8/10

Phoenix Wright : Ace Attorney Trilogy - Test Switch

Le phénix, dit la légende, est un animal fantastique éternel qui ne meurt que pour renaître de ses cendres. Le choix du prénom du héros pour les Occidentaux (en japonais c'est Gyakuten Saiban : Yomigaeru Gyakuten) était-il à ce point prémédité ? Car c'est la 3ème fois que la série est rééditée... PS : cette trilogie bénéficiera d'une traduction des textes en français cet été par un DLC gratuitement téléchargeable.

D'abord sorti sur Game Boy Advance en 2001, oui la petite GBA mais c'était uniquement au Japon, Phoenix Wright : Ace Attorney a ensuite été réédité en 2005 sur DS au Japon, en 2006 sur l'Europe et les Etats-Unis (il y a aussi eu une version iOS + androïd que je ne compte même pas).

Ainsi, lorsque le 31 mars 2006 sortait en France le premier opus de Phoenix Wright, j'ai pu écrire, et c'était mon tout premier test sur le magazine : "Phoenix Wright porte une fois de plus et sans conteste la signature de l'originalité des jeux Nintendo. [...] incarner un avocat, ça c'était quand même du jamais vu et mettre en place, sous forme de jeu vidéo, une audience judiciaire était un exercice difficile qui mérite des félicitations."

Ce constat serait-il vrai 13 années plus tard ? Comment nos yeux d'aujourd'hui verraient-ils cette série de jeux ? La réédition sur toutes plates-formes, du PC à la Switch, des trois premiers épisodes est l'occasion de répondre à ces questions. 

Premier constat : 18 ans après la première édition du jeu sur GBA, Phoenix Wright est toujours le seul et unique jeu vidéo de la planète à nous faire incarner un(e) ou des avocat(e)s, à mon humble connaissance en tout cas. Pas mal, non ? Cela reste un des atouts majeurs de la série même si un peu de concurrence est venue des DanganRonpa, lesquels nous font eux aussi participer à un procès, mais sans avocat, en tout cas sans avocat officiel, car le héros qu'on y incarne en fait tout à fait l'office.

Notez quand même que la procédure est très inspirée par la procédure accusatoire anglo-saxonne, ses objections et ses cross examinations des témoins. Donc, pour les connaisseurs du système judiciaire à la française, on sera en territoire peu familier.

Deuxième constat : dès les premiers jeux, les scénarii ont été d'une très grande solidité, tant les faits y sont étranges, bizarres, déroutants, les révélations faites au compte-goutte et les coups de théâtre incessants. 

Dernier point : les gags délirants, dialogues surréalistes, musiques farfelues et personnages loufoques et fantasques (jusque dans leur nom) pullulent et n'ont pas pris une ride.


Le seul jeu au monde où vous incarnez des avocat(e)s.

Donc, sur le principe, la réédition se savoure et on est très vite repris et recaptivé par les affaires, leur suspense, leur intensité et leur humour. On y apprécie aussi le sacré coup de neuf graphique, la fluidité de la nouvelle interface - même si on regrettera toujours le stylet - les réglages permettant d'avancer plus vite les dialogues, la possibilité de pouvoir jouer à l'épisode que l'on veut et les pas moins de 10 unités de sauvegardes. Vraiment bien vu ça si on est à plusieurs sur le jeu. Et ces nombreuses unités de sauvegarde permettent aussi de jouer à plusieurs épisodes en même temps. Ainsi, si vous voulez jouer tout de suite à Trials à Tribulations après le 2ème procès du 1er opus, puis revenir au 1er opus après, pas de problème, c'est possible.

Notez aussi, même si je l'ai déjà dit, qu'une traduction des textes en français est prévue pour cet été. Alors certes, sur DS, les deux premiers épisodes avaient été traduits, ainsi qu'Apollo Justice, mais ça n'a jamais été le cas de Trials and Tribulations. Et vu que c'est le meilleur des trois, cette traduction va vraiment faire du bien. Il reste juste à espérer que cette nouvelle traduction sera d'aussi bonne qualité que la précédente, laquelle avait su malgré des errements d'orthographe, non seulement traduire, mais aussi adapter les nombreux jeux de mots et blagues intraduisibles qui parsèment les jeux du début jusqu‘à la fin.

Cependant, le temps et les autres épisodes sont passés par là, et la présente trilogie va un peu en souffrir. À chaque nouvel épisode de Phoenix Wright, Capcom s'est en effet judicieusement donné la peine d'ajouter des nouveaux pouvoirs, des nouvelles mécaniques. Dans Justice For All (16 mars 2007), se sont ajoutés les verrous-psyché et la possibilité d'utiliser les profils de personnages comme preuves. Dans Apollo Justice (9 mai 2008), sorti bizarrement avant Trial and Tribulations (23 octobre 2008), sont venus le pouvoir du bracelet et le Mason System. Puis cinq ans plus tard, avec Dual Destinies, sont nés le pouvoir sensitif d'Athéna, la nouvelle associée du cabinet, et le récapitulatif mental de fin d'audience, et ont défilé un nombre bien plus importants de séquences vidéo, 3DS oblige. Il y avait aussi un historique bienvenu des dialogues. Enfin, avec Spirit of Justice, s'est ajouté un dernier mécanisme, la séance de divination qui prendra pas mal de sens à la fin.

Donc, forcément, les trois premiers épisodes de Phoenix Wright ont un peu vieilli en termes de rythme, d'immersion et d'intensité. Mais c'était il y a tellement longtemps qu'on y a joué que le plaisir reste intact de s'y remettre, surtout qu'on a un peu tout oublié. La magie du jeu opère donc à nouveau et nous captive. Une fois replongé dans les affaires, on ne les quitte plus. Et puis c'est aussi très appréciable de pouvoir jouer tous les épisodes à la suite, surtout que le premier et le troisième sont intimement liés (cf évaluation de chaque épisode plus bas).

Enfin, n'oublions pas quand même que bien des personnes n'ont jamais touché ou pu toucher à cette série, ne serait-ce qu'en raison de leur âge. Alors leur y donner accès par cette réédition c'est un beau cadeau.

Phoenix Wright, c'est incontournable. Ne boudez pas cette trilogie. Attendez juste cet été afin de pouvoir profiter de la traduction en français et vous assurer ainsi une immersion complète dans cet univers unique.


Graphismes et interfaces remis à neuf.

1er jeu : Phoenix Wright : Ace Attorney (5 affaires) - 6,5/10

Comme dit plus haut, les scénarii de ce jeu sont sacrément bien travaillés et nous tiennent en haleine. Gros bémol, sauf dans le premier procès, parce qu'il n'y en a pas, les enquêtes sont un peu longues et fastidieuses, même si l'interface d'enquête a été rendue un peu plus dynamique avec cette réédition. On s'y ennuie un peu car on n'a pas grand chose à faire si ce n'est lire des dialogues, examiner les lieux et présenter aux personnages la bonne pièce à conviction qui les fera réagir. Le fossé des années se fait vraiment sentir là.

Mais on continue quand même, on veut connaître la fin (on l'a complètement oubliée) et savoir qui est le meurtrier. Les coup de théâtre et surprises ne manquent pas, et les cinq affaires ont beau être distinctes, elles sont toutes plus ou moins liées et de nombreux personnages réapparaissent là où on ne s'y attend pas. Et puis les phases d'audience sont palpitantes : toute l'impatience et l'ennui accumulés au cours de l'enquête se déversent alors d'un seul coup.

Enfin, bon point : la difficulté crescendo au fur et à mesure des 5 affaires, même si elle reste peu élevée. Là aussi, on sent le fossé des années et que nos esprits se sont largement aiguisés.

Ah, j'allais oublier : on ne se lasse toujours pas de la musique western d'Alex Marshall dans la 5ème affaire.


La musique d'Alex Marsahll intacte : ça c'est de la musique de beau gosse !

2ème jeu : Justice For All (4 affaires) - 8/10

Comme dit plus haut, cet épisode ajoute de l'intensité dans les phases d'enquête jeu par les fameux verrous-psyché, qui interviennent sur les témoins. Le principe est simple : comme en phase de procès, on présente des preuves au témoin pour le forcer à « cracher le morceau » quand il nous ment et que des verrous apparaissent sur son visage. Les phases d'enquête en deviennent alors bien plus intéressantes.

La difficulté est aussi revue à la hausse tout en restant progressive.

Quant à la nouvelle procureur, l'inoubliable Franziska von Karma et son fouet, elle reste savoureusement drôle. Ce qui n'empêchera pas son personnage de réserver quelques surprises bien déroutantes dans la pure tradition de la série. La qualité de l'intrigue reste ainsi très convaincante avec une finale magistrale de suspense dans la dernière affaire, notamment avec changement de procureur au cours d'un même procès, et bien d'autres coup de théâtre assez hallucinants.

C'est aussi la première fois qu'un jeu de la série propose une légère réflexion sur la Justice. Le sérieux n'est jamais très loin de la loufoquerie dans Phoenix Wright.


Franziska von Karma, l'icône tout aussi intacte de Justice for All.

 

3ème jeu : Trials and Tribulations (jouer au 1er épisode impératif pour comprendre - 5 affaires) - 9/10

Si une seule phrase pouvait résumer cet épisode, ce serait celle de l'ancien trailer : "The drama feverishly races to its conclusion and the past and the present blend to paint the truth."

Il devient ainsi dur de ne pas répéter les mots de mon test de l'époque en 2008 : "Ressortez vos classiques, prenez les ingrédients de toutes ces histoires passées, ajoutez les éléments manquants, si tant est que vous puissiez les deviner, plantez quelques nouveaux personnages, un étrange Procureur masqué, ressortez tous les anciens, découvrez le passé légèrement tortueux de Phoenix, apprenez comment son destin et celui de Mia se sont liés, et savourez alors avec un délice suprême les 5 procès de Phoenix Wright Ace Attorney : Trials and Tribulations."

"Assommé par des découvertes aussi incroyables que titanesques, lorsque le joueur finit par avoir tout découvert, il referme sa DS sur une sensation de nostalgie, avec ce même sentiment que celui qui nous étreint le cœur lorsque l'on referme un fabuleux roman." 

Trials and Tribulations est probablement l'un des épisodes les plus tristes de la série, et c'est sans doute pour cela qu'il nous aura le plus marqués.


Godot, le personnage le plus tragique tous jeux de la série confondus, avec Lamiroir.

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

    3 commentaires

    • dark_magician

      05/05/2019 à 13h37

      Répondre

      Objection !!! Le jeu Trials and Tribulation a belle et bien été traduit en français sur la console DS. Tu peux vérifier sur le verso de la boite du jeu.
      Ce sont les 2 jeux suites sorties exclusivement sur 3DS qui n'ont malheureusement pas été traduit.
      Je recommande ce jeu à tous ceux qui n'ont pas encore jouer , les Phoenix Wright sont agréables à jouer et certains épisodes sont très prenants .

    • Islara

      06/05/2019 à 12h31

      Répondre

      Merci Dark Magicien pour cette objection. ) Mais sur ma jaquette, justement, tout est en anglais, car j'ai joué sur une version en import vu que le jeu est sorti aux Etats-Unis un an avant l'Europe. Quoi qu'il en soit, je te crois sur parole. ;o)
      Donc erratum : Trials and Tribulations a bien été traduit lors de sa sorti en Europe et ce fut le dernier à l'avoir été. Car ni les spin-off, ni les épisodes 5 et 6 ne l'ont ensuite été.

    • dark_magician

      06/05/2019 à 17h51

      Répondre

      Oui , je m'en rappelle, tu l'avais joué en import , le jeu n'est sorti qu'après Appolo Justice en France et une année après la sortie aux usa.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Phoenix_Wright:_Ace_Attorney_-_Trials_and_Tribulations

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