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The Great Ace Attorney Adventures - Test

Tags : ace attorney great chronicles test jeux proces

Ace Attorney entre dans une nouvelle ère : l'ère Meiji, l'ère industrielle, l'ère d'une Justice plus moderne scientifiquement et procéduralement, pour un jeu revu et corrigé même s'il perd une partie de ses atouts. ATTENTION : jeu en anglais uniquement (+ japonais), avec passages à la limite de l’incompréhensible.

Lors de l'annonce de la sortie de The Great Ace Attorney Chronicles en avril dernier, incluant deux jeux soit 10 affaires, on s'interrogeait sur pas mal de points : maintien des anciennes mécaniques, rôle de Herlock Sholmes (dont le nom a été mofifié à l'évidence pour des raisons de droit d'auteur), intérêt de jeu dans les enquêtes.

Disons-le d'emblée, toutes les anciennes mécanique - verroux-psyché, bracelet, matrice émotionelle - ont disparu ce qui fait qu'on se retrouve un peu comme dans le 1er Ace Attorney. Mais les développeurs et scénaristes ont très largement compensé cette disparition par une nouvelle articulation des épisodes : finie l'éternelle alternance enquête/procès. Ainsi, trois épisodes sur les cinq sont, soit du procès pur, soit de l'enquête pure avec un rythme bien plus intense. Cette nouvelle articulation, largement appréciable, véritable bouffée d'oxygène, est de ce fait peut-être le meilleur atout de cet opus. Seuls les deux derniers épisodes ont repris le schéma classique et c'est au final le dernier le moins réussi à cause de son démarrage d'une lenteur exaspérante et son enquête linéaire un peu interminable (voir évaluation de chaque affaire à la fin).


Retour à l'ère Meiji et victorienne.

Bizarrement, ce n'est ainsi pas la "Danse de la Déduction" qui compense ces disparitions. Cette nouvelle mécnaique, qui consiste à corriger les déductions délirantes d'Herlock Sholmes ajoute certes un peu d'animation bienvenue, mais est quand même relativement facile. Soit dit en passant, cette nouvelle mécanique fait passer Herlock Sholmes pour un triste bouffon, ce qui est très décevant tant on attendait de lui qu'il forme un duo de choc avec le jeune avocat Naruhodo Ryunosuke. En avançant dans le jeu, sa personnalité et ses compétences s'affirment, mais autant dire qu'au départ, la déception est brutale.

En revanche, on apprécie énormément la plongée dans cette ère historique de la fin du XIXème siècle, avec notamment la référence au traité anglo-japonais de 1894 (non, non, ce n'est pas une affabulation du jeu, ce traité a vraiment existé) et à ce que put être le choc des cultures à cette époque et à la xénophobie plus ou moins réciproque qui a pu en résulter surtout de la part des Occidentaux, xénophobie sur laquelle Ace Attorney ne fait pas l'impasse et c'est très bien. C'est aussi très cocasse de voir défiler toutes ces premières inventions de l'ère industrielle, de se plonger dans le mode de vie de l'époque, sans parler des costumes d'antan et du katana porté en permanence par notre sympathique héros ou du kimono de son excellente assistante Susato-san. Nous voici dans le Japon et l'Angletrre du passé avec tout le charme qui en découle. Les vidéos régulières qui ponctuent chaque début et fin d'épisode ajoutent à cette immersive atmosphère.


La Danse de Déduction un peu facile.

L'autre grande nouveauté de The Great Ace Attorney Chronicles, c'est l'animation jamais vue des personnages au cours des procès surtout. Nous sommes loin des 2-3 mimiques maximum des premiers opus. Les personnages, qu'ils soient juges, procureurs, jurés témoins ou avocat, sont dotés de multitudes de mouvement différents aussi bien du visage, du corps que des mains. Bref, ils vivent. Aura-t-on un jour un Ace Attorney totalement animé ?

Côté scénario, c'est toujours aussi majestueux ! La patte de Shu Takumi est bien là pour notre plus grand plaisir. Histoires improbables, alambiquées, coups de théâtre délirants, points culminants émotionnels, incrédulités devant les faits de base, révélations incroyables, sens aigu de la logique, tout est là pour nous faire revivre une fois encore ce jeu dont on ne se lasse jamais. Les procès sont toujours aussi palpitants et exigent toujours autant de réflexion. Les deux nouvelles mécaniques propres à ces phase de jeu ajoutent de plus un piment certain, en particulier la "Summation Examination". Désormais, il y a un jury de six personnes, avec leur personnalité propre ce qui crée une dynamique supplémentaire dans les procès. Mais surtout, c'est que l'on va devoir directement affronter ce jury qui quand il rend un verdict de culpabilité (la première fois que ce verdit en principe signe de game over tombe, autant dire que l'effet de surprise est brutal et on se demande s'il n'y a pas un bug dans le jeu). Mais il nous reste (ouf !) une dernière chance : trouver une contradiction dans les motivations de chacun des jurés. On n'utilisera pas une preuve pour cela, du moins pas directement. L'un des propos contredira l'autre. Mais ce ne sera pas si simple, car bien souvent il faudra d'abord "presser" le juré sur son affirmation pour qu'il la développe et il faudra parfois aussi présenter une preuve. Bref, au final, entre la "Cross-Examination" des témoins, qui peuvent être deux ou plus en même temps à la barre, cette "Summation Examination" des jurés, le choix très précis des preuves, des propositions du juge, les indications à donner sur des schémas, le choix tout aussi précis de la bonne affirmation à "presser", on a de quoi faire travailler nos méninges et se sentir totalement impliqué dans le procès.


Une Summation Examination palpitante.

Rares sont les cafouillages dans les preuves même s'il y en a quelques-unes et le seul regret dans ces procès, c'est au final Lord Van Zieks, ce procureur un peu fade, peu incisif et peu résistant par rapport aux figures du passé, même s'il est assez drôle quand même. Les musiques sont aussi trop peu variées, certaines trop redondantes, ce qui contraste avec les précédents épisodes où presque chaque figure importante avait sa propre musique.

Enfin, au-delà du fait que le jeu soit en anglais uniquement, ce qui déjà met malheureusement au ban bien des joueurs et joueuses, on doit souligner que certains textes et dialogues sont dans un anglais argotiques très complexes à comprendre. Autant vous dire que tous ces dialogues m'ont en partie échappé et que c'était bien désabréable et lassant. Il faut vraiment faire quelque chose pour ces traductions. Depuis le temps qu'on en parle... Capcom, êtes-vous à ce point pauvre ?


Le procureur Van Zieks un peu fade mais drôle quand même.

Conclusion

Le pari d'Ace Attorney de se renouveler dans le passé est largement réussi par sa nouvelle présentation des affaires, ses scénarios toujours en béton armé, ses procès intenses - avec en supplément un jury à affronter - ses pics d'émotions et ses personnages caricaturaux. Même si la figure d'Herlock Sholmes est pour le moins décevante, l'univers historico-culturelle de la fin du XIXème siècle nous immerge largement et renouvelle la série. On savoure en prime les mini-épisodes pour prolonger toujours un peu plus ce plaisir intact depuis 20 ans.

Évaluation de chaque affaire

1) The Great Departure : servant à la fois d'introduction à la trame générale, aux personnages et aux fonctions du jeu, cette affaire n'en est pas moins haletante et déconcertante avec un rythme intense. Les premières images avec le héros principal tenant une arme à feu ont un impact assez fulgurant et nous font dès le départ nous demander comment on va le sortir du pétrain. Rien de nouveau dans les mécanismes (sauf une petite astuce sur le témoins) ni même le procureur, mais on ne s'arrête pas de jouer. Procès uniquement (6 chapitres). 4/5

2) The Adventure of The Unbreakable Speckled Band : les choses changent dans Ace Attorney : phase d'enquête uniquement et on découvre ce que nous a préparé Sholmes. Cet épisode est donc lui aussi une introduction à la nouvelle mécanique de jeu de déduction. Déçu par l'aspect ridicule trop souvent donné à Sholmes et de trop nombreux dialogues inutiles, l'affaire finit par monter largement en intensité et en tragique. L'absurdité des événènements qui ont conduit au drame questionne. Mais bien souvent les crimes n'ont-ils pas une origine absudre née d'une accumulation de malentendus et quipropoquos ? Enquête uniquement (6 chapitres). 3,5/5

3) The Adventure of The Runaway Room : les catastrophes et défis s'enchaînent pour nos deux héros Ryonosuke et son amie Susato. L'effet de suprise de l'avalanche des nouvelles mécaniques (présence d'un jury en plus du juge, Summation Examination, trois témoignages simultanés), des rebondissements y compris "physiques" du procès, de la figure du procureur et du ministre de la Justice, sans compter une affaire encore bien alambiquée, tortueuse et hautement complexe donnent une saveur inégalée à cette affaire. Procès uniquement (7 chapitres). 4,75/5.

4) The Adventure of the Clouded Kokoro : comme dans les épisodes précédents, le crime et l'intrigue démarrent au quart de tour, même si la phase d'enquête traîne parfois avec certains dialogues fastidieux. Le rythme reste cependant élevé et le procès des plus intenses, avec des rebondissements encore plus hallucinants que précédemment, et des sacrés suprises pour un accusé dont on ne voyait moins que jamais comment on allait l'innoncenter. Enquête + procès (11 chapitres). 4,5/5.

5) The Adventure of the Unspeakable Story : à l'opposé des précédents épisodes, cette affaire démarre avec une lenteur exaspérante au point que l'on en est à passer certains dialogues. Elle ne prend toute sa saveur qu'au capitre 5. Comme toutes les dernières affaires, elle lève le voile sur preque tous les mystères restés en suspens et est dotée de bien des rebondissements dans la phase de procès ainsi qu'une dimension émotionnelle plus poussée. Enquête + procès (17 chapitres). 3,5/5


8 mini-épisodes pour prolonger le plaisir.

Crédits : ces petits plus qui font du bien

Toutes ces précisions sont valables quelles que soit la plate-forme de jeu (Switch, PC, PlayStation).

- Première fois que je vois cela dans un Ace Attorney, on peut commencer le jeu par n'importe quelle affaire et même à n'importe quel chapitre de celle-ci. Intérêt ? Vous avez oublié de sauvegarder, vous avez cassé votre console, votre disque dur a lâché ou toute autre évènement ? Aucun souci : la mémoire humaine ne vous lâchera pas et vous saurez exactement où reprendre. 

Pour cela, il suffit d'aller dans "select adventure", de choisir celle que vous souhaitez puis de trouver le chapitre concerné.

Evidemment, il est hautement recommandé de jouer les affaires dans l'ordre du jeu car elles sont liées et se suivent par un fil directeur.

- Dans les options, partie "gameplay", vous pouvez faire en sorte que le texte des dialogues s'affiche en un clic au lieu de lettre par lettre, ce qui a toujours été trop lent dans Ace Attorney. Il suffit de mettre "text skip" sur "on" au lieu de "off". Très très pratique surtout pour les quelques passages un peu trop développés en dialogues inutiles.

- Il est aussi possible de mettre les voix en Japonais tout en conservant le texte en anglais. Objection, Un Instant, Prends ça, Coupable etc... en Japonais, les amis, ça dépayse et ça vaut son pesant d'or.

- Pour la première fois, la structure habituelle des épisodes est bouleversée. Finies les alternances phases d'enquêtes et de procès au sein d'un même épisode. Conséquence : les trois premiers épisodes sont un peu raccourcis (comptez 4-5H quand même par épisode) mais le rythme est plus rapide. Il y a ainsi bien moins de passages un peu lents au fastidieux comme dans les autres Ace Attorney. L'intensité monte ainsi très vite et l'intérêt de jeu avec.


Joyeux anniversaire Ace Attorney : 20 ans déjà !

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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