emplacement scripté. Le système se révèle agréable et pratique pour zoomer sur les petits détails d'un décor surchargé. Cela change un peu des automatismes habituels. Les énigmes, quant à elles, ne se bousculent pas au portillon. Et c'est peu dire puisqu'il n'y en a qu'une. Facile et recyclée une seconde fois, qui plus est. Le reste du périple n'est qu'une succession de collectes d'items et de combinaisons d'objets. Certains assemblages sont capillotractés (le coup de téléphone). La plupart ne causeront aucune perte de cheveux. A l'arrivée, si vos neurones étaient en hibernation avant de lancer la partie, il est probable qu'elles n'aient pas chauffé d'un degré une fois l'aventure terminée. Il faut reconnaître que le jeu est assisté par une armada de conseils pour ne pas rester sur la touche. Une aide localise les zones interactives. Une autre, à usage limité, indique la prochaine étape à suivre.


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En terme de narration, de graphismes, d'animations, de puzzles et de blagounettes, Pendulo nous ont clairement habitué à plus maîtrisé. Mais en seulement un an de développement, ils sont parvenus à élaborer un jeu carré, qui tient la route. En plus, les démiurges de Yesterday ont tenté de bousculer le genre, en douceur, avec l'intégration d'une poignée de petits changements plus ou moins salutaires (pop-up et choix multiples pour le dénouement). Tout en gardant son style visuel et ses accents humoristiques, le studio espagnol surprend également en virant de bord. Sur ce terrain où figurent quelques références, le boulot abattu n'est pas ce qui se fait de plus renversant. Beaucoup de clichés et de grosses ficelles. Sans compter la durée de vie rachitique. Mais Yesterday est prometteur, pour un premier essai dans ce type d'atmosphère.

Nb : mise à jour du titre susceptible de griller vos anciennes sauvegardes !

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